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Le bailleur peut-il imposer au locataire de conserver une armoire laissée dans un logement non Droit immobilier

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Je loue un logement en location non meublée, mais les propriétaires ont laissé à disposition une armoire qui est donc inscrite sur le bail. Désormais, j'aimerais me débarrasser de l'armoire car elle est très encombrante, mais les propriétaires refusent de la récupérer. Ont-ils le droit de m'imposer de la garder chez moi ?
## Réponse de principe (bail “vide” avec un meuble laissé à disposition) Oui, en pratique le bailleur peut vous **imposer de conserver l’armoire** si elle est **incluse dans la location** (mentionnée au bail / inventaire / état des lieux) : elle fait alors partie de ce que vous devez **restituer en fin de bail**. À défaut, le bailleur pourra vous reprocher une **dégradation / un manquement à l’obligation de restitution**, avec retenue sur dépôt de garantie et/ou demande d’indemnisation. Cette logique s’inscrit dans l’obligation du bailleur de délivrer la chose louée et de vous en assurer la jouissance paisible, mais aussi dans le fait que le contrat fixe le périmètre de ce qui est mis à disposition ([article 1719 du Code civil](https://www.google.com/search?q=Article%201719%20du%20Code%20civil), [article 1720 du Code civil](https://www.google.com/search?q=Article%201720%20du%20Code%20civil)). Côté locataire, en fin de bail, l’absence d’état des lieux crée en plus une présomption défavorable au preneur sur l’état initial ([article 1731 du Code civil](https://www.google.com/search?q=Article%201731%20du%20Code%20civil)). ## Le “coup d’après” (ce que le bailleur vous opposera) Le bailleur dira typiquement : 1) **“Le meuble fait partie de la location”** (puisqu’il est au bail) ; 2) **“Vous n’aviez pas le droit de le sortir / donner / jeter”** ; 3) **“Il manque un élément au logement”** ⇒ demande de remboursement (valeur de remplacement / remise en état), voire retenue sur dépôt de garantie. Et si vous le descendez dans une cave/parties communes sans accord, il pourra ajouter : **trouble, encombrement, risque de dégradation**. ## Point juridique important : “meuble accessoire” vs “dépôt” (qualification) Dans certains montages, un logement loué “vide” peut malgré tout comporter du mobilier, et la jurisprudence admet qu’on puisse analyser la situation comme **un bail d’un local vide + un dépôt séparé sur le mobilier**, selon les stipulations et l’intention des parties. C’est une question d’interprétation du contrat. Voir l’analyse en “bail + dépôt” admise en cas de clause ambiguë : - [Cass. 3e civ., 29 janv. 1970, n° 68-20.138](https://www.courdecassation.fr/decision/607940d79ba5988459c3f4b1) **Conséquence stratégique :** - Si l’armoire est traitée comme **un élément inclus dans la location**, vous devez la conserver/restituer. - Si l’on peut défendre qu’il s’agit d’un **dépôt / prêt gracieux distinct**, on peut demander formellement au bailleur de la reprendre (et, à défaut, organiser une restitution encadrée). Mais sans écrit clair, le bailleur contestera. ## Charge de la preuve (ce qui fera gagner/perdre) Pour ne pas être “coincé”, il vous faut : - **Le bail** (page où l’armoire est mentionnée : “mise à disposition”, “inventaire”, “annexe”, etc.) ; - **État des lieux d’entrée** (et photos datées si possible) montrant l’armoire et son état ; - **Échanges écrits** où vous demandez la reprise et où le bailleur refuse (email/AR). Sans écrit, si vous la faites disparaître, vous vous exposez à un débat probatoire défavorable. ## Go / No-Go (ce que je vous déconseille clairement) - **No-Go :** la donner/jeter sans accord écrit du bailleur. Risque très concret de retenue sur dépôt de garantie et litige. - **No-Go :** la stocker dans les parties communes/cave de l’immeuble sans accord (risque de reproche + éventuels frais). ## Stratégie pragmatique (ce qui marche le mieux) ### 1) Mettre le bailleur devant une option claire (LRAR) Envoyez une **mise en demeure LRAR** proposant : - soit qu’il vienne récupérer l’armoire à une date donnée, - soit qu’il vous **autorise expressément** (par écrit) à la déposer / donner / détruire, - soit qu’il accepte un **avenant** actant que l’armoire est retirée de la location (et qu’elle ne sera pas exigée à la sortie). Objectif : obtenir une **trace écrite** qui vous protège. ### 2) Négocier un avenant (solution “propre”) Un **avenant au bail** est la voie la plus sécurisée : il actera que l’armoire sort du périmètre loué (et évitera toute discussion à l’état des lieux de sortie). ### 3) Si refus persistant : la garder… ou la stocker “sans transfert de propriété” À défaut d’accord, la position la plus sûre juridiquement est de **la conserver** et de la restituer en fin de bail. Si vous n’avez matériellement pas la place, on peut envisager une solution de stockage **à vos frais**, mais **sans abandon** et en informant le bailleur (toujours par écrit). Ça limite le risque “disparition = indemnisation”. ## Question courte pour calibrer la meilleure option Pouvez-vous me préciser la **formulation exacte** dans le bail (ex : “armoire mise à disposition”, “armoire appartenant au bailleur”, “inventaire”, etc.) et si elle apparaît aussi dans **l’état des lieux d’entrée** ? Selon ces mots, on peut sécuriser soit un **avenant**, soit une stratégie “restitution/dépôt” plus robuste.
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Sources officielles Légifrance

📄 Article 1719 du Code civil

Le bailleur est obligé, par la nature du contrat, et sans qu'il soit besoin d'aucune stipulation particulière : 1° De délivrer au preneur la chose louée et, s'il s'agit de son habitation principale, un logement décent. Lorsque des locaux loués à usage d'habitation sont impropres à cet usage, le bailleur ne peut se prévaloir de la nullité du bail ou de sa résiliation pour demander l'expulsion de l'occupant ; 2° D'entretenir cette chose en état de servir à l'usage pour lequel elle a été louée ; 3° D'en faire jouir paisiblement le preneur pendant la durée du bail ; 4° D'assurer également la permanence et la qualité des plantations.

📄 Article 1720 du Code civil

Le bailleur est tenu de délivrer la chose en bon état de réparations de toute espèce. Il doit y faire, pendant la durée du bail, toutes les réparations qui peuvent devenir nécessaires, autres que les locatives.

📄 Article 1731 du Code civil

S'il n'a pas été fait d'état des lieux, le preneur est présumé les avoir reçus en bon état de réparations locatives, et doit les rendre tels, sauf la preuve contraire.
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Jurisprudences rendues par la Cour de Cassation

📋 Arrêt - Troisième chambre civile - n°09-67.192 - 15/09/2010

Sommaire :
Ne donne pas de base légale à sa décision au regard des articles 6 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 et 1er du décret n° 87-149 du 6 mars 1987 la cour d'appel qui, pour déclarer un bailleur partiellement responsable du dommage subi par un locataire blessé par électrocution en ouvrant une armoire murale installée dans la salle de bains de l'appartement loué, retient que, si le locataire a commis la faute de remplacer l'applique murale de classe 2 par une armoire murale de classe 1 sans la relier à une prise de terre, le bailleur, bailleur institutionnel, s'est abstenu pendant tout le cours de l'exécution du bail, de procéder à une vérification de l'installation électrique du logement qui l'aurait conduit à constater le défaut de conformité de cette installation aux normes réglementaires et à installer un différentiel de haute sensibilité, dispositif rendu obligatoire dès 1987 et qui aurait prévenu l'accident, sans constater que le locataire avait informé le bailleur du remplacement de l'applique de classe 2 par une armoire murale de classe 1 et l'avait invité à remédier aux risques qui pouvaient s'ensuivre

📋 Arrêt - Troisième chambre civile - n°69-14.069 - 25/03/1971

Sommaire :
DES LORS QUE LE LOCATAIRE D'UN HOTEL, TENU DE LAISSER LE MOBILIER DANS LES LIEUX, N'A PAS RECU D'INSTRUCTIONS DU PROPRIETAIRE POUR LA PROTECTION DE CE MOBILIER A LA SUITE D'UNE REQUISITION DE L 'IMMEUBLE, ET QUE CE MOBILIER A DISPARU A LA SUITE DE PILLAGES ET DE BOMBARDEMENTS, LES JUGES PEUVENT RETENIR L'ABSENCE DE FAUTE DU LOCATAIRE ET L'EXISTENCE D'UN CAS DE FORCE MAJEURE EXONERANT CELUI-CI DE SON OBLIGATION DE RESTITUER.

📋 Arrêt - Troisième chambre civile - n°68-20.138 - 29/01/1970

Sommaire :
En l'état d'un contrat de location d'un immeuble "en vide", prévoyant que le preneur serait responsable des meubles qui le meublaient, les juges interprétant souverainement cette convention ambigüe, peuvent décider qu'elle constitue d'une part, un engagement de location portant sur un local vide, permettant à la partie prenante de bénéficier du droit au maintien dans les lieux prévu par l'article 4 de la loi du 1er septembre 1948, et d'autre part, un contrat de dépôt portant sur le mobilier.

📋 Arrêt - Troisième chambre civile - n°67-20.132 - 22/01/1970

Sommaire :
Aucune disposition de la loi du 1er septembre 1948 n'interdit un congé à plusieurs fins, sauf aux juges à apprécier la validité de ce congé en ses diverses fins ; ils peuvent donc valider un congé délivré tant sur fondement de l'article 4 que de l'article 19 de cette loi. Les juges peuvent déclarer déchu du droit au maintien dans les lieux, un occupant qui a déplacé sans autorisation du bailleur le mobilier garnissant les lieux loués pour l'entreposer dans une cave où il est exposé à la dégradation, et qui a exercé, dans des lieux loués à usage exclusif d'habitation, la profession de médecin.
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Ai-je le droit de la démonter ?
## Oui, vous pouvez la démonter… mais sous conditions (sinon risque de “dégradation”) Vous avez le droit de **démonter** l’armoire **si** vous le faites **sans l’endommager** et en étant en mesure de la **remonter et restituer dans un état identique** à la sortie (puisqu’elle appartient au bailleur). Le bailleur peut légitimement exiger la restitution de son bien : la propriété lui donne le droit d’en disposer ([article 544 du Code civil](https://www.google.com/search?q=Article%20544%20du%20Code%20civil)). En revanche, si le démontage entraîne une casse, une perte de pièces/visserie, ou rend l’armoire inutilisable, vous vous exposez à devoir indemniser le bailleur sur le fondement de la responsabilité civile ([article 1240 du Code civil](https://www.google.com/search?q=Article%201240%20du%20Code%20civil)) — typiquement retenue sur dépôt de garantie + éventuelle réclamation complémentaire. ## Le “coup d’après” : ce que le bailleur vous opposera - “Vous l’avez abîmée / elle n’est plus remontable / il manque des pièces” - “Elle n’est plus dans l’état d’origine” => et il chiffrera un remplacement ou une remise en état. ## Charge de la preuve : sécurisez-vous avant de toucher à quoi que ce soit 1) **Photos datées** avant démontage (état, rayures, stabilité). 2) **Vidéo courte** du meuble monté (portes/tiroirs qui fonctionnent). 3) **Inventaire des pièces** au démontage (sachets étiquetés, visserie). 4) **Stockage propre** (à plat, à l’abri de l’humidité). 5) Idéalement, un **email** au bailleur : “Je la démonte uniquement pour la stocker, sans abandon, et je la remettrai en place à mon départ.” ## Stratégie recommandée (pragmatique) - **Option la plus sûre** : demander par écrit (mail/LRAR) une autorisation de démontage + confirmation que cela ne sera pas considéré comme une détérioration, à condition de restitution. - Si le bailleur refuse ou ne répond pas : vous pouvez quand même la démonter **à vos risques**, mais en appliquant strictement les mesures ci-dessus. ## À ne pas faire - La jeter / donner / “l’abandonner” : le bailleur pourrait invoquer une atteinte à son droit de propriété ([article 544 du Code civil](https://www.google.com/search?q=Article%20544%20du%20Code%20civil)) et réclamer réparation ([article 1240 du Code civil](https://www.google.com/search?q=Article%201240%20du%20Code%20civil)). Si vous me copiez la clause du bail qui mentionne l’armoire (mot pour mot), je vous dis si on peut pousser une lecture “mise à disposition/dépôt” et obtenir plus facilement un accord écrit du bailleur.
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Sources officielles Légifrance

📄 Article L122-4 du Code de la propriété intellectuelle

Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite. Il en est de même pour la traduction, l'adaptation ou la transformation, l'arrangement ou la reproduction par un art ou un procédé quelconque.

📄 Article 544 du Code civil

La propriété est le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu'on n'en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements.

📄 Article 1240 du Code civil

Tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.
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