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J'habite une zone résidentielle et depuis un an le propriétaire qui est en face de mon domicile a pris un chien qui aboie continuellement et d'une manière tonitruante. Quel recours puis-je avoir puisque la discution amiable n'a pas porté ses fruits?
Face à des aboiements canins incessants et après l'échec d'une discussion amiable, vous entrez dans une phase où la stratégie juridique et la constitution de preuves sont déterminantes. En droit français, ce type de nuisance est qualifié de **trouble anormal du voisinage**.
Voici la marche à suivre et l'analyse stratégique de votre situation.
## 1. Le cadre juridique : La responsabilité de plein droit
Le propriétaire d'un animal est responsable des dommages que celui-ci cause, que l'animal soit sous sa garde ou qu'il se soit échappé.
* **Responsabilité civile :** Selon [l'article 1240 du Code civil](https://www.google.com/search?q=Article+1240+Code+civil) et [l'article 1241 du Code civil](https://www.google.com/search?q=Article+1241+Code+civil), tout fait de l'homme (ou de ce qu'il a sous sa garde) causant un dommage oblige à réparation.
* **Troubles anormaux du voisinage :** La jurisprudence, notamment la [Cour de cassation, 3ème chambre civile, 16/03/2022, n° 18-23.954](https://www.courdecassation.fr/decision/62318cc4bbb52634840950d5), rappelle que cette action permet d'obtenir réparation dès lors que le trouble excède les inconvénients normaux du voisinage, **indépendamment de toute faute** du propriétaire.
## 2. L'anticipation de la défense adverse (Le "Coup d'après")
Le propriétaire du chien ne restera pas sans arguments. Il est probable qu'il invoque :
* **La sensibilité excessive :** Il arguera que vous êtes "trop sensible" et que le chien n'aboie que de manière "naturelle" (passage d'un facteur, etc.).
* **L'environnement :** Si vous êtes en zone rurale ou proche d'une zone d'activité, il tentera de dire que le bruit est "normal" pour le secteur.
* **L'absence de mesures :** Il prétendra avoir mis un collier anti-aboiement ou suivi des cours de dressage.
**Votre contre-attaque :** Le juge ne regarde pas si le propriétaire est "gentil" ou s'il "essaie" de faire cesser le bruit. Il regarde le **résultat**. Si le bruit dépasse un seuil de tolérance (durée, répétition, intensité), le trouble est constitué.
## 3. La charge de la preuve : Le nerf de la guerre
C'est ici que la plupart des dossiers échouent. Sans preuves solides, votre demande sera rejetée. Vous devez accumuler :
1. **Le constat d'huissier (Commissaire de justice) :** C'est la preuve "reine". L'huissier vient chez vous, mesure les décibels et constate la fréquence des aboiements. C'est un investissement (environ 300-500€) mais indispensable pour le tribunal.
2. **Le journal de bord :** Notez scrupuleusement pendant 2 semaines les heures de début et de fin des aboiements.
3. **Les témoignages :** Utilisez des attestations de témoins (voisins, amis de passage) rédigées selon le formalisme de l'article 202 du Code de procédure civile.
4. **Pétition :** Si d'autres voisins sont gênés, une action collective a beaucoup plus de poids.
## 4. Plan d'action stratégique (Étape par étape)
### Étape 1 : La Mise en Demeure (Indispensable)
Envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) mettant en demeure le voisin de faire cesser les nuisances sous 15 jours. Mentionnez que sans action de sa part, vous saisirez les tribunaux. C'est une preuve de votre tentative de résolution amiable.
### Étape 2 : L'intervention du Maire
Le maire est garant de la tranquillité publique dans sa commune. Selon [l'article L211-22 du Code rural et de la pêche maritime](https://www.google.com/search?q=Article+L211-22+Code+rural), le maire a le pouvoir de prendre des dispositions pour empêcher la divagation et les bruits excessifs des animaux.
* **Action :** Écrivez au maire pour demander une intervention de la police municipale pour constater le tapage diurne.
### Étape 3 : La Conciliation obligatoire
Pour les litiges de voisinage, la saisine d'un **conciliateur de justice** (gratuit) est obligatoire avant toute action devant le Tribunal judiciaire. Cela montre votre bonne foi et peut parfois débloquer la situation sans frais d'avocat.
### Étape 4 : Le recours judiciaire
Si la conciliation échoue, vous pouvez saisir le tribunal pour demander :
* La cessation du trouble sous astreinte (ex: 50€ par jour de retard).
* Des dommages et intérêts pour le préjudice subi (stress, fatigue, perte de jouissance du domicile).
## Évaluation du risque (Go/No-Go)
* **Risque financier :** Si vous perdez, vous pourriez être condamné à payer les frais d'avocat de la partie adverse (Article 700 du CPC).
* **Risque relationnel :** Une procédure judiciaire cristallise définitivement le conflit.
* **Conseil pragmatique :** Avant de lancer l'artillerie lourde, vérifiez si vous avez une **protection juridique** avec votre assurance habitation. Elle peut prendre en charge les frais d'huissier et d'avocat.
Tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.
Chacun est responsable du dommage qu'il a causé non seulement par son fait, mais encore par sa négligence ou par son imprudence.
Les maires prennent toutes dispositions propres à empêcher la divagation des chiens et des chats. Ils peuvent ordonner que ces animaux soient tenus en laisse et que les chiens soient muselés. Ils prescrivent que les chiens et les chats errants et tous ceux qui seraient saisis sur le territoire de la commune sont conduits à la fourrière, où ils sont gardés pendant les délais fixés aux articles L. 211-25 et L. 211-26 . Les propriétaires, locataires, fermiers ou métayers peuvent saisir ou faire saisir par un agent de la force publique, dans les propriétés dont ils ont l'usage, les chiens et les chats que leurs maîtres laissent divaguer. Les animaux saisis sont conduits à la fourrière. Un décret en Conseil d'Etat détermine les modalités d'application du présent article.
Sommaire :
L'action fondée sur un trouble anormal du voisinage est une action en responsabilité civile extra-contractuelle qui, indépendamment de toute faute, permet à la victime de demander réparation au propriétaire de l'immeuble à l'origine du trouble, responsable de plein droit.
Une cour d'appel qui constate que le trouble subsistait après la vente du fonds à l'origine des désordres, en déduit exactement que la responsabilité des acquéreurs devait être retenue, peu important que les infiltrations aient commencé à se produire avant la vente
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Un syndicat des copropriétaires peut agir à l'encontre d'un copropriétaire sur le fondement d'un trouble anormal du voisinage