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Conseil d'État, 7ème chambre jugeant seule, 10 novembre 2021, n° 452314

ECLI : ECLI:FR:CECHS:2021:452314.20211110

Synthèse de la décision

Question juridique

Un changement d'affectation dans l'intérêt du service, décidé par l'autorité territoriale, doit-il être soumis aux garanties de la procédure disciplinaire lorsque des faits sont reprochés à l'agent ?

Principe retenu

Un changement d'affectation dans l'intérêt du service ne constitue pas en principe une sanction disciplinaire. Toutefois, s'il est établi qu'il s'agit d'une sanction déguisée, les garanties de la procédure disciplinaire s'appliquent. En l'espèce, la demande de l'agent tendant à ce qu'aucun changement d'affectation ne puisse intervenir sans ces garanties a été rejetée, car le changement d'affectation n'est pas en soi une sanction et les droits de la défense ne sont pas méconnus.

Faits clés

  • M. B a saisi le Premier ministre d'une demande tendant à ce qu'aucun changement d'affectation dans l'intérêt du service, à l'occasion duquel des faits sont reprochés à un agent, ne puisse intervenir sans que l'agent bénéficie des garanties disciplinaires.
  • Le Premier ministre a implicitement rejeté cette demande.
  • M. B a demandé l'annulation pour excès de pouvoir de cette décision implicite.
  • Le Conseil d'État a examiné la requête au regard de l'article 52 de la loi du 26 janvier 1984.
  • Le Conseil d'État a jugé que le changement d'affectation dans l'intérêt du service n'est pas en principe une sanction, et qu'à supposer qu'il soit une sanction déguisée, les garanties disciplinaires s'appliqueraient.

Articles cités

article 52 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Par une requête enregistrée le 6 mai 2021 au secrétariat du contentieux, M. C B demande au Conseil d'Etat : 1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite par laquelle le Premier ministre a rejeté sa demande tendant à ce qu'aucun changement d'affectation dans l'intérêt du service à l'occasion duquel des faits sont reprochés à un agent ne puisse intervenir sans que l'agent ne bénéficie des garanties disciplinaires ; 2°) d'enjoindre au Premier ministre d'adopter des dispositions en ce sens dans un délai de huit jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - la Constitution ; - la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ; - la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ; - la décision du 27 juillet 2021 par laquelle le Conseil d'Etat statuant au contentieux n'a pas renvoyé au Conseil constitutionnel la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par M. B ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de Mme Audrey Prince, maître des requêtes en service extraordinaire, - les conclusions de M. Marc Pichon de Vendeuil, rapporteur public ; Considérant ce qui suit : 1. Par un courrier du 30 avril 2021, M. B a saisi le Premier ministre d'une demande tendant à ce qu'aucun changement d'affectation dans l'intérêt du service à l'occasion duquel des faits sont reprochés à un agent ne puisse intervenir sans que l'agent ne bénéficie des garanties disciplinaires. Il demande l'annulation pour excès de pouvoir de la décision implicite par laquelle le Premier ministre a rejeté sa demande. 2. Aux termes de l'article 52 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " L'autorité territoriale procède aux mouvements des fonctionnaires au sein de la collectivité ou de l'établissement. " 3. Un changement d'affectation dans l'intérêt du service décidé par l'autorité territoriale ne constitue pas en principe une sanction ayant le caractère d'une punition. En tout état de cause, à supposer qu'un tel changement d'affectation puisse être regardé, dans les circonstances de l'espèce, comme une sanction déguisée, les garanties de la procédure disciplinaire lui deviendraient alors applicables. M. B n'est donc pas fondé, en tout état de cause, à soutenir que l'inapplicabilité des garanties de la procédure disciplinaire en cas de changement d'affectation d'un agent dans l'intérêt du service méconnaîtrait le principe des droits de la défense, garanti par l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, et qu'en refusant de faire droit à sa demande le Premier ministre aurait méconnu ces dispositions. 4. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée. D E C I D E : -------------- Article 1er : La requête de M. B est rejetée. Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. C B et à la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales. Copie en sera adressée au Premier ministre, au ministre de l'intérieur et à la ministre de la transformation et de la fonction publiques. Délibéré à l'issue de la séance du 21 octobre 2021 où siégeaient : M. Olivier Japiot, président de chambre, présidant ; M. Gilles Pellissier, conseiller d'Etat et Mme Audrey Prince, maître des requêtes en service extraordinaire-rapporteure. Rendu le 10 novembre 2021. Le président : Signé : M. Olivier Japiot La rapporteure : Signé : Mme Audrey Prince La secrétaire : Signé : Mme D A452314- 3 -

Questions fréquentes

Un changement d'affectation dans l'intérêt du service est-il une sanction disciplinaire ?
Non, en principe, un changement d'affectation dans l'intérêt du service n'est pas une sanction disciplinaire. Il peut toutefois être requalifié en sanction déguisée si les circonstances le démontrent.
Quelles garanties disciplinaires s'appliquent lors d'un changement d'affectation ?
Si le changement d'affectation est une sanction déguisée, les garanties de la procédure disciplinaire (communication du dossier, droit de se défendre, etc.) s'appliquent.
Que faire si je pense que mon changement d'affectation est une sanction déguisée ?
Vous pouvez contester la décision devant le juge administratif, en apportant des éléments prouvant que la mesure est en réalité une sanction.
Le Premier ministre peut-il être obligé de modifier la réglementation sur les changements d'affectation ?
Non, le juge administratif ne peut pas enjoindre au Premier ministre de modifier la réglementation, sauf si la réglementation est illégale. En l'espèce, la demande a été rejetée.

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