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Tribunal judiciaire, jex, 31 juillet 2026 — n° 26/02528

Déboute le ou les demandeurs de l'ensemble de leurs demandes

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge de l'exécution peut-il accorder des délais d'expulsion à un locataire qui ne justifie d'aucun effort pour apurer sa dette et dont le relogement n'est pas compromis ?

Principe retenu

Selon l'article L. 412-3 du code des procédures civiles d'exécution, le juge peut accorder des délais renouvelables aux occupants dont l'expulsion a été ordonnée, chaque fois que leur relogement ne peut avoir lieu dans des conditions normales. Toutefois, ces délais ne sont pas de droit et leur octroi est subordonné à la bonne foi du débiteur, à ses efforts pour apurer la dette, et à sa situation personnelle et familiale. En l'espèce, le locataire ne justifie d'aucun effort pour réduire sa dette et sa demande de logement social est récente, de sorte que les délais sont refusés.

Faits clés

  • Bail d'habitation conclu le 18 juillet 2018
  • Ordonnance de référé du 19 mars 2026 constatant l'acquisition de la clause résolutoire et condamnant le locataire à payer 47 409,23 euros
  • Commandement de quitter les lieux signifié le 2 avril 2026
  • Locataire vit seul, perçoit le RSA (305,52 euros par mois), en création d'entreprise
  • Locataire a déposé une demande de logement social le 31 mars 2026 et un recours DALO le 3 avril 2026

Articles cités

article L. 412-3 du code des procédures civiles d'exécution article L. 412-4 du code des procédures civiles d'exécution

Exposé du litige

◊ ◊ ◊ ◊ ◊ EXPOSE DU LITIGE Monsieur [P] [E] a donné à bail à Monsieur [L] [Q] un appartement à usage d’habitation situé [Adresse 3] [Localité 4] par acte sous seing privé du 18 juillet 2018. Par ordonnance de référé du 19 mars 2026, le juge des contentieux de la protection du tribunal de proximité de Saint-Germain-en-Laye a : Constaté l’acquisition au 15 octobre 2024 de la clause résolutoire du bail conclu entre Monsieur [P] [E] et Monsieur [L] [Q],Condamné Monsieur [L] [Q] à payer à Monsieur [P] [E], la somme de 47.409,23 euros (décompte arrêté au 1er janvier 2026, incluant l’échéance de janvier 2026), comprenant les loyers, charges et indemnités d’occupation,Autorisé l’expulsion de Monsieur [L] [Q], et celle de tous occupants, deux mois après la signification d’un commandement de quitter les lieux, Condamné Monsieur [L] [Q] à payer à Monsieur [P] [E] une indemnité d’occupation correspondante à l’équivalent du montant du loyer courant à partir du mois de février 2026, Condamné Monsieur [L] [Q] à payer à Monsieur [P] [E], la somme de 800 euros au titre de l’article 700 du Code de procédure civile, et aux entiers dépens. Cette décision a été assortie de la formule exécutoire le 19 mars 2026. La signification de la décision n’est pas contestée. Par acte d’huissier en date du 2 avril 2026, au visa de l’ordonnance précitée, Monsieur [P] [E] a fait délivrer à Monsieur [L] [Q] un commandement de quitter les lieux. Par requête enregistrée au greffe le 21 avril 2026, Monsieur [L] [Q] a saisi le juge de l’exécution afin de se voir accorder un délai pour quitter les lieux. L’affaire a été retenue à l’audience du 24 juin 2026 au cours de laquelle seul Monsieur [L] [Q] s’est présenté et a demandé la fixation d’un délai de douze mois pour quitter le logement. L’affaire a été mise en délibéré au 31 juillet 2026, par mise à disposition au greffe.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION Sur la demande de délais En application de l'article L. 412-3 du code des procédures civiles d’exécution, dans sa version applicable au 29 juillet 2023, le juge peut accorder des délais renouvelables aux occupants de lieux habités ou de locaux à usage professionnel, dont l'expulsion a été ordonnée judiciairement, chaque fois que le relogement des intéressés ne peut avoir lieu dans des conditions normales. Le dernier alinéa de cet article précise que ces dispositions ne s'appliquent pas lorsque les occupants dont l'expulsion a été ordonnée sont entrés dans les locaux à l'aide de manœuvres, de menaces, de voies de fait ou de contrainte. Aux termes de l'article L. 412-4 du même code, dans sa version applicable au 29 juillet 2023, la durée des délais prévus à l'article L. 412-3 ne peut, en aucun cas, être inférieure à un mois ni supérieure à un an. Pour la fixation de ces délais, il est tenu compte de la bonne ou mauvaise volonté manifestée par l'occupant dans l'exécution de ses obligations, des situations respectives du propriétaire et de l'occupant, notamment en ce qui concerne l'âge, l'état de santé, la qualité de sinistré par faits de guerre, la situation de famille ou de fortune de chacun d'eux, les circonstances atmosphériques, ainsi que des diligences que l'occupant justifie avoir faites en vue de son relogement. Il est également tenu compte du droit à un logement décent et indépendant, des délais liés aux recours engagés selon les modalités prévues aux articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation et du délai prévisible de relogement des intéressés. Il appartient donc au juge de respecter un juste équilibre entre deux revendications contraires en veillant à ce que l'atteinte au droit du propriétaire soit proportionnée et justifiée par la sauvegarde des droits du locataire, dès lors que ces derniers apparaissent légitimes. En l’espèce, Monsieur [P] [E] n’a pas transmis de décompte. Il ressort de l’ordonnance de référé en date du 19 mars 2026 que la dette s’élevait à 47.409,23 euros au 1er janvier 2026. A l’audience, Monsieur [Q] indique que la dette est d’environ 47.000 euros sans justifier d’effort ni de ressource pour la réduire. En effet, Monsieur [Q] expose qu’il ne perçoit pas de salaire dès lors qu’il est en cours de création de son entreprise de conseil en informatique. Il produit l’attestation de paiement de la Caisse des allocations familiales (CAF) en date du 8 avril 2026, indiquant qu’il a perçu pour le mois de mars 2026, 305,52 euros au titre du revenu de solidarité active (RSA). Compte tenu de la création de son entreprise, il n’a pas souhaité déposer de dossier de surendettement. Concernant sa situation personnelle, Monsieur [Q] vit seul. Il indique avoir des problèmes de santé, un diabète, des antécédents cardiaques lourds, ayant nécessité la pose d’un stent suite à un infarctus et souffrir d’une hypertension artérielle. Monsieur [Q] produit son dépôt de plainte en date du 1er juin 2024, à l’encontre de Monsieur [E] et de son fils pour tentative de vol en réunion et violation de domicile. Monsieur [Q] justifie d’une demande de logement social en date du 31 mars 2026 et d’un recours DALO en date du 3 avril 2026. Eu égard à l'ensemble de ces éléments et à la situation respective des parties, il n'y a pas lieu d'accorder les délais sollicités. En conséquence, la demande est rejetée. Sur les demandes accessoires Au regard de la nature de la demande, les dépens seront mis à la charge de Monsieur [L] [Q].

Dispositif

PAR CES MOTIFS Le Juge de l’exécution statuant par mise à disposition au greffe, par décision réputée contradictoire, en premier ressort, REJETTE la demande de délais d’expulsion présentée par Monsieur [L] [Q] sur le logement situé [Adresse 3] [Localité 4]; CONDAMNE Monsieur [L] [Q] aux dépens ; RAPPELLE que les décisions du juge de l’exécution sont exécutoires de plein droit. Ainsi jugé et mis à disposition au greffe, le 31 juillet 2026. Le présent jugement a été signé par le Juge et le Greffier. LE GREFFIER LE JUGE DE L’ EXECUTION Emine URER Noélie CIROTTEAU

Questions fréquentes

Quelles sont les conditions pour obtenir un délai d'expulsion ?
Le juge de l'exécution peut accorder des délais si votre relogement ne peut avoir lieu dans des conditions normales. Il tient compte de votre bonne foi, de vos efforts pour payer la dette, de votre situation personnelle et familiale. En l'espèce, le locataire n'a pas obtenu de délai car il n'a fait aucun effort pour apurer sa dette.
Comment demander un délai d'expulsion ?
Vous devez saisir le juge de l'exécution par requête, comme l'a fait Monsieur [Q]. Il faut exposer votre situation et fournir des justificatifs (ressources, recherche de logement, etc.). Dans cette affaire, la demande a été rejetée faute de preuve d'efforts.
Le juge peut-il refuser des délais si je perçois le RSA ?
Oui, le simple fait de percevoir le RSA ne suffit pas. Le juge examine si vous faites des efforts pour payer votre dette et si votre relogement est compromis. Ici, le locataire percevait le RSA mais n'avait pas réduit sa dette, donc les délais ont été refusés.
Quels justificatifs sont nécessaires pour une demande de délais ?
Il faut prouver votre situation financière (avis d'imposition, relevés de compte, justificatifs de ressources), vos démarches de relogement (demande de logement social, recours DALO), et tout élément pertinent (santé, charges de famille). Dans cette affaire, le locataire a fourni une attestation CAF et une demande de logement social, mais cela n'a pas suffi.
Quelle est la durée maximale des délais d'expulsion ?
Les délais peuvent être accordés pour une durée renouvelable, mais la loi ne fixe pas de maximum absolu. En pratique, ils sont souvent accordés pour 3 à 12 mois. Ici, le locataire demandait 12 mois, mais le juge a rejeté sa demande.
Que se passe-t-il si je n'obtiens pas de délais ?
Si la demande est rejetée, l'expulsion peut avoir lieu après le commandement de quitter les lieux. Le locataire devra quitter le logement, sinon le commissaire de justice pourra procéder à l'expulsion avec l'assistance de la force publique si nécessaire.
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