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Tribunal judiciaire, 0p3 p.prox.référés, 30 juillet 2026 — n° 25/06185

Expulsion "ferme" ordonnée en référé (sans suspension des effets de la clause résolutoire)

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge des référés peut-il constater la résiliation d'un bail pour impayés de loyers et ordonner l'expulsion du locataire lorsque celui-ci invoque l'indécence du logement sans en apporter la preuve ?

Principe retenu

En référé, le juge des contentieux de la protection peut constater la résiliation d'un bail pour impayés de loyers et ordonner l'expulsion du locataire si la clause résolutoire est acquise et que la créance n'est pas sérieusement contestable. Les allégations d'indécence du logement doivent être prouvées pour être prises en compte.

Faits clés

  • Bail signé le 10 septembre 2019 pour un appartement à [Adresse 3]
  • Loyer mensuel initial de 620 euros plus 80 euros de charges
  • Commandement de payer visant la clause résolutoire signifié le 22 juillet 2025
  • Assignation en référé dénoncée à la préfecture le 20 octobre 2025
  • Dette locative actualisée à 10 188,24 euros au 12 mai 2026

Articles cités

article 834 du code de procédure civile article 835 du code de procédure civile article 9 du code de procédure civile article 1353 du code civil article 24 I, II et III de la loi du 6 juillet 1989 article 2 du code civil article L 433-1 du code des procédures civiles d'exécution article 700 du code de procédure civile

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE Un bail a été signé entre les parties, le 10 septembre 2019, relatif à un appartement sis [Adresse 3], moyennant un loyer initial mensuel, révisable, de 620 euros outre 80 euros de provision pour charges. Des loyers étant demeurés impayés, Madame [O] [Y] [R] [S] a fait signifier à Madame [E] [I] un commandement de payer visant la clause résolutoire le 22 juillet 2025. Par acte de commissaire de justice en date du 17 octobre 2025, auquel il y a lieu de se reporter pour l'exposé intégral de ses moyens et prétentions Madame [O] [Y] [R] [S] a fait assigner Madame [E] [I] en référé devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de MARSEILLE, à l’audience du 18 décembre 2025. L’affaire, après un renvoi, a été appelée et retenue à l’audience du 21 mai 2026. A cette audience, Madame [O] [Y] [R] [S], représenté par son Conseil, sollicite le bénéfice de son acte introductif d'instance en actualisant sa créance, celle-ci s'élevant à la somme de 10 188,24 euros, au 12 mai 2026. Madame [E] [I] comparait en personne. Elle ne formule aucune demande de suspension des effets de la clause résolutoire ou de délais de paiement. Elle fait état de l’indécence du logement litigieux sans fournir de pièce à l’appui de ses prétentions. L’affaire a été mise en délibéré au 30 juillet 2026. Vu les articles 446-1, 446-2 et 455 du code de procédure civile,

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DECISION En vertu des articles 834 et 835 du code de procédure civile, dans tous les cas d’urgence, le juge du contentieux de la protection peut, dans les limites de sa compétence, ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l’existence d’un différend. Il peut, même en présence d’une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite. Dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, il peut accorder une provision au créancier, ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire. Vu l’article 9 du code de procédure civile, Vu l'article 1353 du code civil, Sur la recevabilité Vu les dispositions des articles 24 I, II et III de la loi du 6 juillet 1989 modifiée, dans leur version applicable au présent litige, Madame [O] [Y] [R] [S] produit la dénonciation de l’assignation à la Préfecture en date du 20 octobre 2025, soit six semaines au moins avant l’audience du 18 décembre 2025. L’action est donc recevable. Sur la résiliation du bail et ses conséquences Vu l’article 2 du code civil, Vu les articles 7a et 24 de la loi du 6 juillet 1989 modifiée, dans leur version applicable au présent litige, dont il résulte que l'une des obligations essentielles du locataire est de payer les loyers aux termes convenus, Vu le caractère d'ordre public de protection de la loi du 6 juillet 1989 modifiée, dont il ressort que le délai donné au locataire pour régulariser la dette locative est un délai minimum durant lequel les effets de clause résolutoire sont neutralisés, Vu le bail liant les parties, En l’espèce, un commandement de payer visant la clause résolutoire a été délivré à Madame [E] [I] par acte de commissaire de justice en date du 22 juillet 2025 pour un arriéré locatif de 3 220,69 euros. Les sommes visées au commandement n’ont pas été intégralement payées dans le délai imparti. En conséquence, la clause résolutoire est acquise. Il convient donc de constater la résiliation du bail à effet au 22 septembre 2025, et d’ordonner l’expulsion de Madame [E] [I] des lieux occupés. Aucune circonstance particulière de l’espèce ne justifie que le délai de deux mois, prévu par les dispositions des articles L.412-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution, soit réduit ou supprimé. Le sort des meubles et objets mobiliers présents dans le logement lors de l’expulsion sera régi par les dispositions de l’article L 433-1 du code des procédures civiles d’exécution. Enfin, Madame [E] [I] sera condamnée à payer à Madame [O] [Y] [R] [S] une indemnité d’occupation provisionnelle mensuelle d’un montant égal à celui du loyer et des charges, tel qu'il aurait été si le contrat s'était poursuivi (et à défaut de justificatifs, à la somme de 802,06 euros), à compter du 23 septembre 2025 jusqu’à la complète libération des lieux par la remise des clés à Madame [O] [Y] [R] [S]. Sur le paiement de sommes à titre provisionnel Vu les articles 4, 7 et 23 de la loi du 6 juillet 1989, Il résulte du décompte locatif joint à l’assignation que Madame [E] [I] restait débitrice d’une dette locative de 5 642,70 euros, au 1er octobre 2025. Vu le décompte actualisé au 12 mai 2026, fixant la dette locative à une somme de 9 839,12 euros, terme du mois de mai 2026 inclus, déduction faite des frais de procédure. Dès lors, l’obligation n’étant pas sérieusement contestable, il convient de condamner Madame [E] [I] à payer à Madame [O] [Y] [R] [S], la somme de 9 839,12 euros à titre provisionnel avec les intérêts au taux légal à compter du commandement de payer sur la somme de 3 220,69 euros, à compter de l’assignation sur la somme de 5 642,70 euros, et à compter de la présente décision pour le surplus. Sur les dépens de l’instance de référé et la demande au titre de l’article 700 du code de procédure civile Madame [E] [I], qui succombe au sens de l'article 696 du code de procédure civile, supportera les entiers dépens de l'instance de référé dont le coût du commandement de payer et sera condamnée à payer à Madame [O] [Y] [R] [S] une somme de 300 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile. Sur l’exécution provisoire Il est rappelé que les ordonnances de référé sont de plein droit exécutoires à titre provisoire en vertu des dispositions de l’article 514 du code de procédure civile. PAR CES MOTIFS Nous, juge des contentieux de la protection statuant en référé, par ordonnance contradictoire et en premier ressort, mise à disposition au greffe : DECLARONS l’action de Madame [O] [Y] [R] [S] recevable ; CONSTATONS la résiliation du bail conclu le 10 septembre 2019, entre les parties, concernant l’appartement sis [Adresse 3], à effet au 22 septembre 2025 ;

Dispositif

ORDONNONS en conséquence à Madame [E] [I] de libérer les lieux et de restituer les clés dans le délai de sept jours à compter de la signification de la présente ordonnance ; DISONS qu’à défaut pour Madame [E] [I] d’avoir volontairement libéré les lieux et restitué les clés dans ce délai, Madame [O] [Y] [R] [S] pourra, deux mois après la signification d’un commandement de quitter les lieux, faire procéder à son expulsion ainsi qu’à celle de tous occupants de son chef, y compris le cas échéant avec le concours de la force publique ; DISONS que le sort des meubles et objets mobiliers présents dans le logement lors de l’expulsion sera régi par les dispositions de l’article L 433-1 du code des procédures civiles d’exécution ; CONDAMNONS Madame [E] [I] à payer à Madame [O] [Y] [R] [S] à titre provisionnel une indemnité mensuelle d’occupation à compter du 23 septembre 2025 et jusqu’à la date de la libération définitive des lieux et la restitution des clés ; FIXONS cette indemnité mensuelle d'occupation au montant du loyer et des charges, calculés tels que si le contrat s'était poursuivi (et à défaut de justificatifs, à la somme de 802,06 euros) ; CONDAMNONS Madame [E] [I] à verser à Madame [O] [Y] [R] [S] la somme de 9 839,12 euros à titre de provision sur la dette locative, avec les intérêts au taux légal à compter du commandement de payer sur la somme de 3 220,69 euros, à compter de l’assignation sur la somme de 5 642,70 euros, et à compter de la présente décision pour le surplus ; CONDAMNONS Madame [E] [I] à payer à Madame [O] [Y] [R] [S] la somme de 300 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile ; CONDAMNONS Madame [E] [I] aux entiers dépens de l'instance, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer, de l’assignation en référé et de sa notification à la préfecture ; RAPPELONS que les ordonnances de référé sont exécutoires de plein droit à titre provisoire. Le Greffier, Le Juge,

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail ?
Une clause résolutoire est une clause du contrat de bail qui prévoit la résiliation automatique du bail en cas de non-paiement des loyers ou de non-respect de certaines obligations. Dans cette affaire, le bail contenait une telle clause, et le commandement de payer délivré le 22 juillet 2025 a déclenché son jeu, entraînant la résiliation du bail à effet au 22 septembre 2025.
Comment se déroule une procédure de référé pour impayés de loyers ?
La procédure de référé est une procédure d'urgence devant le juge des contentieux de la protection. Le bailleur doit d'abord faire signifier un commandement de payer au locataire, puis assigner ce dernier en référé. Le juge peut alors constater la résiliation du bail, ordonner l'expulsion et condamner le locataire au paiement d'une provision sur la dette locative. Dans cette affaire, l'assignation a été dénoncée à la préfecture six semaines avant l'audience, conformément à la loi.
Puis-je contester une résiliation de bail si mon logement est indécent ?
Oui, vous pouvez contester, mais vous devez apporter des preuves de l'indécence du logement. Dans cette affaire, la locataire a invoqué l'indécence sans fournir de pièces, et le juge n'en a pas tenu compte. Si vous avez des preuves (constats, rapports d'expertise, etc.), le juge pourrait suspendre les effets de la clause résolutoire ou accorder des délais de paiement.
Qu'est-ce qu'une indemnité d'occupation ?
L'indemnité d'occupation est une somme due par le locataire qui reste dans les lieux après la résiliation du bail. Elle est généralement égale au montant du loyer et des charges qui auraient été payés si le bail s'était poursuivi. Dans cette affaire, le juge a fixé cette indemnité au montant du loyer et des charges, soit 802,06 euros par mois, à compter du 23 septembre 2025 jusqu'à la libération des lieux.
Le juge peut-il accorder des délais de paiement pour éviter l'expulsion ?
Oui, le juge peut accorder des délais de paiement si le locataire est de bonne foi et présente une demande en ce sens. Dans cette affaire, la locataire n'a pas formulé de demande de suspension des effets de la clause résolutoire ni de délais de paiement, donc le juge n'a pas eu à se prononcer sur ce point.
Quels sont les recours d'un locataire menacé d'expulsion ?
Un locataire menacé d'expulsion peut demander des délais de paiement, contester la créance, ou invoquer des manquements du bailleur (comme l'indécence du logement) s'il en apporte la preuve. Il peut également saisir le juge pour demander la suspension des effets de la clause résolutoire. Dans cette affaire, la locataire n'a pas fait de telles demandes.
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