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Tribunal judiciaire, referes, 27 juillet 2026 — n° 26/00311

Expulsion "ferme" ordonnée en référé (sans suspension des effets de la clause résolutoire)

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge des contentieux de la protection peut-il constater l'acquisition de la clause résolutoire et ordonner l'expulsion du locataire en cas de défaut de paiement des loyers malgré un commandement de payer resté infructueux ?

Principe retenu

Le bailleur peut se prévaloir de la clause résolutoire insérée au bail lorsque le locataire ne paie pas les loyers et charges dans le délai de deux mois suivant un commandement de payer délivré par acte de commissaire de justice. Le juge constate alors la résiliation de plein droit du bail et peut ordonner l'expulsion du locataire, ainsi que sa condamnation au paiement des loyers impayés et d'une indemnité d'occupation.

Faits clés

  • Bail d'habitation conclu le 1er janvier 2025 entre les époux T. et Madame W.
  • Loyer mensuel de 510 euros, charges comprises.
  • Impayés de loyers depuis plusieurs mois, seulement 4 loyers payés sur 10.
  • Commandement de payer délivré le 16 février 2026, visant la clause résolutoire.
  • Locataire au chômage percevant 1 100 euros par mois, avec un dossier FSL en cours.

Articles cités

article 700 du code de procédure civile article 455 du code de procédure civile article L 433-1 du code des procédures civiles d'exécution article R 433-1 du code des procédures civiles d'exécution

Dispositif

Ordonnons l'expulsion de Madame [W] [U] et de tous les occupants de son chef à compter de deux mois après signification du commandement de quitter les lieux, avec le concours de la force publique si nécessaire, et si besoin est, Autorisons Monsieur [C] et Madame [L] [T] à faire transporter les meubles et objets mobiliers laissés dans les lieux de tel garde meubles de son choix aux frais et risques de l'expulsée, Condamnons Madame [W] [U], à payer à Monsieur [C] et Madame [L] [T] la somme de 3 145 € représentant les loyers et charges dus selon le décompte du 10 juin 2026, Condamnons Madame [W] [U], à payer à Monsieur [C] et Madame [L] [T] une indemnité d'occupation égale au montant du loyer actuel indexé et des charges qui auraient été dus en cas de non-résiliation du bail, à compter du 17 avril 2026 et jusqu'à la libération effective des lieux, Condamnons Madame [W] [U], au paiement de la somme de 300 € en application de l'article 700 du code de procédure civile, Condamnons Madame [W] [U], aux dépens, Rappelons que la présente ordonnance est de droit exécutoire à titre provisoire. Le greffier Le juge des contentieux de la protection

Exposé du litige

PROCÉDURE L’affaire a été appelée à l’audience publique du 29 juin 2026 Date de délibéré indiqué par le Président : 27 JUILLET 2026 les parties ont été avisées que la décision serait prononcée par sa mise à disposition au greffe de la juridiction le 27 JUILLET 2026 EXPOSE DU LITIGE Par acte du 4 mai 2026, Monsieur [C] et Madame [L] [T], demeurant ensemble Le Clos Serein 55 rue Chênes Verts à Eyragues (13630), ont assigné en référé devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Tarascon Madame [W] [U] pour les motifs suivants tels qu'ils résultent de son acte introductif d'instance. Monsieur [C] et Madame [L] [T] ont donné à bail le 1er janvier 2025 à Madame [W] [U] un logement à usage d'habitation situé Résidence Eden Avenue Max Dormoy à Chateaurenard (13160) moyennant un loyer mensuel de 510 € outre les charges, avec effet au 1er février 2025. Madame [W] [U] n'a plus réglé les loyers régulièrement. Par acte de commissaire de justice du 16 février 2026, Monsieur [C] et Madame [L] [T] ont fait délivrer à Madame [W] [U] un commandement de payer les loyers et charges visant la clause résolutoire. Madame [W] [U] n'a pas régularisé la situation. Lors de l'audience du 29 juin 2023, Monsieur [C] et Madame [L] [T] ont soutenu leurs demandes telles qu'elles résultent de l'assignation sous le visa de la loi du 6 juillet 1989 afin de : o Constater la résiliation du bail de plein droit, o Constater l'acquisition de la clause résolutoire au profit de la société requérante quant au bail consenti à Madame [W] [U]. o Ordonner l'expulsion immédiate de la partie défenderesse, et celle de tous occupants de son chef, au besoin avec l'assistance de la force publique, o Autoriser la séquestration des biens se trouvant sur place, dans les conditions des articles L 433-1 et suivants et R 433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution, o La condamner à payer aux requérants le montant des loyers et charges dus actualisé selon le décompte du 10 juin 2026, représentant la somme de 3 145€, o la condamner à payer le loyers et charges dus depuis cette date et jusqu'à la résiliation du bail, o La condamner à payer une somme mensuelle égale au loyer actuel, à titre d'indemnité d'occupation, jusqu'à la libération des lieux et remise des clefs à la partie demanderesse, o La condamner au paiement d'une somme de 500 € en application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile, o La condamner au paiement des dépens. Il y a toujours eu des impayés. A déjà fait l'objet d'un surendettement et n'a payé que 4 loyers sur 10 Lors de l'audience du 29 juin 2023, Madame [W] [U] a déclaré : - Être au chômage et percevoir 1 100 € par mois - Avoir un FSL en cours - Vouloir un délai Monsieur le représentant de l'État dans le département, n'a pas adressé au tribunal le rapport de situation sociale de la locataire. Pour un exposé complet des faits et de la procédure, il est expressément renvoyé aux écritures des parties ainsi que cela est prescrit à l'article 455 du code de procédure civile. Citée par acte de commissaire de justice délivré à étude, Madame [W] [U] a comparu à l'audience. La présente décision, rendue en premier ressort, sera contradictoire, conformément à l'article 473 du code de procédure civile.

Motivations de la décision

M O T I F S Attendu que l'article 1315 du Code civil énonce, par ailleurs, que celui qui réclame l'exécution d'une obligation doit la prouver ; Que l'article 9 du Code de procédure civile précise également qu'il incombe à chaque partie de prouver conformément à la loi les faits nécessaires au succès de sa prétention. - Sur la recevabilité de l'assignation : Il résulte des dispositions de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989, applicables aux actions tendant à obtenir le prononcé de la résiliation du bail d'habitation, que le bailleur doit, à peine d'irrecevabilité de la demande, justifier de la saisine de la Commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) ou Caisse d'Allocations Familiales six semaines au moins avant de délivrer l'assignation et notifier six semaines avant l'audience, l'assignation au représentant de l'Etat dans le département. En l'espèce Monsieur [C] et Madame [L] [T] justifient avoir : - saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives le 18 février 2026 - notifié ladite assignation au représentant de l'Etat le 6 mai 2026, soit plus de 6 semaines avant l'audience. Il y a donc lieu de déclarer l'action recevable. Sur la résiliation du bail et l'expulsion de Madame [W] [U] Il ressort des justificatifs produits et des explications que les loyers et charges de Madame [W] [U] n'ont pas été régulièrement, et intégralement payés depuis le mois de mai 2025. Ce manquement s'est perpétué pendant plus de deux mois à compter du commandement de payer signifié le 16 février 2026 à Madame [W] [U] , reproduisant la clause résolutoire insérée au bail ainsi que toutes les dispositions de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 dans leur rédaction issue de la loi du 29 juillet 1998, avec celles des deux premiers alinéas de l'article 6 de la loi du 31 mai 1990 modifiés par la loi du 13 août 2004, ainsi que celles du troisième alinéas du même article remplacées par la loi du 24 mars 2014. Par ailleurs, le juge a bien été saisi par la locataire afin d'obtenir des délais de paiement et la suspension de la clause résolutoire, mais des pièces versées par Madame [W] [U], il apparait que le Centre Communal d'Action Sociale, de la commune de Chateaurenard, a dans son courrier du 27 mars 2026 a émis une préconisation et demandé : " En faveur de l'instruction d'un dossier de fonds de Solidarité au Logement (FSL) à titre dérogatoire après la reprise des paiements du loyer durant 3 mois consécutifs et un versement complémentaire de 80 € par mois. ". De plus, l'article 24 - V de la loi du 6 juillet 1989 précise : V. - Le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d'office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu'il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l'article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative. Le quatrième alinéa de l'article 1343-5 s'applique lorsque la décision du juge est prise sur le fondement du présent alinéa. Le juge peut d'office vérifier tout élément constitutif de la dette locative et le respect de l'obligation prévue au premier alinéa de l'article 6 de la présente loi. Il invite les parties à lui produire tous éléments relatifs à l'existence d'une procédure de traitement du surendettement au sens du livre VII du code de la consommation. Madame [W] [U], n'ayant pas repris le paiement du loyer d'une part et ne respectant pas le moratoire demandé par Centre Communal d'Action Sociale ne peut être bénéficiaire d'un délai pour résorber la dette locative. Par conséquent, la résiliation de plein droit du contrat de bail est acquise à compter du 17 avril 2026 par le jeu de la clause résolutoire rappelée ci-dessus. Dès lors, la défenderesse devra libérer les lieux, sous peine d'être expulsée. Madame [W] [U] sera, en conséquence, condamnée à payer à Monsieur [C] et Madame [L] [T] une indemnité d'occupation de mensuelle égale au montant du loyer actuel indexé et des charges qui auraient été dus en cas de non-résiliation du bail, et cela jusqu'à la libération effective des lieux. Sur la demande des loyers et charges impayés En droit, en application des dispositions de l'article 849 du code de procédure civile, le juge des référés peut accorder une provision au créancier dans les cas où l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable, Les sommes dues au titre de l'arriéré de loyers, charges sollicitées par Monsieur [C] et Madame [L] [T] s'élèvent à la somme de 3 145 €, arrêté au 10 juin 2026. Les frais de commandement de payer et de l'assignation seront exclus du décompte en principal, s'agissant de simple dépens. Il convient également de déduire des sommes réclamées par la société demanderesse les autres frais inscrits en compte et non justifiés par des pièces de procédure. Madame [W] [U] sera condamnée au paiement de cette somme, soit 3145 €. Sur les dépens et sur l'article 700 du Code de procédure civile L'équité commande d'allouer la somme de 300 €, sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile à Monsieur [C] et Madame [L] [T]. La partie défenderesse, qui succombe sera tenue aux dépens. P A R C E S M O T I F S Nous juge des contentieux de la protection statuant en référé après débats publics, par ordonnance contradictoire, en premier ressort et exécutoire de plein droit par provision, par mise à disposition au greffe ; Constatons l'acquisition de plein droit de la clause résolutoire insérée au bail à la date du 17 avril 2027,

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail d'habitation ?
Une clause résolutoire est une stipulation du bail qui prévoit la résiliation automatique du contrat si le locataire ne paie pas les loyers dans un certain délai après un commandement de payer. Dans cette affaire, la clause a été insérée au bail et le commandement de payer du 16 février 2026 a déclenché son application.
Quel est le délai pour que la clause résolutoire joue après un commandement de payer ?
En général, le locataire a deux mois pour payer les sommes dues après la signification du commandement de payer. En l'espèce, le commandement a été délivré le 16 février 2026 et la résiliation a été constatée à la date du 17 avril 2026, soit deux mois plus tard, car la locataire n'a pas régularisé sa situation.
Le juge peut-il accorder des délais de paiement au locataire pour éviter l'expulsion ?
Oui, le juge peut accorder des délais de paiement si le locataire est de bonne foi et en mesure de régler sa dette. Dans cette affaire, la locataire a demandé un délai, mais le juge a constaté qu'elle n'avait payé que 4 loyers sur 10 et qu'elle était au chômage, ce qui ne permettait pas d'envisager un paiement rapide. Il a donc ordonné l'expulsion.
Quelle est la somme due par le locataire pour les loyers impayés ?
Le locataire a été condamné à payer 3 145 euros représentant les loyers et charges impayés selon le décompte du 10 juin 2026. Cette somme correspond aux arriérés accumulés jusqu'à cette date.
Que se passe-t-il après la résiliation du bail ?
Après la résiliation, le locataire doit quitter les lieux. S'il ne le fait pas, le bailleur peut demander l'expulsion. En attendant, le locataire doit payer une indemnité d'occupation égale au montant du loyer et des charges qui auraient été dus si le bail n'avait pas été résilié, jusqu'à la libération effective des lieux.
Quels sont les frais que le locataire doit rembourser au bailleur ?
Le locataire a été condamné à payer 300 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile, qui couvre une partie des frais de justice engagés par le bailleur, ainsi que les dépens de l'instance.
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