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Conseil d'État, 3ème chambre jugeant seule, 23 septembre 2022, n° 458663

Satisfaction partielle Publication : C ECLI : ECLI:FR:CECHS:2022:458663.20220923

Synthèse de la décision

Question juridique

Une requête en indemnisation qui réitère pour l'essentiel une argumentation déjà écartée dans un précédent recours pour excès de pouvoir peut-elle être qualifiée d'abusive au sens de l'article R. 741-12 du code de justice administrative ?

Principe retenu

Une requête ne peut être qualifiée d'abusive que si elle présente un caractère manifestement abusif. La réitération d'une argumentation déjà écartée dans un précédent recours ne suffit pas à caractériser l'abus lorsque l'objet de la requête est distinct et que les moyens développés sont propres à cette requête.

Faits clés

  • La société Sopropêche a demandé réparation de préjudices résultant d'une décision de consignation de 816 900 kg de tourteaux de neem et de faits de dénigrement.
  • Le tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande le 2 avril 2019.
  • La cour administrative d'appel de Marseille a rejeté l'appel et infligé une amende de 3 000 euros pour recours abusif.
  • La cour a estimé que la requête réitérait pour l'essentiel l'argumentation écartée dans un précédent recours pour excès de pouvoir.
  • Le Conseil d'État a annulé l'article 2 de l'arrêt infligeant l'amende, jugeant que la qualification d'abus était inexacte.

Articles cités

article R. 741-12 du code de justice administrative article L. 761-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Par une décision du 22 avril 2022, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, a prononcé l'admission des conclusions du pourvoi de la société Sopropêche dirigées contre l'arrêt n° 19MA02459 du 23 septembre 2021 de la cour administrative d'appel de Marseille en tant qu'il lui inflige une amende de 3 000 euros pour recours abusif. Par un mémoire, enregistré le 17 août 2022, le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire déclare s'en remettre à la sagesse du Conseil d'Etat. Vu les autres pièces du dossier ; Vu le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de M. Martin Guesdon, auditeur, - les conclusions de Mme Marie-Gabrielle Merloz, rapporteure publique ; La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Foussard, Froger, avocat de la société Sopropêche ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ". 2. Par son arrêt du 23 septembre 2021, la cour administrative d'appel de Marseille a, en premier lieu, rejeté l'appel formé par la société Sopropêche contre le jugement du tribunal administratif de Nîmes du 2 avril 2019 rejetant sa demande tendant à la condamnation de l'Etat au versement d'une somme de 2 135 990 euros en réparation des préjudices résultant, d'une part, de la décision du 15 janvier 2014 par laquelle la brigade nationale d'enquêtes vétérinaires et phytosanitaires (BNEVP) a consigné 816 900 kilogrammes de tourteaux de neem stockés dans son établissement de Montfavet et, d'autre part, de faits de dénigrement à son encontre et, en second lieu, prononcé à l'encontre de cette société une amende de 3 000 euros sur le fondement de l'article R. 741-2 du code de justice administrative. 3. Pour qualifier d'abusive la requête formée par la société Sopropêche, la cour administrative d'appel de Marseille s'est fondée sur la circonstance qu'elle réitérait " pour l'essentiel " la même argumentation que celle qui avait été écartée par le tribunal administratif de Nîmes et par la cour dans le cadre du recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision du 15 janvier 2014. Toutefois, eu égard à l'objet de la requête de la société, distinct de celui du recours sur lequel la cour administrative d'appel de Marseille s'était déjà prononcée, et aux moyens qui y étaient développés, la cour a inexactement qualifié les faits qui lui étaient soumis. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen soulevé par la société, l'article 2 de l'arrêt attaqué doit être annulé. 4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante pour l'essentiel. D E C I D E : -------------- Article 1er : L'article 2 de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille est annulé. Article 2 : Les conclusions présentées par la société Sopropêche au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées. Article 3 : La présente décision sera notifiée à la société Sopropêche et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire. Délibéré à l'issue de la séance du 8 septembre 2022 où siégeaient : M. Stéphane Verclytte, conseiller d'Etat, présidant ; M. Christian Fournier, conseiller d'Etat et M. Martin Guesdon, auditeur-rapporteur. Rendu le 23 septembre 2022. Le président : Signé : M. Stéphane Verclytte Le rapporteur : Signé : M. Martin Guesdon La secrétaire : Signé : Mme Nathalie Martinez-Casanova

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un recours abusif devant le juge administratif ?
Un recours abusif est une requête qui présente un caractère manifestement abusif, par exemple lorsqu'elle est dilatoire ou répète sans fondement des arguments déjà rejetés. Le juge peut alors infliger une amende pouvant aller jusqu'à 10 000 euros.
Une requête qui reprend les mêmes arguments qu'un précédent recours est-elle automatiquement abusive ?
Non, la réitération d'arguments ne suffit pas à caractériser l'abus. Il faut que la requête soit manifestement abusive, en tenant compte de son objet et des moyens développés. Si l'objet est distinct, elle peut ne pas être abusive.
Quel est le montant maximum de l'amende pour recours abusif ?
Le montant maximum est de 10 000 euros, conformément à l'article R. 741-12 du code de justice administrative.
Comment contester une amende pour recours abusif ?
Vous pouvez former un pourvoi en cassation devant le Conseil d'État contre la décision qui vous inflige l'amende, en démontrant que la qualification d'abus est inexacte.
Peut-on être sanctionné pour avoir demandé réparation après un refus de l'administration ?
Non, demander réparation est un droit. Une sanction pour recours abusif ne peut être prononcée que si la requête est manifestement abusive, ce qui est rare et doit être justifié.

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