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Tribunal judiciaire, tpx poi jcp fond, 31 juillet 2026 — n° 25/01017

Expulsion "ferme" ordonnée au fond (sans suspension des effets de la clause résolutoire)

Synthèse de la décision

Question juridique

Le bailleur peut-il obtenir la résiliation du bail et l'expulsion des locataires en raison d'un arriéré locatif, et obtenir leur condamnation au paiement des sommes dues ?

Principe retenu

Le commandement de payer visant la clause résolutoire, délivré plus de deux mois avant l'assignation, et la saisine de la CCAPEX dans les délais légaux permettent au juge de constater l'acquisition de la clause résolutoire et d'ordonner l'expulsion. Les locataires sont condamnés solidairement au paiement des loyers, charges et indemnités d'occupation impayés.

Faits clés

  • Bail d'habitation signé le 15 novembre 2016
  • Commandement de payer du 4 août 2025 pour un arriéré de 2065,62 €
  • Saisine de la CCAPEX le 5 août 2025
  • Assignation délivrée le 9 octobre 2025
  • Locataires non comparants à l'audience

Articles cités

article 472 du code de procédure civile article 24 II de la loi du 6 juillet 1989 article 700 du code de procédure civile article 450 alinéa 2 du code de procédure civile articles L. 433-1 et suivants, R. 433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE La SA [Localité 1] – Entreprise Sociale pour l’Habitat (ci-après [Localité 1]) a donné à bail à Mme [Q] [I] et M. [V] [I] un appartement à usage d’habitation situé [Adresse 4] par contrat du 15 novembre 2016, moyennant un loyer mensuel initial hors charges de 345€. Un commandement de payer les loyers, visant la clause résolutoire et portant sur un arriéré locatif de 2065,62€ a été délivré à Mme [Q] [I] et M. [V] [I] le 4 août 2025. Le commandement de payer a été dénoncé à la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) le 5 août 2025. Devant l'absence de régularisation, la SA [Localité 1], par acte du 9 octobre 2025, dénoncé à la Préfecture des Yvelines le 13 octobre 2025, a fait assigner Mme [Q] [I] et M. [V] [I] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal de proximité de POISSY afin d’obtenir : Le constat de la résiliation du bail par le jeu de la clause résolutoire ; L’expulsion de Mme [Q] [I] et M. [V] [I] et de tous occupants de leur chef ;La condamnation solidaire de Mme [Q] [I] et M. [V] [I] à lui payer la somme de 2657,32€ au titre des loyers et charges impayés au 6 octobre 2025, avec intérêts de droit à compter du commandement de payer ;La condamnation solidaire de Mme [Q] [I] et M. [V] [I] à lui payer une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant du loyer, jusqu’à la libération effective des lieux ;La condamnation in solidum de Mme [Q] [I] et M. [V] [I] à lui payer la somme de 500€ au titre de l’article 700 du code de procédure civile et aux dépens. L’affaire a été appelée et retenue à l’audience du 30 juin 2026. La SA [Localité 1], représentée par son conseil, maintient l'intégralité de ses prétentions, indiquant que les locataires ont quitté les lieux sans restituer les clés. Mme [Q] [I] et M. [V] [I], régulièrement assignés à étude, n’ont pas comparu et ne se sont pas fait représenter. A l’issue des débats, l’affaire a été mise en délibéré à ce jour par mise à disposition au greffe dans les conditions prévues à l’article 450 alinéa 2 du code de procédure civile.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DECISION Aux termes de l’article 472 du Code de procédure civile, lorsque le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne faisant droit à la demande que s’il l’estime recevable, régulière et bien fondée. Mme [Q] [I] et M. [V] [I], non-comparants, ayant été régulièrement assignés, il sera statué malgré leur absence. Sur la résiliation du bail Sur la recevabilité de l'action La commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) a été saisie par voie électronique le 5 août 2025, soit plus de deux mois avant la délivrance de l'assignation, conformément aux dispositions de l'article 24 II de la loi du 6 juillet 1989 en vigueur depuis le 1er janvier 2015. Une copie de l’assignation a également été notifiée à la Préfecture des Yvelines le 13 octobre 2025, soit plus de six semaines avant l'audience, conformément aux dispositions de l'article 24 III de la loi du 6 juillet 1989, tel que modifié par la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 visant à protéger les logements contre l'occupation illicite. L'action est donc recevable. Sur le bien-fondé de la demande En vertu des articles 7a) et 24 I de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989, tel que modifié par la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 visant à protéger les logements contre l'occupation illicite, le locataire est obligé de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus. Toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux. Cependant, en l'absence de dispositions transitoires prévues dans le nouveau texte de loi, il doit être considéré qu’il ne s'applique pas immédiatement aux contrats en cours, qui demeurent régis par les stipulations des parties, telles qu'encadrées par la loi en vigueur au jour de la conclusion du bail, et ne peut avoir pour effet d'entraîner leur réfaction. En l'espèce, le bail signé par les parties contient une clause résolutoire qui prévoit qu’à défaut de paiement des loyers ou charges échus, deux mois après la délivrance d’un commandement de payer resté infructueux, le bail sera résilié de plein droit (article 4). Par acte de commissaire de justice du 4 août 2025, le bailleur a fait commandement de payer la somme de 2065,62€ au titre des loyers et charges impayés. Ce commandement, remis à étude, comporte les mentions obligatoires prescrites à peine de nullité à l’article 24 I de la loi du 6 juillet 1989. Les loyers n’ont pas été réglés par Mme [Q] [I] et M. [V] [I] dans les deux mois à compter de la délivrance du commandement. Il y a donc lieu de constater la résiliation du bail à compter du 5 octobre 2025 et d’ordonner l’expulsion des occupants à l’expiration du délai de deux mois à compter de la signification du commandement de quitter les lieux. Le sort des meubles éventuellement laissés dans les lieux est spécifiquement organisé aux articles L. 433-1 et suivants, R.433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution au titre des opérations d'expulsion. Il n'y a donc pas lieu d'ordonner leur enlèvement, leur transport ni leur séquestration, qui demeurent à ce stade purement hypothétiques. Sur la demande en paiement Aux termes de l'article 1353 du Code civil, il appartient à celui qui réclame l'exécution d'une obligation d'en rapporter la preuve. Réciproquement, celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l'extinction de son obligation. La SA [Localité 1] produit un décompte démontrant que Mme [Q] [I] et M. [V] [I] restent devoir, après soustraction des frais de poursuite, la somme de 16941,22€ à la date du 22 juin 2026, échéance de mai 2026 incluse. Mme [Q] [I] et M. [V] [I] n’ont pas comparu pour contester le principe ou le montant de la dette. Cette créance n’étant pas sérieusement contestable, ils seront donc condamnés solidairement, en application de l’article 220 du Code civil, au paiement de la somme de 16941,22€, avec les intérêts au taux légal sur la somme de 2065,62€ à compter de la délivrance du commandement de payer du 4 août 2025, et à compter de la présente décision pour le surplus, conformément aux dispositions de l'article 1231-6 du code civil. Ils seront en outre condamnés solidairement au paiement d'une indemnité d’occupation d'un montant égal aux loyers et charges qui auraient été dus en cas de non-résiliation du bail, du 1er juin 2026, jusqu'à la libération des lieux. Sur les demandes accessoires Sur l'exécution provisoire La présente décision est exécutoire à titre provisoire, conformément aux dispositions de l'article 514 du Code de procédure civile en vigueur au 1er janvier 2020. Sur les dépens Mme [Q] [I] et M. [V] [I], partie perdante au principal, supporteront solidairement les dépens, en ce compris le coût du commandement de payer, celui de l’assignation et celui de sa notification à la Préfecture. Sur l’article 700 du Code de procédure civile Il paraît inéquitable de laisser à la charge de la SA [Localité 1] l’intégralité des sommes avancées par elle et non comprises dans les dépens. Il y a donc lieu de condamner solidairement Mme [Q] [I] et M. [V] [I] à lui verser une somme de 300€ sur le fondement de ce texte.

Dispositif

PAR CES MOTIFS Le Juge des Contentieux de la Protection, statuant par mise à disposition au greffe, par jugement réputé contradictoire et en premier ressort, CONSTATE la résiliation du bail à compter du 5 octobre 2025 par le jeu de la clause résolutoire pour défaut de paiement des loyers et charges ; ORDONNE à Mme [Q] [I] et M. [V] [I] et à tous occupants de leur chef de quitter les lieux loués situés [Adresse 4] ; DIT que faute de départ volontaire des lieux loués, situés [Adresse 4], deux mois après la notification au préfet du commandement d’avoir à quitter les lieux, il sera procédé à l’expulsion de Mme [Q] [I] et M. [V] [I] et de tous occupants de leur chef, avec le cas échéant le concours d’un serrurier et l'assistance de la force publique ; RAPPELLE que le sort du mobilier trouvé dans les lieux est régi par les dispositions des articles L. 433-1 et suivants, R. 433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution ; CONDAMNE solidairement Mme [Q] [I] et M. [V] [I] à payer à la SA [Localité 1] – Entreprise Sociale pour l’Habitat une somme de 16.941,22€ (seize-mille-neuf-cent-quarante-et-un euros et vingt-deux centimes) à valoir sur le montant des loyers, charges et indemnités d’occupation à la date du 22 juin 2026, échéance de mai 2026 incluse, outre les intérêts au taux légal sur la somme de 2065,62€ à compter de la délivrance du commandement de payer du 4 août 2025, et à compter de la présente décision pour le surplus ; CONDAMNE solidairement Mme [Q] [I] et M. [V] [I] à payer à la SA [Localité 1] – Entreprise Sociale pour l’Habitat à compter du 1er juin 2026 et ce, jusqu’à leur départ effectif des lieux, caractérisé par la remise des clés au bailleur ou à son mandataire, ou par un procès-verbal de reprise ou d’expulsion, l'indemnité d’occupation mensuelle égale au montant des loyers et charges ; CONDAMNE solidairement Mme [Q] [I] et M. [V] [I] à payer à la SA [Localité 1] – Entreprise Sociale pour l’Habitat la somme de 300€ (trois-cents euros) au titre de l’article 700 du Code de procédure civile ; DEBOUTE les parties de leurs demandes plus amples ou contraires ; CONDAMNE solidairement Mme [Q] [I] et M. [V] [I] à payer les dépens de l’instance incluant notamment le coût du commandement de payer, de l’assignation et de sa notification à la Préfecture ; RAPPELLE que l’exécution provisoire de la présente décision est de droit. La Greffière La juge

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail d'habitation ?
La clause résolutoire est une clause du contrat de bail qui prévoit la résiliation automatique du bail en cas de non-paiement des loyers ou de non-versement du dépôt de garantie, après un commandement de payer resté infructueux pendant un certain délai (généralement deux mois).
Comment se déroule la procédure d'expulsion pour impayés de loyers ?
Le bailleur doit d'abord délivrer un commandement de payer visant la clause résolutoire. Si le locataire ne paie pas dans les deux mois, le bailleur peut assigner le locataire devant le juge. Le juge constate la résiliation du bail et ordonne l'expulsion si les conditions sont remplies. L'expulsion ne peut avoir lieu qu'après un délai de deux mois suivant la notification au préfet.
Que se passe-t-il si je quitte les lieux sans rendre les clés ?
Le locataire reste redevable de l'indemnité d'occupation jusqu'à la remise des clés ou un procès-verbal de reprise. Dans cette affaire, les locataires ont quitté les lieux sans restituer les clés, ils ont donc été condamnés à payer l'indemnité d'occupation jusqu'à leur départ effectif.
Qu'est-ce que la CCAPEX et pourquoi est-elle saisie ?
La CCAPEX (commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives) est une instance chargée de coordonner les actions de prévention des expulsions. Le bailleur doit la saisir avant d'assigner le locataire, au moins deux mois avant, pour permettre un accompagnement social du locataire en difficulté.
Quelles sommes le locataire doit-il payer en cas de résiliation du bail ?
Le locataire doit payer les loyers et charges impayés, ainsi qu'une indemnité d'occupation égale au montant du loyer jusqu'à son départ effectif. Dans cette affaire, la somme due était de 16 941,22 € à la date du 22 juin 2026, incluant l'échéance de mai 2026.
Le juge peut-il accorder des délais de paiement au locataire ?
Oui, le juge peut accorder des délais de paiement si le locataire est de bonne foi et en mesure de régler sa dette. Cependant, dans cette affaire, les locataires n'ont pas comparu et n'ont pas demandé de délais, donc le juge a prononcé la résiliation et l'expulsion.
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