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Tribunal judiciaire, 8ème chambre, 29 juillet 2026 — n° 25/04300

Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs en accordant des délais d'exécution au défendeur

Synthèse de la décision

Question juridique

La caution qui a payé le créancier peut-elle obtenir le remboursement de sa créance contre le débiteur défaillant, et peut-elle demander la capitalisation des intérêts ?

Principe retenu

La caution qui a payé le créancier est subrogée dans les droits de celui-ci et peut agir contre le débiteur principal. La capitalisation des intérêts n'est pas applicable lorsque la créance de la caution résulte d'un prêt immobilier soumis aux dispositions de l'article L. 313-2 du code de la consommation, qui limite les intérêts pouvant être réclamés au débiteur.

Faits clés

  • Prêt immobilier de 340 950 euros consenti par LCL à M. [E] le 14 mai 2012
  • Crédit Logement s'est porté caution de M. [E]
  • Impayés à compter d'octobre 2023
  • Crédit Logement a payé à la banque 14 448,36 euros le 17 juin 2024
  • Déchéance du terme prononcée le 13 mars 2025

Articles cités

article 1103 du code civil article 1104 du code civil article 2305 devenu 2308 du code civil article 2288 et suivants du code civil article 1343-2 du code civil article 514 du code de procédure civile article 700 du code de procédure civile article 455 du code de procédure civile article 699 du code de procédure civile article L. 313-2 du code de la consommation

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE Selon offre de prêt sous seing privé du 14 mai 2012, acceptée le 25 mai 2012, le LCL a consenti à M. [Y] [E] un prêt d’un montant de 340 950 euros au taux fixe de 4 % l’an remboursable en 252 mensualités. La société Crédit logement s’est portée caution de M. [E] à l’égard du LCL. Par suite d’impayés à compter du mois d’octobre 2023, le Crédit logement, en sa qualité de caution, a désintéressé la banque à hauteur de la somme de 14 448,36 euros le 17 juin 2024. Par courrier recommandé du 20 janvier 2025, la banque a mis en demeure M. [E] de régulariser des échéances impayées au titre du prêt, sous peine de voir prononcer la déchéance du terme de ce prêt conformément aux dispositions contractuelles. Faute d’avoir régularisé sa situation, la banque a prononcé la déchéance du terme de ce prêt par courrier recommandé du 13 mars 2025, et a exigé le remboursement de l’intégralité des sommes dues à ce titre. En exécution de ses engagements de caution solidaire, le Crédit logement a réglé à la banque la somme de 193 646,34 euros le 26 mai 2025. C’est dans ces conditions que par exploit de commissaire de justice du 21 juillet 2025, la société Crédit logement a fait assigner M. [E] devant le tribunal judiciaire d’Évry, aux fins, au visa des articles 1103, 1104, 2305 devenu 2308 et 2288 et suivants du code civil, de : -condamner M. [Y] [E] à payer à la société Crédit logement la somme de 209 032,52 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter de l’arrêté de compte, et ce, jusqu’au parfait paiement ; -ordonner la capitalisation des intérêts conformément aux dispositions de l’article 1343-2 du code civil ; -rappeler l’exécution provisoire de droit du jugement à intervenir conformément aux dispositions de l’article 514 du code de procédure civile ; -condamner M. [Y] [E] à payer à la société Crédit logement la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile ; -condamner M. [Y] [E] aux entiers dépens, dont distraction est requise au profit de Maître Charlotte Guittard, membre de la SCP Damoiseau et associés. Pour un exposé exhaustif de ses moyens et prétentions, le tribunal se réfère expressément à ses écritures par application de l'article 455 du code de procédure civile. Bien que régulièrement assigné à étude, le défendeur n’a pas constitué avocat. L’ordonnance de clôture est intervenue en date du 07 mai 2026. À l’audience de plaidoirie du 26 juin 2026 la décision a été mise en délibéré au 29 juillet 2026 par mise à disposition au greffe.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION A titre liminaire sur la qualification du jugement Le défendeur n’ayant pas constitué avocat, la présente décision sera rendue par jugement réputé contradictoire, conformément aux dispositions de l'article 473 du code de procédure civile. Aux termes de l’article 472 du même code, l'absence du défendeur, régulièrement cité à l’instance, ne fait pas obstacle à ce qu’une décision soit rendue sur le fond du litige, le juge faisant droit à la demande après examen de sa régularité, de sa recevabilité et de son bien-fondé. Sur la demande de paiement du Crédit logement Aux termes de l’article 37II de l’ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021, les cautionnements conclus avant le 1er janvier 2022 demeurent soumis à la loi ancienne, y compris pour leurs effets légaux et pour les dispositions d’ordre public. Selon l'article 1134 ancien du code civil, dans sa version applicable à l'espèce, les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites. Elles ne peuvent être révoquées que de leur consentement mutuel, ou pour les causes que la loi autorise. Elles doivent être exécutées de bonne foi. L’article 2305 du code civil dispose que la caution qui a payé à son recours contre le débiteur principal, soit que le cautionnement ait été donné au su ou à l’insu du débiteur. Ce recours a lieu tant pour le principal que pour les intérêts et les frais ; néanmoins la caution n’a de recours que pour les frais par elle faits depuis qu’elle a dénoncé au débiteur principal les poursuites dirigées contre elle. Elle a aussi recours pour les dommages et intérêts, s’il y a lieu. En application de l’article 2306 du code civil, la caution qui a payé est subrogée dans tous les droits qu’avait le créancier contre son débiteur. Il ressort de ces dispositions que la subrogation est à la mesure du paiement et que le subrogé ne peut prétendre en outre qu’aux intérêts produits au taux légal par la dette qu’il a acquittée qui courent de plein droit à compter du paiement, sauf convention contraire conclue par elle avec le débiteur et fixant un taux d’intérêt différent. Le Crédit logement verse aux débats, outre le contrat de prêt et son cautionnement ainsi que les courriers recommandés adressés au débiteur, des quittances subrogatives justifiant qu’elle a payé, le 17 juin 2024 la somme de 14 448,36 euros et le 26 mai 2025 la somme de 193 646,34 euros. A l’examen du décompte produit, arrêté à la somme de 209 032,52 euros au 11 juin 2025, il convient d’observer que la demanderesse a fixé le point de départ des intérêts à la date du règlement effectué par elle à la banque, conformément aux dispositions de l’article 1907 du code civil et au droit du mandat. Dans ces conditions, il y a lieu de retenir la somme réclamée par la caution, et de fixer le point de départ des intérêts à cette date du 11 juin 2025, les intérêts antérieurs ayant déjà été comptabilisés. En conséquence, M. [E] sera condamné à verser au Crédit logement la somme 209 032,52 euros, outre intérêts au taux légal à compter du 11 juin 2025. Sur la capitalisation des intérêts Il ressort des pièces versées aux débats que l'offre de prêt immobilier souscrit par le défendeur est soumise aux dispositions protectrices du code de la consommation prévues aux articles L. 312 et suivants anciens du code de la consommation (devenus les articles L. 313-1 et suivants) dans leur numérotation en vigueur lors de l'acceptation des offres. En vertu de l'article L. 312-23 ancien du code de la consommation, aucune indemnité ni aucun coût autres que ceux qui sont mentionnés aux articles L. 312-21 et L. 312-22 ne peuvent être mis à la charge de l'emprunteur dans les cas de remboursement par anticipation ou de défaillance prévus par ces articles. Toutefois, le prêteur pourra réclamer à l'emprunteur, en cas de défaillance de celui-ci, le remboursement, sur justification, des frais taxables qui lui auront été occasionnés par cette défaillance à l'exclusion de tout remboursement forfaitaire de frais de recouvrement. Il en résulte que la règle édictée par ce texte fait obstacle à l'application de la capitalisation des intérêts prévue par l'article 1154 du code civil. Il est en outre précisé que ce texte vise expressément, non pas à limiter ce que le prêteur peut solliciter du débiteur, mais ce qui peut être réclamé au dit débiteur, sans distinction de l’auteur du recours contre celui-ci. Ce texte est donc opposable à la caution qui exerce son recours contre le débiteur. Cette demande sera donc rejetée. Sur les dépens et l’article 700 du code de procédure civile Le défendeur, qui succombe, sera condamné aux dépens de l'instance ainsi qu'à verser à la demanderesse au titre de ses frais irrépétibles une somme de 1 500,00 euros. Sur l’exécution provisoire Aux termes de l’article 514 du code de procédure civile, les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n’en dispose autrement. Aucune circonstance ne commande de l’écarter.

Dispositif

PAR CES MOTIFS Le tribunal, statuant publiquement, par jugement réputé contradictoire, rendu en premier ressort par mise à disposition au greffe, CONDAMNE monsieur [Y] [E] à payer à la société Crédit logement la somme de deux cent neuf mille trente-deux euros et cinquante-deux centimes (209 032,52 euros), outre intérêts au taux légal à compter du 11 juin 2025, date de l’arrêté de compte, et jusqu’à parfait paiement ; DEBOUTE la société Crédit logement de sa demande tendant à voir ordonnée la capitalisation des intérêts ; CONDAMNE monsieur [Y] [E] aux dépens ; AUTORISE Maître Charlotte Guittard, membre de la SCP Damoiseau et associés, à procéder au recouvrement direct des dépens conformément à l’article 699 du code de procédure civile ; CONDAMNE monsieur [Y] [E] à payer à la société Crédit logement la somme de mille cinq cents euros (1 500 euros) en application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile ; RAPPELLE que la présente décision est assortie de l’exécution provisoire. Ainsi fait et rendu le VINGT NEUF JUILLET DEUX MILLE VINGT SIX, par Sophie ROLLAND-MAZEAU, Vice-présidente, assistée de Sarah TREBOSC, Greffière, lesquelles ont signé la minute du présent Jugement. LE GREFFIER, LE PRÉSIDENT,

Questions fréquentes

La caution qui a payé le créancier peut-elle se retourner contre le débiteur ?
Oui, la caution qui a payé le créancier est subrogée dans les droits de celui-ci et peut agir contre le débiteur principal pour obtenir le remboursement des sommes versées. Dans cette affaire, Crédit Logement a payé la banque et a obtenu la condamnation de M. [E] à lui rembourser 209 032,52 euros.
Quel est le montant que la caution peut réclamer au débiteur ?
La caution peut réclamer le montant qu'elle a effectivement payé au créancier, augmenté des intérêts au taux légal à compter de la date de l'arrêté de compte. En l'espèce, Crédit Logement a réclamé 209 032,52 euros, correspondant aux sommes payées à la banque, et le tribunal a fait droit à cette demande.
La capitalisation des intérêts est-elle possible pour une caution ?
Non, dans le cas d'un prêt immobilier soumis à l'article L. 313-2 du code de la consommation, la capitalisation des intérêts n'est pas possible. Le tribunal a débouté Crédit Logement de sa demande de capitalisation des intérêts, car ce texte limite les intérêts pouvant être réclamés au débiteur.
Qu'est-ce que la déchéance du terme dans un prêt immobilier ?
La déchéance du terme est la sanction contractuelle qui rend immédiatement exigible le capital restant dû en cas d'impayés. Dans cette affaire, la banque a prononcé la déchéance du terme après mise en demeure restée sans effet, ce qui a permis à la caution de payer le solde et de se retourner contre le débiteur.
Quels sont les recours de la caution après avoir payé la banque ?
La caution dispose d'un recours personnel contre le débiteur principal, fondé sur l'article 2308 du code civil. Elle peut également se prévaloir de la subrogation dans les droits du créancier. En l'espèce, Crédit Logement a assigné M. [E] en remboursement et a obtenu gain de cause.
Quels sont les intérêts applicables à la créance de la caution ?
La créance de la caution porte intérêts au taux légal à compter de la date de l'arrêté de compte, et ce jusqu'au parfait paiement. Dans cette affaire, les intérêts ont été fixés à compter du 11 juin 2025, date de l'arrêté de compte établi par Crédit Logement.
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