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Tribunal judiciaire, calais jcp, 30 juillet 2026 — n° 26/00604

Expulsion "ferme" ordonnée au fond (sans suspension des effets de la clause résolutoire)

Synthèse de la décision

Question juridique

Les conditions d'acquisition de la clause résolutoire pour défaut de paiement des loyers sont-elles réunies et quelles sont les conséquences (expulsion, indemnité d'occupation, condamnation au paiement) ?

Principe retenu

La clause résolutoire insérée dans le bail d'habitation est acquise si le locataire ne paie pas les loyers dans le délai de deux mois suivant un commandement de payer délivré par le bailleur. Le juge constate l'acquisition de la clause et ordonne l'expulsion du locataire, le condamne au paiement de l'arriéré locatif et à une indemnité d'occupation jusqu'à libération effective des lieux.

Faits clés

  • Contrat de bail d'habitation signé le 16 août 2022 pour un logement situé à [Adresse 7]
  • Loyer mensuel de 328,65 euros outre charges
  • Commandement de payer la somme de 1613,20 euros signifié le 30 janvier 2026, visant la clause résolutoire
  • Locataire n'a pas payé les loyers dans le délai de deux mois
  • Arriéré locatif actualisé à 3843,77 euros au 15 juin 2026

Articles cités

article 24 de la loi du 6 juillet 1989 article L.412-1 du code des procédures civiles d'exécution article 700 du code de procédure civile article 450 alinéa 2 du code de procédure civile

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE Par contrat sous seing privé en date du 16 août 2022 à effet au 1er septembre 2022, la S.A HABITAT HAUTS-DE-FRANCE ESH a donné à bail à Mme [R] [T] un local à usage d’habitation situé au [Adresse 7], pour un loyer mensuel de 328,65 euros outre des provisions sur charges. Des loyers étant demeurés impayés, la S.A HABITAT HAUTS-DE-FRANCE ESH a fait signifier par acte de commissaire de justice un commandement de payer la somme de 1613,20 euros, en principal, correspondant à l’arriéré locatif et visant la clause résolutoire contractuelle, le 30 janvier 2026. Par acte de commissaire de justice en date du 14 avril 2026, la S.A HABITAT HAUTS-DE-FRANCE ESH a fait assigner Mme [R] [T] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal de proximité de Calais aux fins de voir, sous le bénéfice de l'exécution provisoire : constater le jeu de la clause résolutoire insérée au contrat de bail liant les parties sur le fondement de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989,ordonner l'expulsion du preneur et de tout occupant de son chef avec le concours de la force publique et d'un serrurier si besoin est,condamner Mme [R] [T] à lui payer les loyers et charges impayés arrêtés au mois de février 2026, soit la somme de 2768,66 euros, sous réserve des loyers à échoir, avec intérêts au taux légal, ainsi qu'une indemnité d'occupation jusqu'à libération effective des lieux d'un montant mensuel égal au montant du loyer et des charges si le bail s'était poursuivi soit 505,24 euros,condamner Mme [R] [T] à lui payer la somme de 300 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile, outre aux entiers dépens en ce compris le coût du commandement de payer, de l’assignation et de sa notification à la CCAPEX. Au soutien de ses prétentions, la S.A HABITAT HAUTS-DE-FRANCE ESH expose que plusieurs échéances de loyers sont demeurées impayées malgré un commandement de payer visant la clause résolutoire insérée au contrat de bail délivré le 30 janvier 2026, et ce pendant plus de deux mois. Un diagnostic social et financier a été reçu au greffe avant l’audience et il a été donné lecture de ses conclusions à l’audience. L’affaire a été appelée et retenue à l’audience du 16 juin 2026. A l'audience, la S.A HABITAT HAUTS-DE-FRANCE ESH a sollicité le bénéfice de son acte introductif d'instance, et a actualisé sa créance à la somme de 4125,95 euros, selon décompte en date du 15 juin 2026. Bien que régulièrement assignée à étude, Mme [R] [T] n'a pas comparu et ne s'est pas faite représenter. La décision a été mise en délibéré par mise à disposition au greffe au 30 juillet 2026.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DECISION Aux termes de l'article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l'estime régulière, recevable et bien fondée. Sur la recevabilité de l'action Une copie de l’assignation a été notifiée à la préfecture par la voie électronique plus de six semaines avant l’audience conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 dans sa version applicable à la date du litige. Par ailleurs, la S.A HABITAT HAUTS-DE-FRANCE ESH justifie avoir saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) également par la voie électronique deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation le 14 avril 2026, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989. L’action est donc recevable. N° RG 26/00604 - N° Portalis DBZ3-W-B7K-76RQI 2 Sur l'acquisition de la clause résolutoire et la résiliation du bail L'une des obligations essentielles du preneur d'un contrat de bail est celle du paiement des loyers aux termes convenus en application de l'article 7 de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989. Aux termes de l'article 1224 du code civil, la résolution d'un contrat résulte soit de l'application d'une clause résolutoire soit, en cas d'inexécution suffisamment grave, d'une notification du créancier au débiteur ou d'une décision de justice. L'article 1229 du même code précise que lorsque les prestations échangées ont trouvé leur utilité au fur et à mesure de l'exécution réciproque du contrat, il n'y a pas lieu à restitution pour la période antérieure à la dernière prestation n'ayant pas reçu sa contrepartie et que, dans ce cas, la résolution est qualifiée de résiliation. En matière de bail, l'article 24 I de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 dans sa version applicable au présent litige dispose que toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux. En l'espèce, le bail conclu le 16 août 2022 contient une clause résolutoire (article 4.5) et un commandement de payer visant cette clause a été signifié le 30 janvier 2026, pour la somme en principal de 1613,20 euros. Ce commandement rappelle la mention que le locataire dispose d'un délai de deux mois pour payer sa dette, comporte le décompte de la dette et l'avertissement qu'à défaut de paiement ou d'avoir sollicité des délais de paiement, le locataire s'expose à une procédure judiciaire de résiliation de son bail et d'expulsion, outre la mention de la possibilité pour le locataire de saisir le fonds de solidarité pour le logement de son département aux fins de solliciter une aide financière et de saisir, à tout moment, la juridiction compétente aux fins de demander un délai de grâce sur le fondement de l'article 1343-5 du code civil. Il est ainsi régulier en sa forme. Il correspond par ailleurs bien à une dette justifiée à hauteur du montant des loyers échus et impayés (voir ci-après au titre de la demande en paiement) et est ainsi valable. Ce commandement est enfin demeuré infructueux pendant plus de deux mois de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 30 mars 2026. En application de l'article 24 V de la loi du 6 juillet 1989 dans sa version issue de la loi n°2023-668 du 27 juillet 2023 des délais de paiement dans la limite de trois années peuvent être accordés par le juge à la demande du locataire, du bailleur ou d'office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu'il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience. Par ailleurs, l'article 24 VII dispose que lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou le locataire, à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge. En l'espèce, il ressort du décompte produit aux débats par la S.A HABITAT HAUTS-DE-FRANCE ESH que Mme [R] [T] n'a pas repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience puisque le dernier paiement intervenu est uniquement un paiement partiel de 288 euros le 11 mai 2026. En outre, l'absence de comparution du défendeur laisse le tribunal dans l'ignorance de sa situation financière actualisée et ne permet pas de déterminer s'il se trouve en capacité désormais de régler sa dette locative. Dans ces conditions, il ne sera pas fait application de l'article précité. En l'espèce, Mme [R] [T] ne démontre pas être en capacité de régler sa dette locative de façon échelonnée. Il sera relevé par ailleurs qu'aucun paiement des loyers n'est intervenu depuis plusieurs mois et que la dette locative ne cesse de s'aggraver. Mme [R] [T] étant sans droit ni titre depuis le 31 mars 2026, il convient d'ordonner son expulsion ainsi que l'expulsion de tous occupants de son chef, selon les modalités fixées au dispositif de la présente décision. Sur la demande en paiement au titre de l'arriéré locatif et de l'indemnité d'occupation Mme [R] [T] est redevable des loyers impayés jusqu'à la date de résiliation du bail en application des articles 1103 et 1217 du code civil. Par ailleurs, le maintien dans les lieux postérieurement à la date d’expiration du bail constitue une faute civile ouvrant droit à réparation en ce qu'elle cause un préjudice certain pour le propriétaire dont l'occupation indue de son bien l'a privé de sa jouissance. Au-delà de cet aspect indemnitaire, l'indemnité d'occupation, qui est également de nature compensatoire, constitue une dette de jouissance correspondant à la valeur équitable des locaux. En l'espèce, la S.A HABITAT HAUTS-DE-FRANCE ESH produit un décompte démontrant que Mme [R] [T] reste lui devoir la somme de 4125,95 euros (en ce inclus 282,18 euros de frais de poursuite) à la date du 15 juin 2026, cette somme correspondant à l'arriéré des loyers impayés et aux indemnités d'occupation échues à cette date. Les frais de poursuite, dont il n'est pas démontré qu'ils sont dus contractuellement, seront retirés conformément à l'article 24 V de la loi du 6 juillet 1989 précisant que le juge peut d'office vérifier tout élément constitutif de la dette locative, étant rappelé que les frais du commandement de payer et de l'assignation sont inclus dans les dépens. Pour la somme au principal, Mme [R] [T], non comparante, n’apporte par définition aucun élément de nature à contester le principe ni le montant de la dette. Elle sera donc condamnée au paiement de la somme de 3843,77 euros, avec les intérêts au taux légal à compter du présent jugement conformément aux dispositions de l'article 1231-6 du code civil. Mme [R] [T] sera aussi condamnée au paiement d'une indemnité mensuelle d’occupation pour la période courant du 16 juin 2026 à la date de la libération effective et définitive des lieux, égale au montant des loyers et charges qui auraient été dus si le bail s'était poursuivi. Sur les demandes accessoires Mme [R] [T] , partie perdante, supportera la charge des dépens en application de l'article 696 du code de procédure civile, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer, de l’assignation et de sa notification à la CCAPEX. L’équité justifie de ne pas faire droit à la demande formée au titre de l'article 700 du code de procédure civile. La présente décision est exécutoire à titre provisoire, conformément à l'article 514 du code de procédure civile.

Dispositif

PAR CES MOTIFS Le juge des contentieux de la protection statuant publiquement, après débats en audience publique, par jugement mis à disposition au greffe, réputé contradictoire et en premier ressort, CONSTATE que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 16 août 2022 entre la S.A HABITAT HAUTS-DE-FRANCE ESH et Mme [R] [T] concernant le local à usage d’habitation, situé au [Adresse 7] sont réunies à la date du 30 mars 2026 ; ORDONNE en conséquence à Mme [R] [T] de libérer les lieux et de restituer les clés ; DIT que la S.A HABITAT HAUTS-DE-FRANCE ESH pourra, deux mois après la signification d’un commandement de quitter les lieux, faire procéder à son expulsion ainsi qu’à celle de tous occupants de son chef, conformément à l'article L.412-1 du code des procédures civiles d'exécution, y compris le cas échéant avec le concours d’un serrurier et de la force publique ; CONDAMNE Mme [R] [T] à verser à la S.A HABITAT HAUTS-DE-FRANCE ESH la somme de 3843,77 euros (décompte arrêté au 15 juin 2026, incluant la mensualité de mai 2026), correspondant à l'arriéré de loyers, charges et indemnités d’occupation, avec les intérêts au taux légal à compter du présent jugement ; CONDAMNE Mme [R] [T] à verser à la S.A HABITAT HAUTS-DE-FRANCE ESH une indemnité mensuelle d’occupation d'un montant équivalent à celui du loyer et des charges, tel qu'il aurait été si le contrat s'était poursuivi (soit à ce jour 505,24 euros), à compter du 16 juin 2026 et jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux (volontaire ou en suite de l'expulsion) ; N° RG 26/00604 - N° Portalis DBZ3-W-B7K-76RQI 4 DIT n'y avoir lieu à paiement d'une indemnité au titre de l’article 700 du code de procédure civile ; CONDAMNE Mme [R] [T] aux dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer, de l’assignation et de sa notification à la CCAPEX ; RAPPELLE que le présent jugement est exécutoire de plein droit à titre provisoire. Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition les jour, mois et an susdits par le Juge des contentieux de la protection et le Greffier susnommés. Le Greffier La Juge des contentieux de la protection

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail d'habitation ?
Une clause résolutoire est une clause du contrat de bail qui prévoit la résiliation automatique du bail en cas de non-paiement des loyers ou de non-versement du dépôt de garantie, après un commandement de payer resté infructueux pendant un certain délai (généralement deux mois).
Quel est le délai pour payer après un commandement de payer ?
Le locataire dispose d'un délai de deux mois à compter de la signification du commandement de payer pour régulariser sa dette. Passé ce délai, le bailleur peut saisir le juge pour faire constater l'acquisition de la clause résolutoire.
Que se passe-t-il si je ne paie pas mes loyers et que le bail est résilié ?
Si le bail est résilié, vous devez quitter les lieux. Vous serez également condamné à payer l'arriéré de loyers et une indemnité d'occupation mensuelle jusqu'à votre départ effectif. Le bailleur peut obtenir votre expulsion avec l'aide de la force publique si nécessaire.
Puis-je demander des délais de paiement pour éviter l'expulsion ?
Oui, le juge peut accorder des délais de paiement si vous êtes de bonne foi et que vous êtes en mesure de régulariser votre dette. Cependant, dans cette affaire, la locataire n'a pas comparu et n'a pas demandé de délais, donc le juge a constaté la résiliation.
Qu'est-ce qu'une indemnité d'occupation ?
L'indemnité d'occupation est une somme due par le locataire qui reste dans les lieux après la résiliation du bail. Elle est généralement égale au montant du loyer et des charges qui auraient été dus si le bail s'était poursuivi, et elle est due jusqu'à la libération effective des lieux.
Quels sont les frais que je dois rembourser au bailleur en cas de procédure ?
Vous pouvez être condamné aux dépens, qui comprennent notamment le coût du commandement de payer, de l'assignation et de sa notification à la CCAPEX. Dans cette affaire, le juge n'a pas accordé d'indemnité au titre de l'article 700 du code de procédure civile.
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