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Tribunal judiciaire, jcp amiens, 30 juillet 2026 — n° 26/00521

Expulsion "ferme" ordonnée au fond (sans suspension des effets de la clause résolutoire)

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge peut-il constater l'acquisition de la clause résolutoire et ordonner l'expulsion en cas d'impayés de loyers, et refuser d'accorder des délais de paiement au locataire ?

Principe retenu

La clause résolutoire est acquise si le locataire ne paie pas les loyers dans le délai imparti par le commandement de payer. Le juge peut accorder des délais de paiement si le locataire est de bonne foi et en mesure de s'acquitter de sa dette, mais il peut les refuser si le locataire ne reprend pas le paiement du loyer courant.

Faits clés

  • Bail d'habitation signé le 17 août 2022 pour un appartement à Amiens
  • Loyer mensuel de 770 euros plus 50 euros de charges
  • Commandement de payer délivré le 24 février 2026 pour 3 490 euros
  • Locataire n'a pas repris le paiement du loyer courant
  • Locataire a invoqué des difficultés personnelles (perte d'un enfant, problèmes de santé)

Articles cités

article 24 III de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE Suivant contrat du 17 août 2022, la SCI CRT a consenti à Monsieur [H] [N] et Madame [U] [Z] un bail portant sur un appartement à usage d’habitation situé [Adresse 3] à Amiens, moyennant un loyer de 770 euros outre 50 euros de provisions sur charges. Le contrat porte mention de l’engagement de caution de Monsieur [X] [Z]. Constatant des impayés, la SCI CRT a fait délivrer le 24 février 2026 aux locataires un commandement de payer visant la clause résolutoire pour la somme en principal de 3.490 euros. Cet acte a été signifié à la caution le 2 mars 2026. Par exploits de commissaire de justice des 7 et 18 mai 2026, la SCI CRT a attrait les locataires et la caution devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire d’Amiens aux fins de voir : Constater l’acquisition de la clause résolutoire figurant au bailPrononcer en conséquence l’expulsion de Monsieur [N] et Madame [Z],Condamner solidairement les défendeurs au paiement de la somme principale de 4.630 euros intérêts au taux légal,Condamner solidairement les défendeurs au paiement d’une indemnité d’occupation,Condamner in solidum les défendeurs au paiement de la somme de 1.500 euros au titre de l’article 700 du Code de procédure civile,Condamner in solidum les défendeurs aux dépens qui comprendront notamment le coût du commandement de payer, la notification à la CCAPEX, l’assignation et sa dénonciation à la préfecture.A l’audience du 6 juillet 2026, la SCI CRT maintient ses demandes. Elle s’oppose à la demande de maintien dans les lieux formulée par le locataire qui n’a pas repris le paiement du loyer courant. Monsieur [H] [N] confirme la situation d’impayés. Il sollicite des délais pour s’acquitter de sa dette. Faisant état de ses difficultés à trouver un emploi malgré ses qualifications et diplôme, il explique que sa compagne et lui-même ont subi récemment la perte d’un enfant, les plongeant dans une profonde détresse et occasionnant de lourds problèmes de santé pour sa compagne. Madame [U] [Z] n’a pas comparu. Monsieur [X] [Z], cité par procès-verbal de recherches infructueuses, n’a pas comparu. Le Diagnostic Social et Financier a été reçu avant l’audience. L’affaire a été mise en délibéré au 30 juillet 2026.

Motivations de la décision

MOTIVATION I. SUR LA RÉSILIATION : - sur la recevabilité de l'action : Une copie de l’assignation a été notifiée à la préfecture de la Somme par la voie électronique le 18 mai 2026, soit plus de six semaines avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989. Par ailleurs, la SCI CRT justifie avoir saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives le 25 février 2026, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989. L’action est donc recevable. - sur l’acquisition des effets de la clause résolutoire : L'article 24 I de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 dans sa version applicable au contrat prévoit que "Toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux.". En l’espèce, le bail conclu le 17 août 2022 entre les parties contient une clause aux termes de laquelle le contrat se trouvera de plein droit résilié, en cas de défaut de paiement du loyer et des charges, deux mois à compter de la délivrance d’un commandement de payer. Le 24 février 2026, la SCI CRT a fait signifier à son locataire un commandement d’avoir à payer la somme de 3.490 euros dans un délai de deux mois. La dette locative n’a pas été réglée dans le délai de deux mois à compter de la signification du commandement de payer, de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 25 avril 2026. II. SUR LE MONTANT DE L’ARRIÉRÉ LOCATIF : La SCI CRT produit un décompte démontrant que les locataires restaient lui devoir le 9 avril 2026, après soustraction des frais de poursuite, la somme de 4.630 euros, loyer de mars 2026 inclus. Monsieur [H] [N] comparant, reconnait le principe et le montant de la dette. Monsieur [X] [Z], non comparant, ne conteste pas son engagement de caution solidaire. Les défendeurs seront donc condamnés solidairement à verser à la SCI CRT cette somme de 4.630 euros, avec les intérêts au taux légal à compter de l’assignation. III. SUR LES DELAIS DE PAIEMENT : L'article 24 V de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 dispose que le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d'office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu'il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, le juge peut accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l'article 1343- 5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative. Le quatrième alinéa de l'article 1343- 5 s'applique lorsque la décision du juge est prise sur le fondement du présent alinéa. Le juge peut d'office vérifier tout élément constitutif de la dette locative et le respect de l'obligation prévue au premier alinéa de l'article 6 de la présente loi. Il invite les parties à lui produire tous éléments relatifs à l'existence d'une procédure de traitement du surendettement au sens du livre VII du code de la consommation. En l’espèce, Monsieur [H] [N] sollicite des délais de paiement mais n’a pas repris le paiement du loyer courant, ne permettant pas au juge d’examiner sa demande et d’apporter la moindre appréciation sur la situation du couple. La demande de suspension des effets de la clause résolutoire ne peut qu’être rejetée. Il convient d'en tirer les conséquences et de relever : - Monsieur [H] [N] et Madame [U] [Z] occupe sans droit ni titre les lieux : il y a donc lieu de leur ordonner de libérer le logement dans les conditions précisées au dispositif, faute de quoi, il y aura lieu de les expulser avec l’assistance de la force publique et d'autoriser la séquestration de leurs meubles selon les modalités précisées au dispositif ; - les défendeurs sont débiteurs envers la SCI CRT d'une indemnité d'occupation dont le montant doit être fixé à celui du loyer applicable à la date de la résiliation : il y a lieu de les condamner in solidum au paiement, du montant des indemnités d'occupation correspondant à la période entre la date de la résiliation du bail et la date de sortie effective des lieux. Il convient de prévoir que cette indemnité d'occupation fera l'objet d'une indexation dans les mêmes conditions que celles prévues pour le loyer si le bail s'était poursuivi. IV.SUR LES DEMANDES ACCESSOIRES : Les défendeurs, partie perdante, supporteront in solidum la charge des dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer et de sa dénonciation à la Commission de Coordination des Actions de Prévention des Expulsions, le coût de l’assignation et de sa notification à la préfecture et le coût du timbre fiscal. Compte tenu des démarches judiciaires qu’a dû accomplir la SCI CRT ils seront également condamnés in solidum à lui verser une somme de 400 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile.

Dispositif

PAR CES MOTIFS, Le tribunal judiciaire, statuant par jugement réputé contradictoire, rendu en premier ressort et mis à la disposition des parties au greffe ; CONSTATE la recevabilité des demandes de la SCI CRT, CONSTATE que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 17 août 2022 entre la SCI CRT d’une part et Monsieur [H] [N] et Madame [U] [Z] d’autre part concernant un appartement à usage d’habitation situé [Adresse 3] à Amiens (80) sont réunies à la date du 25 avril 2026 pour non-paiement des loyers et charges par application de la clause résolutoire contractuelle ; DEBOUTE Monsieur [H] [N] de sa demande de délais de paiement de nature à suspendre les effets de la clause résolutoire contenue au contrat de bail ; ORDONNE en conséquence à Monsieur [H] [N] et Madame [U] [Z] de libérer les lieux et de restituer les clés dès la signification de la présente décision ; DIT qu’à défaut pour Monsieur [H] [N] et Madame [U] [Z] d’avoir volontairement libéré les lieux et restitué les clés dans ce délai, la SCI CRT pourra, deux mois après la signification d’un commandement de quitter les lieux, faire procéder à leur expulsion ainsi qu’à celle de tous occupants de leur chef, y compris le cas échéant avec le concours d’un serrurier et de la force publique, et au transport des meubles laissés dans les lieux, dans tout local qu’il leur plaira aux frais et risques des personnes expulsées ; CONDAMNE in solidum Monsieur [H] [N], Madame [U] [Z] et Monsieur [X] [Z] à payer à la SCI CRT une indemnité mensuelle d’occupation à compter du 1er avril 2026 et jusqu’à la date de la libération définitive des lieux et la restitution des clés ; FIXE cette indemnité mensuelle d'occupation au montant du loyer et des charges, calculés tels que si le contrat s'était poursuivi ; CONDAMNE solidairement Monsieur [H] [N], Madame [U] [Z] et Monsieur [X] [Z] à payer à la SCI CRT la somme de 4.630 euros, avec les intérêts au taux légal à compter du 18 mai 2026 ; CONDAMNE in solidum Monsieur [H] [N], Madame [U] [Z] et Monsieur [X] [Z] aux dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer et de sa dénonciation à la Commission de Coordination des Actions de Prévention des Expulsions, le coût de l’assignation et de sa notification à la préfecture et le coût du timbre fiscal ; CONDAMNE in solidum Monsieur [H] [N], Madame [U] [Z] et Monsieur [X] [Z] à verser à la SCI CRT une somme de 400 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile ; DIT que la présente décision sera transmise par les soins du greffe au préfet de la Somme. Ainsi jugé les jour, mois et an susdits. La Greffière, La Vice-Présidente

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail d'habitation ?
Une clause résolutoire permet au bailleur de résilier le bail automatiquement si le locataire ne paie pas les loyers dans un délai précis après un commandement de payer. Dans cette affaire, la clause a été constatée par le juge.
Comment obtenir des délais de paiement pour mes loyers impayés ?
Le locataire peut demander des délais de paiement au juge, mais il doit être de bonne foi et en mesure de s'acquitter de sa dette. Ici, le locataire n'a pas repris le paiement du loyer courant, donc le juge a refusé.
Mon garant est-il tenu de payer mes loyers impayés ?
Oui, si le garant s'est engagé comme caution solidaire, il peut être condamné à payer les loyers impayés. Dans cette affaire, la caution a été condamnée solidairement avec les locataires.
Quel est le montant de l'indemnité d'occupation après résiliation ?
L'indemnité d'occupation est fixée au montant du loyer et des charges, comme si le contrat se poursuivait, jusqu'à la libération des lieux. Elle est due à partir de la date de résiliation.
Le juge peut-il refuser de m'accorder des délais de paiement ?
Oui, le juge peut refuser si le locataire ne reprend pas le paiement du loyer courant ou s'il n'est pas en mesure de s'acquitter de sa dette. Ici, le locataire n'a pas repris les paiements, donc le juge a refusé.
Que faire si je reçois un commandement de payer ?
Il faut payer les sommes dues dans le délai indiqué (souvent 2 mois) pour éviter la résiliation du bail. Si vous ne pouvez pas payer, vous pouvez demander des délais au juge, mais il faut être de bonne foi et avoir un plan de remboursement.
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