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Tribunal judiciaire, pcp jcp fond, 29 juillet 2026 — n° 26/01274

Réouverture des débats

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge doit-il ordonner la réouverture des débats lorsque le bailleur n'a pas attrait en justice l'ancien époux co-titulaire du bail, afin de garantir l'effectivité des mesures sollicitées ?

Principe retenu

Lorsque le bail a été conclu par des époux, le jugement de divorce ne transfère pas automatiquement le droit au bail à l'un d'eux, sauf décision expresse. En l'absence de congé ou d'attribution, les deux ex-époux restent co-titulaires du bail. Le bailleur qui poursuit la résiliation du bail et l'expulsion doit attraire en justice tous les co-titulaires, faute de quoi la procédure est irrégulière et il y a lieu de rouvrir les débats pour permettre la régularisation.

Faits clés

  • Bail d'habitation conclu le 11 décembre 2012 entre le bailleur et M. [D] [R] et Mme [U] [W]
  • Contrat de location d'un emplacement de stationnement conclu le 2 avril 2015 entre les mêmes parties
  • Divorce de M. [R] et Mme [W] prononcé le 11 mars 2024
  • Commandement de payer délivré le 13 mai 2025 à M. [R] seul pour un arriéré de 14 295,91 euros
  • Assignation en résiliation de bail et expulsion délivrée à M. [R] seul

Articles cités

article 1751 du code civil articles L433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution

Exposé du litige

EXPOSÉ DU LITIGE Par acte sous seing privé daté du 11 décembre 2012, l’E.P.I.C. [Localité 1] HABITAT OPH a donné à bail à M. et Mme [D] [R], pour une durée de trois ans renouvelable par tacite reconduction, un local d’habitation situé [Adresse 4], 1er étage, porte n°0039, à [Localité 2], comprenant une cave. Par acte sous seing privé du 2 avril 2015, un emplacement de stationnement n°0023 dans l’immeuble situé [Adresse 5] à [Localité 2] a également été loue à M. et Mme [D] [R]. M. [D] [R] et Mme [U] [W] ont divorcé par jugement du 11 mars 2024. Par acte de commissaire de justice du 13 mai 2025, l’E.P.I.C. [Localité 1] HABITAT OPH a fait délivrer à M. [D] [R] un commandement de payer dans un délai de six semaines la somme principale de 14 295,91 euros au titre de l’arriéré locatif en visant une clause résolutoire. La commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives a été informée de la situation de [D] [R] et Mme [U] “divorcée [R]” le 30 septembre 2025. Par acte de commissaire de justice en date du 30 décembre 2025 remis au greffe le 14 janvier 2026, l’E.P.I.C. PARIS HABITAT OPH a fait assigner M. [D] [R] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Paris aux fins notamment d’ordonner la résiliation des baux et, subsidiairement, voir constater l’acquisition de leur clause résolutoire, condamner M. [D] [R] au paiement de l’arriéré locatif et ordonner son expulsion. L’assignation a été notifiée au représentant de l’État dans le département le 5 janvier 2026 mais aucun diagnostic social et financier n’est parvenu au greffe avant l’audience. A l'audience du 19 mai 2026, à laquelle l’affaire a été appelée, l’E.P.I.C. [Localité 1] HABITAT OPH, représenté par son conseil, demande de : - ordonner la résiliation judiciaire des baux et, subsidiairement, constater l’acquisition de leur clause résolutoire, - ordonner, à défaut de départ volontaire, l’expulsion immédiate de M. [D] [R], ainsi que celle de tous occupants de son chef, si nécessaire avec l’aide de la force publique, - dire que le sort des meubles sera soumis aux dispositions des articles L433-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution, - condamner M. [D] [R] au paiement d'une indemnité mensuelle d'occupation égale au montant des derniers loyers mensuels et charges majorés de 30% euros à compter du lendemain de la résiliation des baux et jusqu’à la libération des lieux, - ordonner la capitalisation des intérêts, - condamner M. [D] [R] au paiement d'une somme de 500 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile ainsi qu’aux dépens. À l’appui de ses prétentions, l’E.P.I.C. [Localité 1] HABITAT OPH fait valoir que M. [D] [R] n’occupe plus personnellement les lieux, comme cela résulte notamment d’une sommation du 16 mai 2025, et ce, en violation de ses obligations contractuelles. Subsidiairement, il ajoute que M. [D] [R] n’a pas réglé les causes du commandement de payer dans le délai légal, de sorte que la résiliation du bail est justifiée, quand bien même la dette locative se trouve être soldée. À l’audience, M. [D] [R], comparant en personne, demande le rejet des demandes de l’E.P.I.C. [Localité 1] HABITAT OPH. À l’appui de ses prétentions, M. [D] [R] fait valoir qu’il n’occupe effectivement plus le logement à [Localité 1] à titre de résidence principale. Il expose qu’il utilise les locaux pour permettre à son ancienne épouse de voir durant les vacances scolaires leurs enfants communs, dont il a la garde. Il ajoute que le logement lui est utile pour se loger lors de ses venues hebdomadaires à [Localité 1] pour des raisons professionnelles. Il énonce enfin avoir l’intention d’emménager de nouveau à [Localité 1]. À l’issue des débats, l’affaire a été mise en délibéré et avis a été donné du prononcé du jugement par mise à disposition au greffe au 29 juillet 2026.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION Sur la réouverture des débats Aux termes de l’article 444 du code de procédure civile, le président peut ordonner la réouverture des débats. En l’espèce, le bail d’habitation du 11 décembre 2012 et le contrat de location de l’emplacement de stationnement du 2 avril 2015 ont été conclus entre, d’une part, l’E.P.I.C. [Localité 1] HABITAT OPH et, d’autre part, M. [D] [R] et son ancienne épouse, Mme [U] [W]. Or, il n’est justifié d’aucun congé donné par cette dernière. Par ailleurs, le jugement de divorce n’a pas confié le droit au bail à l’un de ses deux co-titulaires en application de l’article 1751 du code civil. Il s’ensuit que Mme [U] [W] divorcée [R] demeure co-titulaire des deux baux litigieux. Or, celle-ci n’a pas été attraite en justice et n’a pas non plus été destinataire du commandement de payer. Or, le but poursuivi par l’E.P.I.C. [Localité 1] HABITAT OPH dans la présente procédure est d’obtenir la libération des lieux et l’octroi d’une indemnité d’occupation jusqu’à cette date. Il est donc de l’intérêt d’une bonne justice que Mme [U] [W] soit partie à l’instance afin que les mesures susceptibles d’être prises par la juridiction puissent être effectives et utiles. Il appartiendra à l’E.P.I.C. [Localité 1] HABITAT OPH de régulariser la procédure à l’égard de Mme [U] [W]. Il sera en conséquence ordonné la réouverture des débats et enjoint au demandeur de citer en intervention forcée Mme [U] [W]. Sur les demandes accessoires Il sera sursis à statuer sur l’ensemble des demandes et les dépens seront réservés dans l’attente de la décision à intervenir sur le fond.

Dispositif

PAR CES MOTIFS Le juge des contentieux de la protection, statuant publiquement, après débats en audience publique et par jugement contradictoire, ORDONNE la réouverture des débats à l’audience de plaidoiries du juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Paris du 20 novembre 2026 à 9 heures ; ENJOINT à l’E.P.I.C. [Localité 1] HABITAT OPH de faire citer en intervention forcée Mme [U] [W] divorcée [R] ; SURSOIT à statuer sur l’ensemble des demandes ; RÉSERVE les dépens ; RAPPELLE que le présent jugement est de plein droit exécutoire à titre provisoire ; LE GREFFIER LE JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION

Questions fréquentes

Que se passe-t-il si mon ex-conjoint et moi sommes tous les deux sur le bail et que je veux résilier le bail ?
En cas de divorce, le droit au bail n'est pas automatiquement attribué à l'un des époux. Si aucun jugement ne l'attribue, les deux restent co-titulaires. Pour résilier le bail, il faut l'accord des deux ou une décision de justice. Dans cette affaire, le juge a ordonné la réouverture des débats car le bailleur n'avait pas attrait l'ex-épouse, qui était toujours co-titulaire.
Le bailleur peut-il m'expulser seul alors que mon ex-épouse est aussi sur le bail ?
Non, le bailleur doit attraire en justice tous les co-titulaires du bail. Dans cette décision, le juge a enjoint au bailleur de faire citer en intervention forcée l'ex-épouse, car elle n'avait pas été assignée, ce qui rendait la procédure irrégulière.
Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail d'habitation ?
Une clause résolutoire permet au bailleur de résilier le bail automatiquement si le locataire ne paie pas ses loyers dans un délai imparti après un commandement de payer. Dans cette affaire, le bailleur a délivré un commandement de payer visant cette clause, mais la procédure a été suspendue en raison du défaut de mise en cause de la co-titulaire.
Quels sont les droits d'un co-titulaire de bail en cas de divorce ?
Le co-titulaire conserve ses droits sur le bail, sauf si le jugement de divorce attribue le bail à l'un des époux. Il doit être informé des procédures et peut continuer à occuper les lieux. Dans cette affaire, l'ex-épouse n'avait pas été informée du commandement de payer ni de l'assignation, ce qui a conduit à la réouverture des débats.
Le juge peut-il ordonner la réouverture des débats dans une affaire de bail ?
Oui, le juge peut ordonner la réouverture des débats pour permettre la régularisation de la procédure, par exemple lorsque toutes les parties nécessaires n'ont pas été attraites. Ici, le juge a ordonné la réouverture pour que le bailleur cite en intervention forcée l'ex-épouse.
Que signifie une intervention forcée dans un procès ?
L'intervention forcée est une procédure par laquelle une personne est contrainte de devenir partie à un procès, car sa présence est nécessaire pour que la décision soit efficace. Dans cette affaire, le juge a enjoint au bailleur de faire citer l'ex-épouse en intervention forcée.
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