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Tribunal judiciaire, jex, 31 juillet 2026 — n° 26/02087

Déboute le ou les demandeurs de l'ensemble de leurs demandes

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge de l'exécution peut-il accorder des délais d'expulsion à une locataire en situation de précarité et de vulnérabilité, alors que la clause résolutoire a été constatée et que la locataire n'a pas respecté les délais de paiement accordés ?

Principe retenu

Le juge de l'exécution peut accorder des délais d'expulsion en considération de la situation personnelle et familiale du locataire, mais il doit apprécier souverainement si la situation de précarité et de vulnérabilité justifie une telle mesure. En l'espèce, la locataire n'a pas démontré qu'elle serait en mesure de régulariser sa dette ou de trouver un logement dans un délai raisonnable, et sa situation ne présente pas de circonstances exceptionnelles justifiant l'octroi de délais.

Faits clés

  • Bail conclu le 2 décembre 2019 pour un loyer mensuel de 479,08 euros
  • Jugement du 13 novembre 2025 constatant l'acquisition de la clause résolutoire et condamnant la locataire à payer 4 047,22 euros
  • Délais de paiement accordés par le jugement (35 mensualités de 50 euros) non respectés
  • Commandement de quitter les lieux délivré le 6 mars 2026
  • Locataire mère célibataire de trois enfants, percevant des allocations familiales et France Travail

Articles cités

article L213-5 du code de l'organisation judiciaire article L213-6 du code de l'organisation judiciaire article 700 du code de procédure civile

Exposé du litige

◊ ◊ ◊ ◊ ◊ EXPOSE DU LITIGE La société anonyme d’HLM CDC HABITAT SOCIAL a donné à bail à Madame [O] [H] un appartement à usage d’habitation situé [Adresse 3] à [Localité 3] par contrat du 2 décembre 2019, pour un loyer mensuel de 479,08 euros. Par jugement rendu par le 13 novembre 2025, le juge chargé des contentieux de la protection du tribunal de proximité de Rambouillet a : Constaté l’acquisition au 4 février 2025 de la clause résolutoire du bail conclu entre la SA D’HLM CDC HABITAT SOCIAL et Madame [O] [H],Condamné Madame [O] [H] à payer à la SA D’HLM CDC HABITAT SOCIAL, la somme de 4.047.22 euros (décompte arrêté au 6 septembre 2025, incluant l’échéance d’août 2025) avec les intérêts au taux légal à compter de la signification du présent jugement,Autorisé Madame [O] [H] à s’acquitter de cette dette par 35 mensualités de 50 euros chacune, en plus du loyer et des charges courants, le 36ème versement correspondant au solde de la dette,Précisé que chaque mensualité devra intervenir avant le 15 de chaque mois et pour la première fois avant le 15 du mois suivant la signification du présent jugement,Suspendu les effets de la clause résolutoire pendant l’exécution des délais accordés,Dit que si les délais accordés sont entièrement respectés, la clause résolutoire sera réputée n’avoir jamais été acquise,Dit que, dans le cas contraire, la clause reprendra ses pleins effets : Le bail sera considéré comme résilié de plein droit,L’expulsion de Madame [O] [H], et celle de tous occupants sera autorisée, deux mois après la signification d’un commandement de quitter les lieux, La totalité des sommes restant dues deviendra immédiatement exigible,Madame [O] [H] sera condamnée à verser au bailleur, une indemnité d’occupation correspondante à l’équivalent du montant du loyer courant, majoré des charges et taxes, jusqu’à la libération effective des lieux,Condamné Madame [O] [H] à payer à la SA D’HLM CDC HABITAT SOCIAL, la somme de 150 euros au titre de l’article 700 du Code de procédure civile, et aux entiers dépens. Cette décision a été assortie de la formule exécutoire le jour même. La signification de la décision n’est pas contestée. Par acte d’huissier en date du 6 mars 2026, au visa du jugement précité, la SA [Adresse 4] CDC HABITAT SOCIAL a fait délivrer à Madame [O] [H] un commandement de quitter les lieux. Par requête enregistrée au greffe de l’exécution le 7 avril 2026, Madame [O] [H] a saisi le juge de l’exécution afin de se voir accorder un délai pour quitter les lieux. L’affaire a été retenue à l’audience du 24 juin 2026 au cours de laquelle les parties ont été entendues. A l’audience, Madame [O] [H] demande la fixation d’un délai de six mois pour quitter le logement. Aux termes de ses conclusions en réponse n°1 visées à l’audience, la SA D’HLM CDC HABITAT SOCIAL demande au juge de l'exécution de : Débouter Madame [O] [H] de l’ensemble de ses demandes,Subsidiairement, ordonner que le sursis à expulsion soit strictement conditionné au paiement de chaque indemnité d’occupation majorée de 100 euros avant le 30 de chaque mois,Condamner Madame [O] [H] à lui payer la somme de 500 euros au titre de l’article 700 du Code de procédure civile et aux entiers dépens. L’affaire a été mise en délibéré au 31 juillet 2026, par mise à disposition au greffe.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION Sur la demande de délais A titre préalable, il sera rappelé que la procédure d’expulsion du logement n’est pas automatiquement suspendue par la décision de recevabilité prononcée par la commission de surendettement. En application de l'article L. 412-3 du code des procédures civiles d’exécution, dans sa version applicable au 29 juillet 2023, le juge peut accorder des délais renouvelables aux occupants de lieux habités ou de locaux à usage professionnel, dont l'expulsion a été ordonnée judiciairement, chaque fois que le relogement des intéressés ne peut avoir lieu dans des conditions normales. Le dernier alinéa de cet article précise que ces dispositions ne s'appliquent pas lorsque les occupants dont l'expulsion a été ordonnée sont entrés dans les locaux à l'aide de manœuvres, de menaces, de voies de fait ou de contrainte. Aux termes de l'article L. 412-4 du même code, dans sa version applicable au 29 juillet 2023, la durée des délais prévus à l'article L. 412-3 ne peut, en aucun cas, être inférieure à un mois ni supérieure à un an. Pour la fixation de ces délais, il est tenu compte de la bonne ou mauvaise volonté manifestée par l'occupant dans l'exécution de ses obligations, des situations respectives du propriétaire et de l'occupant, notamment en ce qui concerne l'âge, l'état de santé, la qualité de sinistré par faits de guerre, la situation de famille ou de fortune de chacun d'eux, les circonstances atmosphériques, ainsi que des diligences que l'occupant justifie avoir faites en vue de son relogement. Il est également tenu compte du droit à un logement décent et indépendant, des délais liés aux recours engagés selon les modalités prévues aux articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation et du délai prévisible de relogement des intéressés. Il appartient donc au juge de respecter un juste équilibre entre deux revendications contraires en veillant à ce que l'atteinte au droit du propriétaire soit proportionnée et justifiée par la sauvegarde des droits du locataire, dès lors que ces derniers apparaissent légitimes. En l’espèce, il ressort du décompte transmis par la SA [Adresse 5] que la dette s’élève au 5 juin 2026 à 3.800 euros. Cette dette fluctue selon les versements irréguliers de Madame [H]. Cette dernière indique verser depuis mars 2026 la somme de cent euros, en plus de l’intégralité de l’indemnité d’occupation, ce qui ne ressort pas de l’analyse du décompte. Madame [O] [H] est mère célibataire de trois enfants scolarisés, âgés respectivement de 6, 11 et 19 ans. Elle justifie d’un certificat médical du 26 mars 2026 décrivant qu’elle est « victime de stress psychologique en lien avec le risque de perte de logement ». Madame [H] précise à l’audience avoir subi une agression physique au sein de son quartier et vouloir déménager. Elle produit sa plainte en date du 29 mai 2026 évoquant sa peur de rencontrer à nouveau son agresseur. Madame [O] [H] a effectué une demande de logement social le 10 juillet 2025, renouvelée le 18 mai 2026. Elle affirme vouloir entreprendre une procédure de droit au logement opposable (DALO) prochainement. Elle justifie par ailleurs avoir déposé un dossier de surendettement le 1er juin 2026. Madame [O] [H] justifie percevoir des allocations familiales ainsi que France Travail. Elle a ainsi perçu le 30 mars 2026 785,52 euros de la part de la Caisse d’Allocations Familiales et 703, 30 euros le 28 janvier 2026 de la part de France Travail. Eu égard à l'ensemble de ces éléments et à la situation respective des parties, il n'y a pas lieu d'accorder les délais sollicités. En conséquence, la demande est rejetée. Sur les demandes accessoires Au regard de la nature de la demande, les dépens seront mis à la charge de Madame [O] [H]. L’équité commande de débouter la demande au titre des frais irrépétibles.

Dispositif

PAR CES MOTIFS Le Juge de l’exécution statuant par mise à disposition au greffe, par décision contradictoire, en premier ressort, REJETTE la demande de délais d’expulsion présentée par Madame [O] [H] sur le logement situé [Adresse 3] à [Localité 3] ; CONDAMNE Madame [O] [H] aux dépens ; DEBOUTE la société CDC HABITAT SOCIAL de sa demande formée au titre de l’article 700 du code de procédure civile ; RAPPELLE que les décisions du juge de l’exécution sont exécutoires de plein droit. Ainsi jugé et mis à disposition au greffe, le 31 Juillet 2026. Le présent jugement a été signé par le Juge et le Greffier. LE GREFFIER LE JUGE DE L’ EXECUTION Emine URER Noélie CIROTTEAU

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un commandement de quitter les lieux ?
Un commandement de quitter les lieux est un acte d'huissier signifié au locataire après une décision d'expulsion, lui ordonnant de libérer les lieux dans un délai de deux mois. En l'espèce, il a été délivré le 6 mars 2026 à Madame [H].
Quels sont les critères pour obtenir des délais d'expulsion ?
Le juge de l'exécution peut accorder des délais en considération de la situation personnelle et familiale du locataire, de ses ressources, de ses efforts pour payer, et de la possibilité de relogement. En l'espèce, la locataire n'a pas démontré qu'elle pourrait régulariser sa dette ou trouver un logement, et sa situation ne présentait pas de circonstances exceptionnelles.
Que se passe-t-il si je ne respecte pas les délais de paiement accordés par le juge ?
Si le locataire ne respecte pas les délais de paiement accordés, la clause résolutoire reprend ses effets, le bail est résilié de plein droit, et l'expulsion peut être poursuivie. En l'espèce, Madame [H] n'a pas respecté les mensualités prévues, ce qui a conduit à la délivrance du commandement de quitter les lieux.
Le dépôt d'un dossier de surendettement suspend-il l'expulsion ?
Le dépôt d'un dossier de surendettement n'emporte pas automatiquement suspension de l'expulsion. Le juge de l'exécution peut en tenir compte, mais il apprécie souverainement. En l'espèce, malgré le dépôt du dossier, la demande de délais a été rejetée.
Quels recours contre une décision de refus de délais d'expulsion ?
La décision du juge de l'exécution peut faire l'objet d'un appel dans un délai de 15 jours. En l'espèce, la décision est exécutoire de plein droit, mais un appel est possible.
Comment justifier de ma situation de précarité pour obtenir des délais ?
Il faut fournir des justificatifs de ressources, de charges, de situation familiale, de démarches de relogement, et tout élément démontrant la vulnérabilité. En l'espèce, Madame [H] a produit un certificat médical et une plainte, mais cela n'a pas suffi.
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