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Tribunal judiciaire, jcp amiens, 30 juillet 2026 — n° 26/00528

Expulsion "ferme" ordonnée au fond (sans suspension des effets de la clause résolutoire)

Synthèse de la décision

Question juridique

La clause résolutoire insérée dans un bail d'habitation est-elle acquise en cas de non-paiement des loyers, et le juge peut-il refuser d'accorder des délais de paiement au locataire ?

Principe retenu

La clause résolutoire produit ses effets six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux. Le juge peut accorder des délais de paiement au locataire pour suspendre les effets de la clause, mais il peut les refuser si le locataire ne justifie pas d'une possibilité de régularisation. En l'espèce, le locataire n'a pas comparu et n'a pas proposé de plan de règlement, justifiant le refus de délais.

Faits clés

  • Contrat de bail signé le 7 septembre 2025 pour un appartement à usage d'habitation
  • Loyer mensuel de 720 euros plus 40 euros de charges
  • Commandement de payer signifié le 3 avril 2026 pour un arriéré de 5 320 euros
  • Assignation délivrée le 22 mai 2026
  • Locataire non comparant à l'audience

Articles cités

article 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 article 700 du code de procédure civile

Exposé du litige

RAPPEL DES FAITS Par contrat du 7 septembre 2025, Madame [Y] [E] a donné à bail à Monsieur [G] [F] un appartement à usage d’habitation situé [Adresse 3] à [Localité 2] (80), pour un loyer mensuel initial de 720 euros et 40 euros de provision sur charges. Des loyers étant demeurés impayés, le 3 avril 2026, Madame [Y] [E] a fait signifier à son locataire un commandement de payer pour la somme en principal de 5.320 euros. Par acte de commissaire de justice du 22 mai 2026, Madame [Y] [E] a fait assigner Monsieur [G] [F] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire d’Amiens aux fins de : * constater la résiliation du contrat de bail pour défaut de paiement des loyers et des charges, par application de la clause résolutoire contractuelle ; * dire que les lieux devront être libérés par le locataire et à défaut ordonner son expulsion et celle de tout occupant de son chef avec l’assistance de la force publique et d’un serrurier si besoin est ; * condamner le locataire au paiement : - d'une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant du loyer à compter de la résiliation du bail jusqu’au départ effectif des lieux ; - de la somme de 5.008 euros au titre de l’arriéré locatif avec les intérêts au taux légal à compter de l’assignation; - de la somme de 500 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile ; - des entiers dépens de la procédure. A l’audience du 6 juillet 2026, Madame [Y] [E] comparaît en personne et maintient ses demandes. Elle actualise sa créance à la somme de 6.528 euros. Monsieur [G] [F] n’a pas comparu. Le Diagnostic Social et Financier a été reçu avant l’audience. L'affaire a été mise en délibéré au 30 juillet 2026.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION I. SUR LA RÉSILIATION : - sur la recevabilité de l'action : Une copie de l’assignation a été notifiée à la préfecture de la Somme par la voie électronique le 22 mai 2026, soit plus de six semaines avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989. La bailleresse justifie également avoir saisi la CCAPEX le 9 avril 2026. L’action est donc recevable. - sur l’acquisition des effets de la clause résolutoire : L'article 24 I de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 dans sa version applicable à l’espèce prévoit que "Tout contrat de bail d'habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux". Le bail conclu entre les parties contient une clause résolutoire aux termes de laquelle le contrat sera résilié de plein droit six semaines après la signification d’un commandement de payer demeuré infructueux. Un commandement d’avoir à payer la somme de 5.320 euros dans un délai de six semaines a été signifié au locataire le 3 avril 2026. Ce commandement est demeuré infructueux pendant plus de six semaines de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 14 mai 2026. En conséquence, depuis cette date : - Monsieur [G] [F] occupe sans droit ni titre les lieux : il y a donc lieu de lui ordonner de libérer le logement dans les conditions précisées au dispositif, faute de quoi, il y aura lieu de l’expulser avec l’assistance de la force publique et d'autoriser la séquestration de ses meubles selon les modalités précisées au dispositif ; - Monsieur [G] [F] est débiteur envers Madame [Y] [E] d'une indemnité d'occupation dont le montant doit être fixé à celui du loyer applicable à la date de la résiliation : il y a lieu de le condamner au paiement, du montant des indemnités d'occupation correspondant à la période entre la date de la résiliation du bail et la date de sortie effective des lieux. Il convient de prévoir que cette indemnité d'occupation fera l'objet d'une indexation dans les mêmes conditions que celles prévues pour le loyer si le bail s'était poursuivi. II. SUR LE MONTANT DE L’ARRIÉRÉ LOCATIF : Madame [Y] [E] produit un décompte démontrant que Monsieur [G] [F] reste lui devoir, après soustraction des frais de poursuite, la somme de 6.528 euros, loyer de juillet inclus Monsieur [G] [F], non comparant, ne conteste ni le principe, ni le montant de la dette. Il sera donc condamné à verser à Madame [Y] [E] cette somme de 6.528 euros, avec les intérêts au taux légal à compter du 22 mai 2026 sur la somme de 5.008 euros et à compter de la présente décision pour le surplus. III. SUR LES DEMANDES ACCESSOIRES : Monsieur [G] [F], partie perdante, supportera la charge des dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer et de sa dénonciation à la Commission de Coordination des Actions de Prévention des Expulsions, le coût de l’assignation et de sa notification à la préfecture et le timbre fiscal. Compte tenu des démarches judiciaires qu’a dû accomplir Madame [Y] [E], le locataire sera condamné à lui verser une somme de 200 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile.

Dispositif

PAR CES MOTIFS Le juge des contentieux de la protection, statuant par jugement réputé contradictoire, rendu en premier ressort et mis à la disposition des parties au greffe ; CONSTATE la recevabilité des demandes de Madame [Y] [E]; CONSTATE que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 7 septembre 2025 entre Madame [Y] [E] et Monsieur [G] [F] concernant l’appartement à usage d’habitation situé [Adresse 3] à [Localité 2] (80), sont réunies à la date du 14 mai 2026 pour non-paiement des loyers et charges par application de la clause résolutoire contractuelle ; DIT N’Y AVOIR LIEU à accorder à Monsieur [G] [F] des délais de paiement de nature à suspendre les effets de la clause résolutoire contenue au contrat de bail ; ORDONNE en conséquence à Monsieur [G] [F] de libérer les lieux et de restituer les clés dès la signification de la présente décision ; DIT qu’à défaut pour Monsieur [G] [F] d’avoir volontairement libéré les lieux et restitué les clés dans ce délai, Madame [Y] [E] pourra, deux mois après la signification d’un commandement de quitter les lieux, faire procéder à son expulsion ainsi qu’à celle de tous occupants de son chef, y compris le cas échéant avec le concours d’un serrurier et de la force publique, et au transport des meubles laissés dans les lieux, dans tout local qu’il lui plaira aux frais et risques des personnes expulsées ; CONDAMNE Monsieur [G] [F] à verser à Madame [Y] [E] la somme de 6.528 euros, avec les intérêts au taux légal à compter du 22 mai 2026 sur la somme de 5.008 euros et à compter de la présente décision pour le surplus; CONDAMNE Monsieur [G] [F] à payer à Madame [Y] [E] une indemnité mensuelle d’occupation à compter du 1er août 2026 et jusqu’à la date de la libération définitive des lieux et la restitution des clés ; FIXE cette indemnité mensuelle d'occupation au montant du loyer et des charges, calculés tels que si le contrat s'était poursuivi ; CONDAMNE Monsieur [G] [F] aux dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer et de sa dénonciation à la Commission de Coordination des Actions de Prévention des Expulsions, le coût de l’assignation et de sa notification à la préfecture et le timbre fiscal ; CONDAMNE Monsieur [G] [F] à verser à Madame [Y] [E] une somme de 200 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile ; DIT que la présente décision sera transmise par les soins du greffe au préfet de la Somme. Ainsi jugé les jour, mois et an susdits. La Greffière, La Présidente,

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail d'habitation ?
C'est une clause qui prévoit la résiliation automatique du bail en cas de non-paiement des loyers ou charges, après un commandement de payer resté infructueux pendant six semaines.
Quelles sont les conditions pour que la clause résolutoire soit acquise ?
Il faut un commandement de payer signifié au locataire, resté infructueux pendant six semaines, et le bail doit contenir une clause résolutoire. En l'espèce, ces conditions étaient réunies à la date du 14 mai 2026.
Le juge peut-il accorder des délais de paiement au locataire ?
Oui, le juge peut accorder des délais de paiement pour suspendre les effets de la clause résolutoire, mais il peut les refuser si le locataire ne justifie pas d'une possibilité de régularisation. Ici, le locataire n'a pas comparu et n'a proposé aucun plan.
Quel est le montant de l'indemnité d'occupation due après la résiliation ?
L'indemnité d'occupation est fixée au montant du loyer et des charges, comme si le contrat s'était poursuivi, et est due à compter du 1er août 2026 jusqu'à la libération des lieux.
Que se passe-t-il si le locataire ne quitte pas les lieux ?
Le bailleur peut faire procéder à l'expulsion deux mois après la signification d'un commandement de quitter les lieux, avec l'assistance de la force publique si nécessaire.
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