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Tribunal judiciaire, service des référés, 27 juillet 2026 — n° 26/53480

Expulsion "ferme" ordonnée en référé (sans suspension des effets de la clause résolutoire)

Synthèse de la décision

Question juridique

Le bailleur peut-il obtenir en référé la constatation de l'acquisition de la clause résolutoire et l'expulsion du preneur en cas de défaut de paiement des loyers ?

Principe retenu

En cas de défaut de paiement des loyers, le bailleur peut se prévaloir de la clause résolutoire insérée au bail après un commandement de payer resté infructueux. Le juge des référés peut constater l'acquisition de la clause résolutoire et ordonner l'expulsion du preneur, ainsi que sa condamnation au paiement d'une provision sur l'arriéré locatif et d'une indemnité d'occupation.

Faits clés

  • Bail commercial conclu le 14 juin 2024 pour une durée de neuf ans
  • Loyer mensuel de 2000 euros HT HC
  • Commandement de payer délivré le 2 octobre 2025 pour un arriéré de 5207,76 euros
  • Arriéré locatif actualisé à 18 880,81 euros au 1er juillet 2026
  • Locataire n'a pas constitué avocat et n'a pas réglé les loyers

Articles cités

article 446-1 du code de procédure civile article L.433-1 du code des procédures civiles d'exécution article R.433-1 du code des procédures civiles d'exécution article 700 du code de procédure civile

Dispositif

Ordonnons, à défaut de restitution volontaire des lieux, l’expulsion de la société Bonnie&Clyde Drive's School et de tout occupant de son chef des lieux situés au [Adresse 2] à [Localité 4], avec le concours, en tant que de besoin, de la force publique et d’un serrurier ; Disons n’y avoir lieu au prononcé d’une astreinte ; Rappelons que le sort des meubles trouvés sur place est régi par les dispositions des articles R.433-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution ; Condamnons, à titre provisionnel, la société Bonnie&Clyde Drive's School à payer à M. [W] [E] une indemnité d’occupation, à compter de la résiliation du bail du 03 novembre 2025 et jusqu’à la libération effective des lieux par la remise des clés, fixée à une somme égale au montant du loyer contractuel, outre les taxes, charges et accessoires ; Condamnons par provision la société Bonnie&Clyde Drive's School à payer à M. [W] [E] la somme de 18 880,81 € à valoir sur les loyers, charges, accessoires et indemnités d’occupation arriérés arrêtés au 1er juillet 2026, mois de juillet 2026 inclus, avec intérêts au taux légal à compter du 02 octobre 2025 à hauteur de la somme de 5207,76 €, et à compter de la date de l'assignation pour le surplus, ainsi que les indemnités d’occupation postérieures ; Disons n’y avoir lieu à référé sur les demandes formées au titre de la majoration de l'indemnité d'occupation et du dépôt de garantie ; Condamnons la société Bonnie&Clyde Drive's School aux entiers dépens, en ce compris le coût du commandement, de l’assignation et de signification de la présente ordonnance ; Condamnons la société Bonnie&Clyde Drive's School à payer à M. [W] [E] la somme de 2 000 € par application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile ; Disons n’y avoir lieu à référé sur le surplus des demandes ; Rappelons que la présente décision est exécutoire à titre provisoire. Fait à [Localité 1] le 27 juillet 2026 Le Greffier, Le Président, Paul MORRIS Mathilde BALAGUE

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE Par acte du 14 juin 2024, M. [W] [E] a donné à bail commercial à la société Bonnie&Clyde Drive's School des locaux situés [Adresse 2] à [Localité 4], pour une durée de neuf ans à compter du 18 juin 2024, moyennant un loyer en principal de 2000 € par mois HT HC. Des loyers sont demeurés impayés. Par acte du 02 octobre 2025, le bailleur a fait délivrer à la société Bonnie&Clyde Drive's School un commandement de payer visant la clause résolutoire, pour une somme de 5207,76 € en principal, au titre de l’arriéré locatif au 24 septembre 2025. Par acte délivré le 30 avril 2026, M. [W] [E] a fait assigner la société Bonnie&Clyde Drive's School devant le président du tribunal judiciaire de Paris statuant en référés aux fins de voir : - constater l'acquisition de la clause résolutoire insérée au bail, - ordonner l'expulsion de la société Bonnie&Clyde Drive's School et celle de tous occupants de son chef des lieux loués avec le concours de la force publique et d’un serrurier si besoin est, sous astreinte de 100 € par jour de retard à compter de la signification de l’ordonnance de référé, - ordonner la séquestration du mobilier trouvé dans les lieux dans tel garde-meubles qu'il plaira au bailleur aux frais, risques et péril de la partie expulsée, en conformité avec les dispositions des articles L.433-1 et R.433-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution, - condamner la société Bonnie&Clyde Drive's School à lui payer la somme provisionnelle de 12 280,81€ au titre de l'arriéré locatif, mois d'avril 2026 inclus somme à parfaire, - condamner la société Bonnie&Clyde Drive's School au paiement d'une indemnité d'occupation provisionnelle de 4000 euros augmentée des charges et taxes, à compter de la date de résiliation du bail et jusqu'à la libération des locaux qui se matérialisera par la remise des clés, - juger que le dépôt de garantie est définitivement acquis à M. [W] [E] conformément aux stipulations contractuelles, - condamner la société Bonnie&Clyde Drive's School au paiement d'une somme de 2500€ au titre des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile et aux entiers dépens. A l’audience du 1er juillet 2026, M. [W] [E] a, par l’intermédiaire de son conseil, maintenu les prétentions de l’acte introductif d’instance et les moyens qui y sont contenus, hors dette actualisée à la somme de 18 880,81 € arrêtée au 1er juillet 2026, mois de juillet 2026 inclus. Bien que régulièrement assignée, la société Bonnie&Clyde Drive's School n’a pas constitué avocat, de sorte qu’il doit être statué par décision réputée contradictoire. Conformément à l’article 446-1 du code de procédure civile, pour plus ample informé de l’exposé et des prétentions des parties, il est renvoyé à l'assignation et aux écritures déposées et développées oralement à l’audience, et à la note d'audience. L’affaire a été mise en délibéré au 27 juillet 2026.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION Sur la demande relative à l’acquisition de la clause résolutoire et sur les demandes subséquentes L’article 834 du code de procédure civile dispose que, dans tous les cas d'urgence, le président du tribunal judiciaire peut ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l'existence d'un différend. La juridiction des référés n'est toutefois pas tenue de caractériser l'urgence, au sens de l'article 834 du code de procédure civile, pour constater l'acquisition de la clause résolutoire stipulée dans un bail et la résiliation de droit d'un bail. L’article L. 145-41 du code de commerce dispose que toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu'un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai. Le bailleur, au titre d'un bail commercial, demandant la constatation de l'acquisition de la clause résolutoire comprise stipulée dans le bail doit rapporter la preuve de sa créance. Le juge des référés peut constater la résiliation de plein droit du bail au titre d’une clause contenue à l’acte à cet effet, à condition que : - le défaut de paiement de la somme réclamée dans le commandement de payer visant la clause résolutoire soit manifestement fautif, - le bailleur soit, de toute évidence, en situation d'invoquer de bonne foi la mise en jeu de cette clause, - la clause résolutoire soit dénuée d'ambiguïté et ne nécessite pas interprétation. Les juges saisis d'une demande présentée dans les formes et conditions prévues à l'article 1343-5 du code civil peuvent, en accordant des délais, suspendre la réalisation et les effets des clauses résolutoires, lorsque la résiliation n'est pas constatée ou prononcée par une décision de justice ayant acquis l'autorité de la chose jugée. La clause résolutoire ne joue pas, si le locataire se libère dans les conditions fixées par le juge. L'octroi des délais de paiement autorisés par l'article 1343-5 du code civil n'est par ailleurs nullement conditionné à la seule existence d'une situation économique catastrophique de celui qui les demande mais relève du pouvoir discrétionnaire du juge. Cependant, la juridiction des référés ne peut, sans excéder ses pouvoirs, accorder d'office un délai de grâce et suspendre les effets de la clause résolutoire dès lors que ce délai ne lui a pas été demandé par le preneur. Au cas présent, la soumission du bail au statut des baux commerciaux ne donne lieu à aucune discussion. Le bail prévoit une clause résolutoire stipulant sa résiliation de plein droit à défaut de paiement d’un seul terme de loyer, accessoires et autres charges, un mois après un commandement de payer resté infructueux. Il n’existe aucune contestation sérieuse sur la régularité du commandement en ce qu'il correspond exactement au détail des montants réclamées préalablement au preneur par le bailleur. En annexe du commandement, figure en effet le détail complet des loyers et charges dus et le décompte des versements effectués. Le commandement précise qu'à défaut de paiement dans le délai d'un mois, le bailleur entend expressément se prévaloir de la clause résolutoire incluse dans le bail ; la reproduction de la clause résolutoire et de l'article L. 145-17 alinéa 1 du code de commerce y figurent. Le commandement contenait ainsi toutes les précisions permettant au locataire de connaître la nature, les causes et le montant des sommes réclamées, de procéder au règlement des sommes dues ou de motiver la critique du décompte. En faisant délivrer ce commandement, M. [W] [E] n’a fait qu’exercer ses droits légitimes de bailleur face à un locataire ne respectant pas les clauses du bail alors que celles-ci avaient été acceptées en toute connaissance de cause. Ce commandement détaille le montant de la créance, à savoir la somme de 5207,76 € en principal, au titre de l’arriéré locatif au 24 septembre 2025. Les causes de ce commandement n’ont pas été acquittées dans le mois de sa délivrance. Dès lors, la clause résolutoire est acquise et le bail se trouve résilié de plein droit avec toutes conséquences de droit. Aux termes de l’article 835 alinéa 1er du code de procédure civile, le président peut toujours, même en présence d'une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s'imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite. Le maintien dans un immeuble, sans droit ni titre du fait de la résiliation du bail, constitue un trouble manifestement illicite. L’expulsion de la société Bonnie&Clyde Drive's School et de tout occupant de son chef doit donc être ordonnée en cas de non restitution volontaire des lieux dans le mois suivant la signification de la présente ordonnance. Le concours de la force publique étant accordé, il n’est pas justifié de la nécessité de prononcer une astreinte. Le sort des meubles trouvés dans les lieux sera régi en cas d’expulsion conformément aux dispositions du code des procédures civiles d’exécution et selon les modalités précisées au dispositif de l’ordonnance. Sur la demande de provision L’article 835 alinéa 2 du code de procédure dispose que, dans les cas où l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable, il peut accorder une provision au créancier. Aux termes de l’article 1728 du code civil, le paiement du prix du bail aux termes convenus constitue l’une des deux obligations principales du locataire. Aux termes de l'article 1353 du code civil, c'est à celui qui réclame l'exécution d'une obligation de la prouver et à celui qui se prétend libéré de justifier le paiement ou le fait qui a produit l'extinction de son obligation. Il est rappelé qu’à compter de la résiliation du bail par l'effet de la clause résolutoire, le preneur n'est plus débiteur de loyers mais d'une indemnité d'occupation. L’indemnité d’occupation due par la société Bonnie&Clyde Drive's School depuis l’acquisition de la clause résolutoire et jusqu’à la libération effective des lieux par la remise des clés, sera fixée à titre provisionnel au montant du loyer contractuel, outre les charges, taxes et accessoires. S’agissant du paiement, par provision, de l’arriéré locatif, il convient de rappeler qu’une demande en paiement de provision au titre d'une créance non sérieusement contestable relève du pouvoir du juge des référés sans condition de l'existence d'une urgence, aux termes de l’article 835 du code de procédure civile. Le montant de la provision allouée en référé n'a d'autre limite que le montant non sérieusement contestable de la dette alléguée Au cas présent, au vu du décompte produit par M. [W] [E], l'obligation de la société Bonnie&Clyde Drive's School au titre des loyers, charges, taxes, accessoires et indemnités d'occupation au 1er juillet 2026, mois de juillet 2026 inclus n'est pas sérieusement contestable à hauteur de 18 880,81 €, somme provisionnelle au paiement de laquelle il convient de condamner la société Bonnie&Clyde Drive's School. Cette provision sera assortie en application de l’article 1231-6 du code civil des intérêts au taux légal depuis la date de délivrance du commandement du 02 octobre 2025 à hauteur de la somme de 5207,76 €, et à compter de la date de l'assignation pour le surplus. Les clauses du bail relatives à la majoration de l’indemnité d’occupation et à la conservation par le bailleur du dépôt de garantie s’analysent comme des clauses pénales et comme telles sont susceptibles d’être modérées par le juge du fond, en raison de leur caractère manifestement excessif. Le caractère non sérieusement contestable de l'obligation n'est pas établi en application des dispositions de l’article 1231-5 du code civil ; par suite, il n’y a pas lieu à référé sur ces points. Sur les demandes accessoires

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail commercial ?
Une clause résolutoire permet au bailleur de résilier le bail de plein droit si le locataire ne respecte pas ses obligations, notamment le paiement des loyers. Elle doit être mise en œuvre par un commandement de payer délivré au locataire, qui dispose d'un délai pour régulariser.
Comment faire jouer la clause résolutoire ?
Le bailleur doit délivrer un commandement de payer visant la clause résolutoire. Si le locataire ne paie pas dans le délai imparti (souvent un mois), la clause est acquise et le bail est résilié de plein droit. Le bailleur peut ensuite saisir le juge des référés pour faire constater cette acquisition.
Quelle est la procédure en référé pour obtenir l'expulsion d'un locataire commercial ?
Le bailleur assigne le locataire devant le président du tribunal judiciaire statuant en référé. Il doit démontrer l'existence d'un commandement de payer resté infructueux et l'acquisition de la clause résolutoire. Le juge peut alors constater la résiliation, ordonner l'expulsion et condamner le locataire au paiement d'une provision.
Quels sont les montants que le locataire doit payer après la résiliation ?
Le locataire doit payer l'arriéré locatif (loyers, charges, accessoires) et une indemnité d'occupation jusqu'à la libération effective des lieux. Dans cette affaire, l'arriéré a été fixé à 18 880,81 euros et l'indemnité d'occupation au montant du loyer contractuel.
Que se passe-t-il si le locataire ne quitte pas les lieux ?
Le bailleur peut faire procéder à l'expulsion avec le concours de la force publique et d'un serrurier si nécessaire. Le sort des meubles est régi par les articles R.433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution.
Le dépôt de garantie est-il acquis au bailleur en cas de résiliation ?
Dans cette affaire, le juge a dit n'y avoir lieu à référé sur la demande de voir juger que le dépôt de garantie est acquis au bailleur, car cela relève du juge du fond. Le bailleur peut toutefois le retenir pour compenser les impayés, sous réserve de l'accord du juge.
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