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Tribunal judiciaire, service des référés, 27 juillet 2026 — n° 26/53323

Expulsion "conditionnelle" ordonnée en référé avec suspension des effets de la clause résolutoire

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge des référés peut-il accorder un délai de grâce rétroactif au locataire commercial et suspendre les effets d'une clause résolutoire acquise, lorsque le locataire a payé sa dette avant l'audience ?

Principe retenu

Le juge des référés peut, en application de l'article L.145-41 du code de commerce, accorder des délais de paiement au locataire commercial et suspendre les effets de la clause résolutoire pendant le cours des délais. Si le locataire se libère dans le délai fixé, la clause résolutoire est réputée ne pas avoir joué. En l'espèce, le juge a accordé un délai rétroactif de six mois, constaté que la locataire avait payé sa dette, et dit que les clauses résolutoires étaient réputées n'avoir pas joué.

Faits clés

  • Deux baux commerciaux conclus entre la société Influence (bailleur) et la société Sweet Inn (locataire) en 2014 et 2015
  • Des loyers impayés ont conduit à une première ordonnance de référé du 15 octobre 2025 constatant l'acquisition des clauses résolutoires et ordonnant l'expulsion
  • Un protocole d'accord transactionnel a été signé le 6 novembre 2025
  • De nouveaux impayés ont conduit à deux commandements de payer délivrés le 13 mars 2026 visant les clauses résolutoires
  • La locataire a réglé l'intégralité de sa dette avant l'audience du 1er juillet 2026

Articles cités

article L.145-41 du code de commerce article 700 du code de procédure civile

Dispositif

Constatons que la société Sweet Inn [Localité 1] s'est acquittée de ses obligations ; Disons que les clauses résolutoires sont réputées n'avoir pas joué ; Disons en conséquence n’y avoir lieu à référé sur les demandes de constat de la résiliation des baux et d’expulsion subséquente ; Disons n’y avoir lieu à référé sur les demandes d’indemnité d’occupation provisionnelles, de paiement des intérêts, de dépôt de garantie et clauses pénales ; Condamnons la société Sweet Inn [Localité 1] aux dépens, en ce compris le coût des deux commandements de payer délivrés ; Condamnons la société Sweet Inn [Localité 1] à payer à la société Influence la somme de 3.000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile ; Rappelons que la présente ordonnance bénéficie de plein droit de l'exécution provisoire. Fait à [Localité 1] le 27 juillet 2026 Le Greffier, Le Président, Paul MORRIS Mathilde BALAGUE

Exposé du litige

TRIBUNAL JUDICIAIRE DE [Localité 1] ■ N° RG 26/53323 - N° Portalis 352J-W-B7K-DCVOS N° : 9 Assignation du : 07 Mai 2026 [1] [1] 2 Copies exécutoires délivrées le: ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ rendue le 27 juillet 2026 par Mathilde BALAGUE, Juge au Tribunal judiciaire de Paris, tenant l’audience publique des référés par délégation du Président du Tribunal, Assistée de Paul MORRIS, Greffier. DEMANDERESSE La société INFLUENCE, S.A.S. [Adresse 1] [Localité 2] représentée par Me Sébastien DENEUX, avocat au barreau de PARIS - #P0164 DEFENDERESSE S.A.R.L. SWEET INN [Localité 1] prise en ses locaux loués [Adresse 2] (Atelier d’artiste) [Localité 3] représentée par Me Sarah PARIENTE, avocat au barreau de PARIS - #E0451 DÉBATS A l’audience du 01 Juillet 2026, tenue publiquement, présidée par Mathilde BALAGUE, Juge, assistée de Estelle FRANTZ, Greffière, Nous, Président, après avoir entendu les conseils des parties, avons rendu la décision suivante : Par acte du 12 décembre 2014, la société Influence a consenti un bail commercial à la société Sweet Inn [Localité 1] portant sur des locaux situés [Adresse 3] (lot n°2), moyennant le paiement d’un loyer annuel de 49 566 euros HT/HC payable trimestriellement et d’avance. Par acte du 20 janvier 2015, la société Influence a consenti un bail commercial à la société Sweet Inn [Localité 1] portant sur des locaux situés [Adresse 3] (lot n°4), moyennant le paiement d’un loyer annuel de 51 825 euros HT/HC payable trimestriellement et d’avance. Des loyers sont demeurés impayés. Par ordonnance réputée contradictoire en date du 15 octobre 2025, le juge des référés du tribunal judiciaire de Paris a constaté l’acquisition des clauses résolutoires contenues dans les baux, ordonné l’expulsion de la société Sweet Inn [Localité 1] et l’a condamné à payer l’arriéré locatif provisionnel. Par acte du 06 novembre 2025, la société Influence et la société Sweet Inn [Localité 1] ont conclu un protocole d’accord transactionnel. Des loyers sont demeurés impayés. Par actes du 13 mars 2026, la société Influence a fait délivrer à la société Sweet Inn deux commandements de payer : - la somme de 6 365.39 euros en principal, visant la clause résolutoire stipulée au contrat de bail portant sur le lot n°2. - la somme de 6 416.80 euros en principal, visant la clause résolutoire stipulée au contrat de bail portant sur le lot n°4. Se prévalant de l'acquisition de la clause résolutoire, la société Influence a, par acte du 23 avril 2026, assigné la société Sweet Inn devant le président du tribunal judiciaire de Paris, statuant en référé, aux fins de voir : - VOIR DECLARER acquise aux torts et griefs exclusifs de la société SWEET INN [Localité 1] la clause résolutoire insérée dans le bail commercial à effet du 1er octobre 2025, à compter du 14 avril 2026 - ORDONNER en conséquence l’expulsion de la société SWEET INN [Localité 1] ainsi que celle de tous occupants de son chef des lieux loués, situés [Adresse 4] et correspondant au lot n°2, avec le concours de la force publique et d’un serrurier si besoin est, - VOIR DIRE que les meubles et objets mobiliers se trouvant dans les lieux loués lors de l’expulsion seront séquestrés dans tel garde meuble qu’il plaira à Monsieur le Président de désigner est, au frais, risques et périls de la défenderesse, - DIRE qu’à défaut d’avoir libéré les lieux et remis les clés à la société INFLUENCE, elle y sera contrainte sous astreinte de 200 € par jour de retard, et ce, à compter du huitième jour suivant lasignification du commandement d'avoir à quitter les lieux, - CONDAMNER à titre provisionnel la société SWEET INN [Localité 1] au paiement d’une somme de 15 985,84 € (Quinze mille neuf cent quatre-vingt-cinq euros et quatre-vingt-quatre cts) au titre des loyers et charges arriérées à parfaire au jour de l’audience - CONDAMNER à titre provisionnel la société SWEET INN [Localité 1] au paiement d'une somme de 1 598 € (Mille soixante et onze euros) au titre de la clause pénale du bail

Motivations de la décision

MOTIFS Sur la demande principale aux fins de constat de l’acquisition de la clause résolutoire du bail avec délais de paiement Aux termes de l'article 835 du code de procédure civile, le président du tribunal judiciaire peut toujours, même en présence d'une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s'imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite ; dans les cas où l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable, il peut accorder une provision au créancier, ou ordonner l'exécution de l'obligation même s'il s'agit d'une obligation de faire. En application de ce texte, il entre dans les pouvoirs du juge des référés, même en l’absence d’urgence, de constater la résiliation de plein droit d'un contrat de bail en application d'une clause résolutoire lorsque celle-ci est mise en oeuvre régulièrement, en l’absence de toute contestation sérieuse de la validité de cette clause, et, par suite, d’ordonner l’expulsion de l’occupant, dont l’obligation de libérer les lieux n’est pas sérieusement contestable. En outre, le maintien de l’occupant dans les lieux sans droit ni titre par suite du constat de la résiliation du bail constitue un trouble manifestement illicite qu’il appartient au juge des référés de faire cesser. Aux termes de l'article L. 145-41 du code de commerce, toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu'un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai. Les juges saisis d'une demande présentée dans les formes et conditions prévues à l'article 1343-5 du code civil peuvent, en accordant des délais, suspendre la réalisation et les effets des clauses de résiliation, lorsque la résiliation n'est pas constatée ou prononcée par une décision de justice ayant acquis l'autorité de la chose jugée. La clause résolutoire ne joue pas, si le locataire se libère dans les conditions fixées par le juge. Le juge des référés peut, en application de ce texte, accorder des délais rétroactifs et constater, le cas échéant, leur respect par le locataire. En l'espèce, le bail commercial signé le 12 décembre 2014 portant sur le lot n°2 contient une clause résolutoire au visa de laquelle un commandement de payer a été délivré à la locataire le 13 mars 2026 à hauteur de la somme de 6 365.39 euros en principal. En outre, le bail commercial signé le 20 janvier 2015 portant sur le lot n°4 contient une clause résolutoire au visa de laquelle un commandement de payer a été délivré à la locataire le 13 mars 2026 à hauteur de la somme de 6 416.80 euros en principal. Il n’est pas contesté que la locataire n’a pas réglé les causes des commandements dans le délai d’un mois qui lui était imparti. Les conditions d’acquisition de la clause résolutoire du bail sont donc réunies au 13 avril 2026 à minuit. Cependant, la locataire a, depuis lors, repris le paiement des loyers courants et totalement apuré sa dette. Il convient en conséquence de lui accorder un délai de six mois pour s’acquitter de ses obligations et, constatant que ce délai a été intégralement respecté, de dire que la clause résolutoire est réputée ne pas avoir joué. La demande d’expulsion sera en conséquence rejetée, ainsi que la demande en paiement d’une indemnité d’occupation provisionnelle, le bail n’étant pas résilié. Il en est de même des demandes en paiement de clauses pénales de 10% des sommes dues, des intérêts au taux de 1.5% par mois de retard et du dépôt de garantie, la dette ayant été apurée. Sur les frais et dépens La locataire, qui a contraint le bailleur à agir en justice, sera condamnée aux dépens, en ce compris le coût des deux commandements délivrés. Elle sera également condamnée à indemniser le bailleur des frais non compris dans les dépens qu’il a été contraint d’exposer, à hauteur de la somme de 3.000 euros, sur le fondement des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile. PAR CES MOTIFS Nous, juge des référés, statuant publiquement, par mise à disposition au greffe, par ordonnance contradictoire et en premier ressort, Constatons que les conditions d’acquisition des clauses résolutoires des baux liant les parties étaient réunies au 13 avril 2026 à minuit ; Accordons à la société Sweet Inn [Localité 1] un délai rétroactif de six mois pour s'acquitter de ses obligations de paiement et suspendons les effets des clauses résolutoires pendant ce délai ;

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail commercial ?
Une clause résolutoire permet au bailleur de résilier le bail de plein droit si le locataire ne paie pas les loyers dans un certain délai après une mise en demeure. En l'espèce, les baux contenaient de telles clauses, et des commandements de payer ont été délivrés.
Le juge peut-il suspendre les effets d'une clause résolutoire déjà acquise ?
Oui, en application de l'article L.145-41 du code de commerce, le juge des référés peut accorder des délais de paiement et suspendre les effets de la clause résolutoire pendant ces délais. Dans cette affaire, le juge a accordé un délai rétroactif de six mois et suspendu les effets des clauses.
Que se passe-t-il si je paie ma dette avant l'audience ?
Si le locataire paie l'intégralité de sa dette avant l'audience, le juge peut constater que la clause résolutoire est réputée n'avoir pas joué, comme cela a été le cas ici, évitant ainsi l'expulsion.
Comment demander un délai de grâce en référé ?
Le locataire doit saisir le juge des référés et demander des délais de paiement en justifiant de sa situation. Le juge peut alors, s'il l'estime justifié, accorder des délais et suspendre la clause résolutoire, comme dans cette affaire où un délai de six mois a été accordé.
Quels sont les effets d'un protocole d'accord sur une clause résolutoire ?
Un protocole d'accord peut suspendre ou aménager les effets d'une clause résolutoire. Dans cette affaire, un protocole avait été signé après une première procédure, mais de nouveaux impayés ont conduit à de nouvelles commandements. Le juge a néanmoins tenu compte du paiement intégral pour dire que les clauses n'avaient pas joué.
Le juge des référés peut-il accorder un délai rétroactif ?
Oui, le juge peut accorder un délai rétroactif, c'est-à-dire un délai qui court à partir d'une date antérieure à l'ordonnance. Ici, le juge a accordé un délai de six mois rétroactif, ce qui a permis de considérer que la dette était payée dans le délai.
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