Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite
← Bail commercial

Tribunal judiciaire, service des référés, 27 juillet 2026 — n° 26/53276

Expulsion "ferme" ordonnée en référé (sans suspension des effets de la clause résolutoire)

Synthèse de la décision

Question juridique

Le bailleur peut-il obtenir en référé la constatation de l'acquisition de la clause résolutoire et l'expulsion du preneur en redressement judiciaire pour défaut de paiement des loyers ?

Principe retenu

La clause résolutoire insérée dans un bail commercial dérogatoire est acquise si le locataire ne paie pas les loyers dans le délai d'un mois suivant un commandement de payer délivré à cette fin. Le juge des référés peut constater l'acquisition de la clause résolutoire et ordonner l'expulsion, même en présence d'un redressement judiciaire, dès lors que le commandement est régulier et que le locataire n'a pas payé.

Faits clés

  • Bail dérogatoire de 36 mois conclu le 30 août 2024
  • Loyer annuel de 45 000 € HT HC
  • Redressement judiciaire du preneur prononcé le 7 octobre 2025
  • Commandement de payer visant la clause résolutoire délivré le 19 mars 2026 pour un arriéré de 34 438,55 €
  • Arriéré locatif au 20 avril 2026 s'élevant à 50 774,44 €

Articles cités

article L.433-1 du code des procédures civiles d'exécution article R.433-1 du code des procédures civiles d'exécution article 700 du code de procédure civile

Dispositif

Ordonnons, à défaut de restitution volontaire des lieux, l’expulsion de la société Voltaero et de tout occupant de son chef des lieux situés au [Adresse 1] à [Localité 5], avec le concours, en tant que de besoin, de la force publique et d’un serrurier ; Rappelons que le sort des meubles trouvés sur place est régi par les dispositions des articles R.433-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution ; Condamnons, à titre provisionnel, la société Voltaero à payer à la SCI du [Adresse 1] une indemnité d’occupation, à compter de la résiliation du bail du 20 avril 2026 et jusqu’à la libération effective des lieux par la remise des clés, fixée à une somme égale au montant du loyer contractuel, outre les taxes, charges et accessoires ; Condamnons par provision la société Voltaero à payer à la SCI du [Adresse 1] la somme de 50 774,44 € à valoir sur les loyers, charges, accessoires et indemnités d’occupation arriérés arrêtés au 20 avril 2026, avec intérêts au taux légal à compter du 19 mars 2026 à hauteur de la somme de 34 438,55 €, et à compter de la date de l'assignation pour le surplus, ainsi que les indemnités d’occupation postérieures ; Disons n’y avoir lieu à référé sur les demandes formées au titre de la majoration de l'indemnité d'occupation ; Condamnons la société Voltaero aux entiers dépens, en ce compris le coût du commandement, de l’assignation et de signification de la présente ordonnance ; Condamnons la société Voltaero à payer à la SCI du [Adresse 1] la somme de 2 000 € par application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile ; Disons n’y avoir lieu à référé sur le surplus des demandes ; Rappelons que la présente décision est exécutoire à titre provisoire. Fait à [Localité 1] le 27 juillet 2026 Le Greffier, Le Président, Paul MORRIS Mathilde BALAGUE

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE Par acte du 30 août 2024, la SCI du [Adresse 1] a donné à bail dérogatoire à la société Voltaero des locaux situés [Adresse 1] à Paris 17ème, pour une durée de trente six mois à compter du 02 septembre 2024, moyennant un loyer en principal de 45 000 € par an HT HC. Par jugement du 7 octobre 2025, le tribunal de commerce de la Rochelle a placé en redressement judiciaire la société Voltaero, fixé la date de cessation des paiements le 25 septembre 2025 et désigné en tant que mandataire judiciaire pour assister le débiteur pour tous les actes relatifs à la gestion la SELARL EKIP'. Des loyers sont demeurés impayés. Par acte du 19 mars 2026, le bailleur a fait délivrer à la société Voltaero un commandement de payer visant la clause résolutoire, pour une somme de 34 438,55 € en principal, au titre de l’arriéré locatif au 16 mars 2026. Par acte délivré les 27 avril 2026 et 10 juin 2026, la SCI du [Adresse 1] a fait assigner la société Voltaero devant le président du tribunal judiciaire de Paris statuant en référés aux fins de voir : - constater l'acquisition de la clause résolutoire insérée au bail, - ordonner l'expulsion de la société Voltaero et celle de tous occupants de son chef des lieux loués avec le concours de la force publique et d’un serrurier si besoin est, - ordonner la séquestration du mobilier trouvé dans les lieux dans tel garde-meubles qu'il plaira au bailleur aux frais, risques et péril de la partie expulsée, en conformité avec les dispositions des articles L.433-1 et R.433-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution, - condamner la société Voltaero à lui payer la somme provisionnelle de 50 774,44 € au titre de l'arriéré locatif, - condamner la société Voltaero au paiement d'une indemnité d'occupation provisionnelle égale à 6 000 euros, charges et taxes en sus, à compter de la date de résiliation du bail et jusqu'à la libération des locaux qui se matérialisera par la remise des clés, - juger que si l'occupation des locaux excède une année à compter de l'ordonnance, l'indemnité d'occupation sera révisée en fonction de la variation de l'indice INSEE du coût de la construction s'il évolue à la hausse, l'indice de référence étant le dernier indice publié à la date du prononcé de l'acquisition de la clause résolutoire, - condamner la société Voltaero au paiement d'une somme de 2 500 € au titre des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile et aux entiers dépens. A l’audience du 1er juillet 2026, la SCI du [Adresse 1] a, par l’intermédiaire de son conseil, maintenu les prétentions de l’acte introductif d’instance et les moyens qui y sont contenus. Bien que régulièrement assignée, la société Voltaero n’a pas constitué avocat, de sorte qu’il doit être statué par décision réputée contradictoire. L'état des privilèges et publications ne mentionne aucun créancier inscrit sur le fonds de commerce. Conformément à l’article 446-1 du code de procédure civile, pour plus ample informé de l’exposé et des prétentions des parties, il est renvoyé à l'assignation et aux écritures déposées et développées oralement à l’audience, et à la note d'audience. L’affaire a été mise en délibéré au 27 juillet 2026.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION Sur la demande relative à l’acquisition de la clause résolutoire et sur les demandes subséquentes L’article 834 du code de procédure civile dispose que, dans tous les cas d'urgence, le président du tribunal judiciaire peut ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l'existence d'un différend. La juridiction des référés n'est toutefois pas tenue de caractériser l'urgence, au sens de l'article 834 du code de procédure civile, pour constater l'acquisition de la clause résolutoire stipulée dans un bail et la résiliation de droit d'un bail. L’article L. 145-41 du code de commerce dispose que toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu'un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai. Le bailleur, au titre d'un bail commercial, demandant la constatation de l'acquisition de la clause résolutoire comprise stipulée dans le bail doit rapporter la preuve de sa créance. Le juge des référés peut constater la résiliation de plein droit du bail au titre d’une clause contenue à l’acte à cet effet, à condition que : - le défaut de paiement de la somme réclamée dans le commandement de payer visant la clause résolutoire soit manifestement fautif, - le bailleur soit, de toute évidence, en situation d'invoquer de bonne foi la mise en jeu de cette clause, - la clause résolutoire soit dénuée d'ambiguïté et ne nécessite pas interprétation. Les juges saisis d'une demande présentée dans les formes et conditions prévues à l'article 1343-5 du code civil peuvent, en accordant des délais, suspendre la réalisation et les effets des clauses résolutoires, lorsque la résiliation n'est pas constatée ou prononcée par une décision de justice ayant acquis l'autorité de la chose jugée. La clause résolutoire ne joue pas, si le locataire se libère dans les conditions fixées par le juge. L'octroi des délais de paiement autorisés par l'article 1343-5 du code civil n'est par ailleurs nullement conditionné à la seule existence d'une situation économique catastrophique de celui qui les demande mais relève du pouvoir discrétionnaire du juge. Cependant, la juridiction des référés ne peut, sans excéder ses pouvoirs, accorder d'office un délai de grâce et suspendre les effets de la clause résolutoire dès lors que ce délai ne lui a pas été demandé par le preneur. Au cas présent, la soumission du bail au statut des baux commerciaux ne donne lieu à aucune discussion. Le bail prévoit une clause résolutoire stipulant sa résiliation de plein droit à défaut de paiement d’un seul terme de loyer, accessoires et autres charges, un mois après un commandement de payer resté infructueux. Il n’existe aucune contestation sérieuse sur la régularité du commandement en ce qu'il correspond exactement au détail des montants réclamées préalablement au preneur par le bailleur. En annexe du commandement, figure en effet le détail complet des loyers et charges dus et le décompte des versements effectués. Le commandement précise qu'à défaut de paiement dans le délai d'un mois, le bailleur entend expressément se prévaloir de la clause résolutoire incluse dans le bail ; la reproduction de la clause résolutoire et de l'article L. 145-17 alinéa 1 du code de commerce y figurent. Le commandement contenait ainsi toutes les précisions permettant au locataire de connaître la nature, les causes et le montant des sommes réclamées, de procéder au règlement des sommes dues ou de motiver la critique du décompte. En faisant délivrer ce commandement, la SCI du [Adresse 1] n’a fait qu’exercer ses droits légitimes de bailleur face à un locataire ne respectant pas les clauses du bail alors que celles-ci avaient été acceptées en toute connaissance de cause. Ce commandement détaille le montant de la créance, à savoir la somme de 34 438,55 € en principal, au titre de l’arriéré locatif au 16 mars 2026. Les causes de ce commandement n’ont pas été acquittées dans le mois de sa délivrance. Dès lors, la clause résolutoire est acquise et le bail se trouve résilié de plein droit avec toutes conséquences de droit. Aux termes de l’article 835 alinéa 1er du code de procédure civile, le président peut toujours, même en présence d'une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s'imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite. Le maintien dans un immeuble, sans droit ni titre du fait de la résiliation du bail, constitue un trouble manifestement illicite. L’expulsion de la société Voltaero et de tout occupant de son chef doit donc être ordonnée en cas de non restitution volontaire des lieux dans le mois suivant la signification de la présente ordonnance. Le sort des meubles trouvés dans les lieux sera régi en cas d’expulsion conformément aux dispositions du code des procédures civiles d’exécution et selon les modalités précisées au dispositif de l’ordonnance. Sur la demande de provision L’article 835 alinéa 2 du code de procédure dispose que, dans les cas où l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable, il peut accorder une provision au créancier. Aux termes de l’article 1728 du code civil, le paiement du prix du bail aux termes convenus constitue l’une des deux obligations principales du locataire. Aux termes de l'article 1353 du code civil, c'est à celui qui réclame l'exécution d'une obligation de la prouver et à celui qui se prétend libéré de justifier le paiement ou le fait qui a produit l'extinction de son obligation. Il est rappelé qu’à compter de la résiliation du bail par l'effet de la clause résolutoire, le preneur n'est plus débiteur de loyers mais d'une indemnité d'occupation. L’indemnité d’occupation due par la société Voltaero depuis l’acquisition de la clause résolutoire et jusqu’à la libération effective des lieux par la remise des clés, sera fixée à titre provisionnel au montant du loyer contractuel, outre les charges, taxes et accessoires. S’agissant du paiement, par provision, de l’arriéré locatif, il convient de rappeler qu’une demande en paiement de provision au titre d'une créance non sérieusement contestable relève du pouvoir du juge des référés sans condition de l'existence d'une urgence, aux termes de l’article 835 du code de procédure civile. Le montant de la provision allouée en référé n'a d'autre limite que le montant non sérieusement contestable de la dette alléguée Au cas présent, au vu du décompte produit par la SCI du [Adresse 1], l'obligation de la société Voltaero au titre des loyers, charges, taxes, accessoires et indemnités d'occupation au 20 avril 2026 n'est pas sérieusement contestable à hauteur de 50 774,44 €, somme provisionnelle au paiement de laquelle il convient de condamner la société Voltaero. Cette somme ne concerne que des loyers et charges non payés postérieurement au jugement prononçant le redressement judiciaire. Cette provision sera assortie en application de l’article 1231-6 du code civil des intérêts au taux légal depuis la date de délivrance du commandement du 19 mars 2026 à hauteur de la somme de 34 438,55 €, et à compter de la date de l'assignation pour le surplus. La clause du bail relative à majoration de l’indemnité d’occupation et la demande tendant à indexer cette indemnité d'occupation s’analyse comme une clause pénale et comme telle est susceptible d’être modérée par le juge du fond, en raison de son caractère manifestement excessif. Le caractère non sérieusement contestable de l'obligation n'est pas établi en application des dispositions de l’article 1231-5 du code civil ; par suite, il n’y a pas lieu à référé sur ce point. Sur les demandes accessoires La société Voltaero, partie perdante, doit supporter la charge des dépens, en ce compris le coût du commandement de payer du 19 mars 2026.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail commercial ?
Une clause résolutoire permet au bailleur de résilier le bail de plein droit si le locataire ne respecte pas certaines obligations, notamment le paiement des loyers. Elle doit être mise en œuvre par un commandement de payer délivré au locataire, qui dispose d'un délai (souvent un mois) pour régulariser.
Comment faire jouer la clause résolutoire ?
Le bailleur doit délivrer un commandement de payer visant la clause résolutoire. Si le locataire ne paie pas dans le délai imparti (généralement un mois), la clause est acquise et le bail est résilié de plein droit. Le bailleur peut ensuite saisir le juge des référés pour faire constater cette acquisition et obtenir l'expulsion.
Le redressement judiciaire du locataire empêche-t-il l'expulsion ?
Non, le redressement judiciaire ne suspend pas automatiquement les effets d'une clause résolutoire acquise avant l'ouverture de la procédure. Dans cette affaire, le commandement de payer a été délivré après le jugement d'ouverture, mais le juge a constaté l'acquisition de la clause, car le locataire n'avait pas payé dans le délai.
Qu'est-ce qu'une indemnité d'occupation ?
L'indemnité d'occupation est une somme due par le locataire qui reste dans les lieux après la résiliation du bail. Elle est généralement égale au montant du loyer contractuel, augmenté des charges et taxes. Elle est due jusqu'à la libération effective des lieux.
Quels sont les pouvoirs du juge des référés en matière de clause résolutoire ?
Le juge des référés peut constater l'acquisition de la clause résolutoire, ordonner l'expulsion, condamner le locataire au paiement d'une provision sur l'arriéré locatif et fixer une indemnité d'occupation. Il ne peut pas statuer sur le fond du litige, mais peut prendre des mesures provisoires.
Que se passe-t-il si le locataire ne paie pas les loyers après le commandement ?
Si le locataire ne paie pas dans le délai d'un mois, la clause résolutoire est acquise et le bail est résilié. Le bailleur peut alors demander en référé l'expulsion et le paiement des sommes dues. Dans cette affaire, le locataire n'a pas payé, et le juge a constaté la résiliation.
💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.