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Conseil d'État, 2ème chambre jugeant seule, 21 juillet 2022, n° 453437

Satisfaction totale Publication : C ECLI : ECLI:FR:CECHS:2022:453437.20220721

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge des référés peut-il qualifier d'abusive une requête en injonction au motif que les captures d'écran produites sont identiques à celles d'autres requérants, alors que le requérant s'est désisté après avoir obtenu satisfaction ?

Principe retenu

Une requête ne peut être qualifiée d'abusive au sens de l'article R. 741-12 du code de justice administrative que si elle présente un caractère abusif. La circonstance que des pièces produites soient identiques à celles d'autres requérants ne suffit pas à établir que le requérant n'a pas personnellement effectué de démarches. Le désistement après obtention du rendez-vous sollicité ne rend pas la requête abusive.

Faits clés

  • M. B, ressortissant sénégalais, a demandé au juge des référés d'enjoindre au préfet de le convoquer pour déposer une demande de titre de séjour.
  • Il a produit des captures d'écran de tentatives de rendez-vous en ligne.
  • Il a obtenu un rendez-vous le 2 avril 2021 et s'est désisté de ses conclusions.
  • Le juge des référés a pris acte du désistement et a infligé une amende de 1 000 euros pour requête abusive.
  • Le Conseil d'État annule l'amende, considérant que les motifs invoqués ne suffisaient pas à caractériser l'abus.

Articles cités

article L. 521-3 du code de justice administrative article R. 741-12 du code de justice administrative article L. 761-1 du code de justice administrative article 37 de la loi du 10 juillet 1991

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : M. A B a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Melun d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, toute mesure utile pour le faire convoquer par ses services pour qu'il puisse déposer sa demande de titre sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour, sous quinzaine à compter du délibéré sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du lendemain du prononcé de l'ordonnance en référé. Par une ordonnance n° 2102905 du 3 mai 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Melun a pris acte du désistement de M. B de ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et a mis à sa charge la somme de 1 000 euros au titre de l'article R. 741-12 du code de justice administrative. Par un pourvoi sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 et 22 juin 2021 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, M. B demande au Conseil d'Etat : 1°) d'annuler l'ordonnance du 3 mai 2021 ; 2°) de mettre à la charge de 1'Etat la somme de 3 000 euros à verser à la SCP Rousseau, Tapie, son avocat, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de M. Paul Bernard, maître des requêtes, - les conclusions de M. Philippe Ranquet, rapporteur public, La parole ayant été donnée, après les conclusions, au cabinet Rousseau, Tapie, avocat de M. B ; Considérant ce qui suit : 1. Il ressort des pièces du dossier soumis au juge des référés que M. A B, ressortissant sénégalais entré en France selon ses déclarations en 2016, a souhaité régulariser sa situation administrative au titre de l'admission exceptionnelle au séjour et indique avoir, en vain, tenté d'obtenir un rendez-vous sur la plateforme internet de la préfecture du Val-de-Marne dédiée à cette fin. M. B se pourvoit en cassation contre l'ordonnance du 3 mai 2021 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Melun, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a pris acte du désistement de ses conclusions tendant à qu'il soit enjoint au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer une convocation afin qu'il puisse déposer sa demande de titre de séjour, M. B ayant obtenu un rendez-vous en préfecture le 2 avril 2021, et a mis à sa charge la somme de 1 000 euros au titre de l'article R. 741-12 du code de justice administrative, en tant qu'elle lui a infligé cette amende. 2. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ". 3. Pour qualifier d'abusive la requête formée devant lui par M. B sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, le juge des référés du tribunal administratif de Melun s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé avait, à l'appui de ces conclusions à fin d'injonction et pour établir ses vaines tentatives de prise de rendez-vous par internet à la préfecture du Val-de-Marne, joint des captures d'écran identiques à celles produites par d'autres demandeurs ayant eu recours au même conseil. Toutefois, alors d'une part qu'une telle circonstance était, en tout état de cause, insuffisante pour établir que M. B n'avait pas fait personnellement de vaines tentatives, d'autre part que l'intéressé s'était désisté de sa requête après avoir obtenu un rendez-vous, le juge des référés du tribunal administratif de Melun l'a inexactement qualifiée d'abusive. 4. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à la SCP Rousseau, Tapie, avocat de M. B, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. D E C I D E : -------------- Article 1er : L'article 3 de l'ordonnance du 3 mai 2021 du juge des référés du tribunal administratif de Melun est annulé. Article 2 : L'Etat versera à la SCP Rousseau, Tapie la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer. n° 453437

Questions fréquentes

Puis-je être condamné à une amende pour avoir saisi le juge des référés ?
Oui, si votre requête est abusive, le juge peut vous infliger une amende pouvant aller jusqu'à 10 000 euros (article R. 741-12 du CJA).
Qu'est-ce qu'une requête abusive ?
Une requête est abusive lorsqu'elle est manifestement infondée, dilatoire ou malveillante. Le simple fait de produire des pièces identiques à d'autres requérants ne suffit pas à la caractériser.
Que faire si la préfecture ne me donne pas de rendez-vous pour déposer ma demande de titre de séjour ?
Vous pouvez saisir le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-3 du CJA pour qu'il enjoigne à la préfecture de vous convoquer.
Puis-je me désister de ma requête sans risque d'amende ?
Oui, le désistement est un droit. Il ne peut pas, à lui seul, justifier une amende pour requête abusive.

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