Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite
← Expulsion locative

Tribunal judiciaire, pcp jcp acr référé, 27 juillet 2026 — n° 25/08902

Expulsion "conditionnelle" ordonnée en référé avec suspension des effets de la clause résolutoire

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge des référés peut-il suspendre les effets d'une clause résolutoire et accorder des délais de paiement au locataire en cas de reprise du paiement du loyer courant ?

Principe retenu

Le juge des référés peut suspendre les effets d'une clause résolutoire et accorder des délais de paiement au locataire, même en l'absence de diagnostic social et financier, dès lors que le locataire a repris le paiement du loyer courant avant l'audience et que le bailleur s'associe à la demande de délais. La suspension est conditionnée au respect des délais accordés et à l'apurement de l'arriéré locatif.

Faits clés

  • Bail d'habitation conclu le 15 février 2021 entre l'EPIC Paris Habitat OPH et Mme [E] [O]
  • Commandement de payer du 13 mai 2025 pour un arriéré de 2309,10 euros
  • Assignation en référé du 21 août 2025 pour constat de la clause résolutoire et expulsion
  • Reprise du paiement du loyer courant avant l'audience du 26 mai 2026
  • Arriéré actualisé à 1650,31 euros au 18 mai 2026

Articles cités

article 24 de la loi du 6 juillet 1989 article 700 du code de procédure civile articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d'exécution

Dispositif

CONSTATONS, en conséquence, que le contrat conclu le 15 février 2021 entre l'établissement EPIC [Localité 1] HABITAT OPH, d'une part, Mme [E] [O] d'autre part, concernant les locaux situés [Adresse 3] est résilié depuis le 13 juillet 2025 minuit, CONDAMNONS Mme [E] [O] à payer à l'établissement EPIC [Localité 1] HABITAT OPH la somme de 1485,77 euros selon décompte arrêté au 18 mai 2026, terme avril 2026 inclus, à titre de provision, avec intérêts au taux légal à compter du 13 mai 2025, AUTORISONS Mme [E] [O] à se libérer de sa dette en réglant chaque mois pendant 36 mois, en plus du loyer courant, une somme minimale de 41 euros, la dernière échéance étant majorée du solde de la dette en principal, intérêts et frais ; DISONS que le premier règlement devra intervenir dans les dix jours suivant la signification de la présente décision, puis, pour les paiements suivants, en même temps que le loyer, au plus tard le dixième jour de chaque mois, sauf meilleur accord entre les parties ; SUSPENDONS les effets de la clause résolutoire pendant l'exécution des délais de paiement accordés à Mme [E] [O] ; DISONS que si les délais accordés sont entièrement respectés, la clause résolutoire sera réputée n'avoir jamais été acquise ; DISONS qu'en revanche, pour le cas où une mensualité, qu'elle soit due au titre du loyer et des charges courants ou de l'arriéré, resterait impayée quinze jours après l'envoi d'une mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception : le bail sera considéré comme résilié de plein droit depuis le 13 juillet 2025 minuit , le solde de la dette deviendra immédiatement exigible, la bailleresse pourra, à défaut de libération spontanée des lieux et dès l'expiration d'un délai de deux mois suivant la délivrance d'un commandement d'avoir à libérer les lieux, faire procéder à l'expulsion de Mme [E] [O] à celle de tous occupants de son chef, au besoin avec l'assistance de la force publique, le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d'exécution, Mme [E] [O] sera condamnée à verser à l'établissement EPIC [Localité 1] HABITAT OPH une indemnité d'occupation mensuelle provisionnelle égale au montant des loyers et charges qui auraient été dus en cas de poursuite du bail, et ce, jusqu'à la date de libération effective et définitive des lieux, DÉBOUTONS l'établissement EPIC [Localité 1] HABITAT OPH de sa demande au titre de l'article 700 du code de procédure civile ; CONDAMNONS Mme [E] [O] aux dépens comprenant notamment le coût du commandement de payer du 13 mai 2025 ; Ainsi jugé par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2026, et signé par la juge et la greffière susnommées. La Greffière La Juge des contentieux de la protection

Exposé du litige

EXPOSÉ DES FAITS ET DE LA PROCÉDURE Par acte sous seing privé du 15 février 2021, l'établissement EPIC [Localité 1] HABITAT OPH a consenti un bail d'habitation à Mme [E] [O] sur des locaux situés au [Adresse 3]. Par acte de commissaire de justice du 13 mai 2025, le bailleur a fait délivrer à la locataire un commandement de payer la somme principale de 2309,10euros au titre de l'arriéré locatif dans un délai de deux mois, en visant une clause résolutoire. La commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives a été informée de la situation de Mme [E] [O], le 14 mai 2025. Par assignation du 21 août 2025, l'établissement EPIC PARIS HABITAT OPH a ensuite saisi le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Paris en référé pour faire constater l'acquisition de la clause résolutoire, être autorisé à faire procéder à l'expulsion de Mme [E] [O] et obtenir sa condamnation au paiement des sommes suivantes : - une indemnité mensuelle d'occupation d'un montant égal à celui du loyer et des charges tel qu'il résulterait de l'application du contrat résilié , à compter de la résiliation du bail et jusqu'à libération des lieux, - 1780,30 euros à titre de provision sur l'arriéré locatif avec intérêts au taux légal à compter du commandement de payer, - 500 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile, outre les entiers dépens en ce compris le coût du commandement de payer. L'assignation a été notifiée au représentant de l'État dans le département le 22 août 2025, Le diagnostic social et financier n'est pas parvenu au greffe avant l'audience. L'affaire a été appelée et retenue à l'audience du 26 mai 2026. PRETENTIONS ET MOYENS DES PARTIES L'établissement EPIC [Localité 1] HABITAT OPH a actualisé sa créance à l'égard de Mme [E] [O] à la somme de 1650,31euros selon décompte arrêté au 18 mai 2026, terme avril 2026 inclus. Il a précisé que le paiement du loyer courant a été repris avant l'audience et il s'est associé à la demande d'octroi de délai de paiement et de suspension de la clause résolutoire formée par la défenderesse, sous réserve toutefois de mensualités d'un montant égal. Mme [E] [O], représentée par son conseil, a sollicité l'octroi de délai de paiement et de suspension de la clause résolutoire ; elle a proposé des mensualités de 20 euros par mois, le solde à la 36 ème mensualité. Aucune indication sur la situation personnelle et financière n'a été donnée. À l'issue des débats, la décision a été mise en délibéré au 27 juillet 2026, où elle a été mise à disposition des parties au greffe.

Motivations de la décision

MOTIVATION Sur la demande de constat de la résiliation du bail Sur la recevabilité de la demande L'établissement EPIC [Localité 1] HABITAT OPH justifie avoir notifié l'assignation au représentant de l'État dans le département plus de six semaines avant l'audience. Il justifie également avoir saisi la commission de coordination des actions prévention des expulsions locatives deux mois au moins avant la délivrance de l'assignation. Son action est donc recevable au regard des dispositions de l'article 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989. Sur la résiliation du bail Aux termes de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 modifié par la loi du 27 juillet 2023, tout contrat de bail d'habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux. En l'espèce, le bail conclu contient une clause résolutoire (art. 16.2) prévoyant la résiliation de plein droit du bail à défaut de paiement du loyer et des charges au terme convenu, deux mois après un commandement de payer resté sans effet, et un commandement de payer dans le délai de deux mois visant et reproduisant textuellement cette clause a été signifié à la locataire le 13 mai 2025, pour la somme en principal de 2309,10euros, hors coût de l'acte. Il sera donc fait application du délai de deux mois prévu tant par la clause résolutoire du bail que par le commandement de payer délivré au locataire. Or, d'après l'historique des versements, il apparaît que les causes de ce commandement n'ont pas été réglées dans le délai de deux mois suivant sa délivrance, de sorte que la bailleresse est bien fondée à se prévaloir des effets de la clause résolutoire, dont les conditions sont réunies depuis le 13 juillet 2025 minuit. Cependant, selon l'article 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d'office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu'il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l'article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative. Lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais ainsi accordés par le juge. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l'exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges. Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet. En l'espèce, compte tenu de la reprise du paiement du loyer courant avant la date d'audience, de la diminution de la dette depuis la délivrance de l'assignation et de l'accord des parties, il convient de suspendre la résiliation du bail au respect du plan d'apurement précisé ci-après. En cas de respect de ces modalités de paiement, la clause résolutoire sera donc réputée n'avoir pas joué, et l'exécution du contrat de bail pourra se poursuivre. L'attention de la locataire est toutefois attirée sur le fait qu'à défaut de paiement d'une seule échéance comprenant le loyer et la mensualité d'apurement, la clause résolutoire sera acquise, et le bail résilié de plein droit, sans qu'une nouvelle décision de justice ne soit nécessaire : dans ce cas, et pour le cas où les lieux ne seraient pas libérés spontanément, la bailleresse pourra faire procéder à son expulsion, et à celle de tout occupant de son chef, dès l'expiration d'un délai de deux mois après la signification d'un commandement de quitter les lieux et la défenderesse sera tenue au paiement d'une indemnité d'occupation dans les termes du dispositif. Sur la dette locative Aux termes de l'article 835 du code de procédure civile, dans les cas où l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable, le juge des contentieux de la protection saisi en référé peut accorder une provision au créancier, ou ordonner l'exécution de l'obligation même s'il s'agit d'une obligation de faire. En l'espèce, l'EPIC [Localité 1] HABITAT-OPH verse aux débats un décompte démontrant qu'à la date du 18 mai 2026, Mme [E] [O] restait lui devoir la somme de 1485,77 euros au titre des loyers et charges, terme avril 2026 inclus, après soustraction des frais de contentieux recouvrables au titre des dépens de l'instance. Ce décompte n'est pas contesté par la défenderesse. Mme [E] [O] sera donc condamnée à payer au bailleur, la somme de 1485,77 euros à titre de provision, avec intérêts au taux légal à compter du 13 mai 2025. Toutefois, eu égard aux délais de paiement évoqués ci-avant, il convient de différer l'exigibilité de cette somme en autorisant Mme [E] [O] à se libérer de cette dette selon les modalités détaillées ci-après. Sur l'indemnité d'occupation En cas de maintien dans les lieux de la locataire ou de toute personne de son chef malgré la résiliation du bail, une indemnité d'occupation sera due d'un montant égal à celui du loyer et des charges qui auraient été dus en cas de poursuite du bail. L'indemnité d'occupation est payable et révisable dans les mêmes conditions que l'étaient le loyer et les charges, à partir du 14 juillet 2025, et ne cessera d'être due qu'à la libération effective des locaux avec remise des clés à l'établissement EPIC [Localité 1] HABITAT OPH ou à son mandataire. Sur les demandes accessoires Mme [E] [O], qui succombe à la cause, sera condamnée aux dépens de la présente instance, conformément à l'article 696 du code de procédure civile, en ce compris le coût du commandement de payer du 13 mai 2025. En revanche, compte tenu de sa situation économique, il n'y a pas lieu de la condamner à une indemnité sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile. PAR CES MOTIFS , La juge des contentieux de la protection, statuant après débats publics, par ordonnance mise à disposition au greffe, contradictoire et en premier ressort, Au principal, RENVOYONS les parties à se pourvoir au fond ainsi qu'elles aviseront mais, dès à présent, CONSTATONS que la dette locative visée dans le commandement de payer du 13 mai 2025 n'a pas été réglée dans le délai de deux mois,

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail d'habitation ?
Une clause résolutoire permet au bailleur de résilier le bail de plein droit si le locataire ne paie pas ses loyers dans un délai imparti après un commandement de payer. Dans cette affaire, la clause a été suspendue par le juge.
Comment obtenir la suspension d'une clause résolutoire ?
Le locataire doit saisir le juge des contentieux de la protection en référé, proposer un plan de paiement de l'arriéré, et justifier de sa situation. Ici, la locataire a obtenu la suspension car elle avait repris le paiement du loyer courant et le bailleur ne s'y opposait pas.
Quels sont les effets de la suspension de la clause résolutoire ?
Pendant la durée des délais accordés, la clause résolutoire est suspendue. Si le locataire respecte le plan de paiement, la clause est réputée n'avoir jamais été acquise. En cas de non-respect, le bail est résilié de plein droit.
Que se passe-t-il si je ne respecte pas les délais de paiement accordés ?
Si une mensualité reste impayée quinze jours après une mise en demeure, le bail est résilié de plein droit, le solde de la dette devient exigible, et le bailleur peut procéder à l'expulsion.
Le juge peut-il accorder des délais même si le bailleur s'y oppose ?
Oui, le juge peut accorder des délais même contre l'avis du bailleur, mais dans cette affaire, le bailleur s'est associé à la demande, ce qui a facilité la décision.
Quelle est la durée maximale des délais de paiement ?
La loi prévoit que les délais peuvent être accordés sur une période maximale de trois ans (36 mois). Dans cette affaire, la locataire a proposé 36 mensualités, mais le juge a fixé des mensualités de 50 euros, ce qui est plus court.
💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.