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Tribunal judiciaire, 8ème chambre, 29 juillet 2026 — n° 25/03879

Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs en accordant des délais d'exécution au défendeur

Synthèse de la décision

Question juridique

La caution qui a payé le créancier peut-elle obtenir remboursement du débiteur principal et la capitalisation des intérêts est-elle due ?

Principe retenu

La caution qui a payé le créancier est subrogée dans les droits de celui-ci et peut agir contre le débiteur principal. La capitalisation des intérêts prévue à l'article 1343-2 du code civil ne s'applique pas au recours de la caution contre le débiteur, car ce texte limite ce qui peut être réclamé au débiteur, sans distinction de l'auteur du recours.

Faits clés

  • Prêt immobilier de 77 741 euros consenti par LCL à M. [W] [C] [V] le 20 octobre 2018
  • Crédit Logement s'est portée caution solidaire de M. [C] [V]
  • Impayés à partir de mars 2023, Crédit Logement a payé 4 128,06 euros le 4 décembre 2023
  • Déchéance du terme prononcée le 10 décembre 2024 après mise en demeure
  • Crédit Logement a réglé 53 599,59 euros le 19 mai 2025

Articles cités

article 1103 du code civil article 1104 du code civil article 2305 du code civil article 2308 du code civil article 2288 du code civil article 1343-2 du code civil article 514 du code de procédure civile article 699 du code de procédure civile article 700 du code de procédure civile

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE Selon offre de prêt sous seing privé du 20 octobre 2018, acceptée le 19 novembre 2018, le LCL a consenti à M. [W] [C] [V] un prêt immobilier d’un montant de 77 741 euros au taux fixe de 1,28 % l’an remboursable en 180 mensualités. La société Crédit logement s’est portée caution de M. [C] [V] à l’égard du LCL. Par suite d’impayés à partir du mois de mars 2023, la société Crédit logement a désintéressé la banque, en sa qualité de caution, à hauteur de 4 128,06 euros le 04 décembre 2023. Par courrier recommandé en date du 18 mars 2025, le LCL a mis en demeure M. [C] [V] d’avoir à régulariser sa situation dans un délai de trente jours, sous peine de voir acquise la déchéance du terme du prêt conformément aux dispositions contractuelles. Faute d’avoir régularisé sa situation, la banque a prononcé la déchéance du terme de ce prêt par courrier recommandé du 10 décembre 2024, et a exigé le remboursement de l’intégralité des sommes dues à ce titre. En exécution de ses engagements de caution solidaire, le Crédit logement a réglé à la banque la somme de 53 599,59 euros le 19 mai 2025. C’est dans ces conditions que par exploit de commissaire de justice du 24 juin 2025, la société Crédit logement a fait assigner M. [C] [V] devant le tribunal judiciaire d’Évry, aux fins, au visa des articles 1103, 1104, 2305 devenu 2308 et 2288 et suivants du code civil, de : -condamner M. [W] [C] [V] à payer à la société Crédit logement la somme de 58 111,27 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter de l’arrêté de compte, et ce jusqu’au parfait paiement ; -ordonner la capitalisation des intérêts conformément aux dispositions de l’article 1343-2 du code civil ; -rappeler l’exécution provisoire de droit du jugement à intervenir conformément aux dispositions de l’article 514 du code de procédure civile ; -condamner M. [W] [C] [V] à payer à la société Crédit logement la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile ; -condamner M. [W] [C] [V] aux entiers dépens, dont distraction est requise au profit de Maître Charlotte Guittard, membre de la SCP Damoiseau et associés. Pour un exposé exhaustif de ses moyens et prétentions, le tribunal se réfère expressément à ses écritures par application de l'article 455 du code de procédure civile. Bien que régulièrement assigné à étude, le défendeur n’a pas constitué avocat. L’ordonnance de clôture est intervenue en date du 07 mai 2026. À l’audience de plaidoirie du 26 juin 2026 la décision a été mise en délibéré au 29 juillet 2026 par mise à disposition au greffe.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION A titre liminaire sur la qualification du jugement Le défendeur n’ayant pas constitué avocat, la présente décision sera rendue par jugement réputé contradictoire, conformément aux dispositions de l'article 473 du code de procédure civile. Aux termes de l’article 472 du même code, l'absence du défendeur, régulièrement cité à l’instance, ne fait pas obstacle à ce qu’une décision soit rendue sur le fond du litige, le juge faisant droit à la demande après examen de sa régularité, de sa recevabilité et de son bien-fondé. Sur la demande de paiement du Crédit Logement Aux termes de l’article 37II de l’ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021, les cautionnements conclus avant le 1er janvier 2022 demeurent soumis à la loi ancienne, y compris pour leurs effets légaux et pour les dispositions d’ordre public. Aux termes des articles 1103 et 1104 du code civil, les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits. Ils doivent être négociés, formés et exécutés de bonne foi. L’article 2305 du code civil dispose que la caution qui a payé à son recours contre le débiteur principal, soit que le cautionnement ait été donné au su ou à l’insu du débiteur. Ce recours a lieu tant pour le principal que pour les intérêts et les frais ; néanmoins la caution n’a de recours que pour les frais par elle faits depuis qu’elle a dénoncé au débiteur principal les poursuites dirigées contre elle. Elle a aussi recours pour les dommages et intérêts, s’il y a lieu. En application de l’article 2306 du code civil, la caution qui a payé est subrogée dans tous les droits qu’avait le créancier contre son débiteur. Il ressort de ces dispositions que la subrogation est à la mesure du paiement et que le subrogé ne peut prétendre en outre qu’aux intérêts produits au taux légal par la dette qu’il a acquittée qui courent de plein droit à compter du paiement, sauf convention contraire conclue par elle avec le débiteur et fixant un taux d’intérêt différent. La société Crédit Logement verse aux débats, outre le contrat de prêt et son cautionnement ainsi que les courriers recommandés adressés au débiteur, des quittances subrogatives justifiant qu’elle a payé, le 04 décembre 2023, la somme de 4 128,06 euros, et le 19 mai 2025 la somme de 53 599,59 euros. A l’examen du décompte produit, arrêté à la somme de 58 111,27 euros au 06 juin 2025, il convient d’observer que la demanderesse a fixé le point de départ des intérêts à la date de chacun de ses règlements, conformément aux dispositions de l’article 1907 du code civil et au droit du mandat. Dans ces conditions, il y a lieu de retenir la somme réclamée par la caution, et de fixer le point de départ des intérêts à cette date du 06 juin 2025, les intérêts antérieurs ayant déjà été comptabilisés. En conséquence, M. [C] [V] sera condamné à verser à la société Crédit logement la somme de 58 111,27 euros, outre intérêts au taux légal à compter du 06 juin 2025. Sur la capitalisation des intérêts L’article 1343-2 du code civil, dispose que les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l’a prévu ou si une décision de justice le précise. Par ailleurs, il ressort des pièces versées aux débats que l'offre de prêt immobilier souscrit par le défendeur est soumise aux dispositions protectrices du code de la consommation prévues aux articles L. 313-1 et suivants du code de la consommation dans leur numérotation en vigueur lors de l'acceptation des offres. En vertu de l’article L. 312-38 du code de la consommation, aucune indemnité ni aucuns frais autres que ceux mentionnés aux articles L. 312-39 et L. 312-40 ne peuvent être mis à la charge de l’emprunteur dans les cas de défaillance prévus par ces articles. Toutefois, le prêteur peut réclamer à l’emprunteur, en cas de défaillance de celui-ci, le remboursement des frais taxables qui lui ont été occasionnés par cette défaillance, à l’exclusion de tout remboursement forfaitaire de frais de recouvrement. Il en résulte que la règle édictée par ce texte fait obstacle à l’application de la capitalisation des intérêts prévue par l’article 1343-2 du code civil. Il est en outre précisé que ce texte vise expressément, non pas à limiter ce que le prêteur peut solliciter du débiteur, mais ce qui peut être réclamé au dit débiteur, sans distinction de l’auteur du recours contre celui-ci. Ce texte est donc opposable à la caution qui exerce son recours contre le débiteur. Cette demande sera donc rejetée. Sur les dépens et l’article 700 du code de procédure civile Le défendeur, qui succombe, sera condamné aux dépens de l'instance ainsi qu'à verser à la demanderesse au titre de ses frais irrépétibles une somme de 1 500,00 euros. Sur l’exécution provisoire Aux termes de l’article 514 du code de procédure civile, les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n’en dispose autrement. Aucune circonstance ne commande de l’écarter.

Dispositif

PAR CES MOTIFS Le tribunal, statuant publiquement, par jugement réputé contradictoire, rendu en premier ressort par mise à disposition au greffe, CONDAMNE monsieur [W] [C] [V] à payer à la SA Crédit logement la somme de cinquante-huit mille cent onze euros et vingt-sept centimes (58 111,27 euros), outre intérêts au taux légal à compter du 06 juin 2025, date de l’arrêté de compte, et ce jusqu’à parfait paiement ; DEBOUTE la SA Crédit logement de sa demande tendant à voir ordonnée la capitalisation des intérêts ; CONDAMNE monsieur [W] [C] [V] aux dépens ; AUTORISE Maître Charlotte Guittard, membre de la SCP Damoiseau et associés, à procéder au recouvrement direct des dépens conformément à l’article 699 du code de procédure civile ; CONDAMNE monsieur [W] [C] [V] à payer à la SA Crédit logement la somme de mille cinq cents euros (1 500 euros) en application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile ; RAPPELLE que la présente décision est assortie de l’exécution provisoire. Ainsi fait et rendu le VINGT NEUF JUILLET DEUX MILLE VINGT SIX, par Sophie ROLLAND-MAZEAU, Vice-présidente, assistée de Sarah TREBOSC, Greffière, lesquelles ont signé la minute du présent Jugement. LE GREFFIER, LE PRÉSIDENT,

Questions fréquentes

Que se passe-t-il si je ne rembourse pas mon prêt immobilier et que la caution paie à ma place ?
La caution qui paie le créancier peut se retourner contre vous pour obtenir le remboursement des sommes versées, en vertu de la subrogation. Dans cette affaire, Crédit Logement a payé 53 599,59 euros à la banque et a obtenu votre condamnation à lui rembourser cette somme avec intérêts.
La caution peut-elle me réclamer l'argent qu'elle a payé à la banque ?
Oui, la caution qui a payé le créancier est subrogée dans ses droits et peut agir contre vous pour obtenir le remboursement. Le tribunal a condamné l'emprunteur à payer 58 111,27 euros à Crédit Logement, correspondant aux sommes payées par la caution.
Quels sont les recours de la caution contre l'emprunteur défaillant ?
La caution dispose d'un recours personnel fondé sur le cautionnement et d'un recours subrogatoire. Elle peut réclamer le remboursement des sommes versées, les intérêts au taux légal à compter du paiement, et les frais accessoires. Dans cette décision, la caution a obtenu condamnation de l'emprunteur à payer 58 111,27 euros avec intérêts au taux légal.
Puis-je être condamné à payer des intérêts sur les sommes réclamées par la caution ?
Oui, la caution peut obtenir des intérêts au taux légal sur les sommes qu'elle a payées, à compter de la date de l'arrêté de compte. Dans cette affaire, les intérêts ont été accordés à compter du 6 juin 2025.
La capitalisation des intérêts est-elle applicable dans le recours de la caution ?
Non, la capitalisation des intérêts prévue à l'article 1343-2 du code civil n'est pas applicable au recours de la caution contre le débiteur. Le tribunal a rejeté cette demande, considérant que ce texte limite ce qui peut être réclamé au débiteur, sans distinction de l'auteur du recours.
Qu'est-ce que la subrogation dans le cadre d'un cautionnement ?
La subrogation permet à la caution qui paie le créancier d'exercer les droits de celui-ci contre le débiteur. Elle peut ainsi réclamer le remboursement des sommes versées, comme si elle était le créancier d'origine. Cette décision illustre ce mécanisme.
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