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Conseil d'État, 3ème et 8ème chambres réunies, 26 mai 2026, n° 475948

Rejet Publication : B ECLI : ECLI:FR:CECHR:2026:475948.20260526

Synthèse de la décision

Question juridique

Un protocole d'accord entre le ministre de l'éducation nationale et un réseau d'établissements privés sous contrat, contenant des déclarations d'intention, est-il susceptible de faire grief et donc susceptible de recours pour excès de pouvoir ?

Principe retenu

Un document qui ne contient que des déclarations d'intention, dépourvues de valeur juridique et de force contraignante, ne fait pas grief et n'est pas susceptible de recours pour excès de pouvoir. Le fait que le document soit signé avec un réseau confessionnel ne contrevient pas aux dispositions du code de l'éducation ni à la loi de 1905, dès lors que le dialogue respecte les principes et obligations applicables aux établissements privés.

Faits clés

  • Le 17 mai 2023, le ministre de l'éducation nationale a signé un protocole d'accord avec le secrétaire général de l'enseignement catholique.
  • Le protocole comporte six axes visant à renforcer la mixité sociale et scolaire dans les établissements privés sous contrat.
  • La FDDEN et cinq autres associations ont demandé l'annulation de ce protocole.
  • Le Conseil d'État a examiné si le protocole contenait des dispositions impératives ou seulement des intentions.
  • Le SNEP-UNSA est intervenu à l'appui de la requête.

Articles cités

article L.111-1 du code de l'éducation loi du 9 décembre 1905

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 13 juillet 2023 et 8 février 2024 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, la Fédération des délégués départementaux de l’Education nationale (FDDEN), l’association EGALE/Egalité Laïcité Europe, le Comité Laïcité République (CLR), l’association Unité Laïque, l’Union des familles laïques (UFAL) et le Grand Orient de France demandent au Conseil d’Etat d’annuler le protocole d’accord relatif au plan d’action favorisant le renforcement des mixités sociale et scolaire dans les établissements d’enseignement privés associés à l’Etat par contrat relevant de l’enseignement catholique, signé le 17 mai 2023 entre le ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse et le secrétaire général de l’enseignement catholique. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code de l’éducation ; - la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de Mme Muriel Deroc, maîtresse des requêtes, - les conclusions de M. Thomas Pez-Lavergne, rapporteur public ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes de l’article L. 111-1 du code de l’éducation : « L'éducation est la première priorité nationale. Le service public de l'éducation est conçu et organisé en fonction des élèves et des étudiants. Il contribue à l'égalité des chances et à lutter contre les inégalités sociales et territoriales en matière de réussite scolaire et éducative. Il reconnaît que tous les enfants partagent la capacité d'apprendre et de progresser. Il veille à la scolarisation inclusive de tous les enfants, sans aucune distinction. Il veille également à la mixité sociale des publics scolarisés au sein des établissements d'enseignement. Pour garantir la réussite de tous, l'école se construit avec la participation des parents, quelle que soit leur origine sociale. Elle s'enrichit et se conforte par le dialogue et la coopération entre tous les acteurs de la communauté éducative. / (…) / L'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation veille, en lien avec les établissements scolaires publics et privés sous contrat et en concertation avec les collectivités territoriales, à l'amélioration de la mixité sociale au sein de ces établissements ». 2. Le ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse a signé, le 17 mai 2023, avec le secrétaire général de l’enseignement catholique, un « protocole d’accord relatif au plan d’action destiné à favoriser le renforcement des mixités sociale et scolaire dans les établissements d’enseignement privés associés à l’Etat par contrat relevant de l’enseignement catholique », comportant six axes intitulés « 1 Constituer une base d’information partagée », « 2 Renforcer la mixité sociale pour la réussite de tous les élèves », « 3 Contribuer à une plus grande mixité scolaire et renforcer l’accueil d’élèves à besoins éducatifs particuliers », « 4 Examiner prioritairement les demandes d’implantation dans des secteurs à forte mixité sociale et scolaire », « 5 Organiser un dialogue régulier entre les autorités diocésaines et les académies, notamment sur les objectifs de renforcement de la mixité sociale et scolaire » et « 6 Modalités de suivi du présent protocole ». 3. Les énonciations de ce document ne traduisent que des déclarations d’intention dépourvues de valeur juridique et de force contraignante. Par suite, et alors qu’au demeurant ni les dispositions du code de l’éducation ni celles de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat ne font obstacle à ce que des établissements d’enseignement privés se fédèrent en réseau, ni à ce que l’Etat engage avec un tel réseau, même confessionnel, un dialogue sur la mixité sociale et scolaire dans ces établissements, dans le respect des principes, des règles de compétence et des obligations applicables aux établissements d’enseignement privés, les termes de ce document ne font pas grief à la Fédération des délégués départementaux de l’Education nationale et aux cinq autres associations requérantes. 4. Il résulte de ce qui précède que les organisations requérantes ne sont pas recevables à demander l’annulation du protocole d’accord qu’elles attaquent. En conséquence, l’intervention, à l’appui de leur requête, du syndicat national des enseignants et des personnels des établissements d’enseignement privés - UNSA est également irrecevable. D E C I D E : -------------- Article 1er : L’intervention du SNEP-UNSA n’est pas admise. Article 2 : La requête de la FDDEN et autres est rejetée. Article 3 : La présente décision sera notifiée à la Fédération des délégués départementaux de l’Education nationale (FDDEN), première désignée, pour l’ensemble des requérants, au syndicat national des enseignants et des personnes des établissements privés - UNSA (SNEP-UNSA), et au ministre de l’éducation nationale. Délibéré à l'issue de la séance du 11 mai 2026 où siégeaient : M. Jacques-Henri Stahl, président adjoint de la section du contentieux, présidant ; M. Stéphane Verclytte et Mme Emile Bokdam-Tognetti, présidents de chambre ; Mme Nathalie Escaut, M. Jonathan Bosredon, M. Pierre Boussaroque, M. Philippe Ranquet, Mme Cécile Isidoro ; conseillers d'Etat et Mme Muriel Deroc, maîtresse des requêtes-rapporteure. Rendu le 26 mai 2026. Le président : Signé : M. Jacques-Henri Stahl La rapporteure : Signé : Mme Muriel Deroc La secrétaire : Signé : Mme Elsa Sarrazin

Questions fréquentes

Un protocole d'accord entre le ministre et un réseau d'écoles privées peut-il être annulé par le juge ?
Non, s'il ne contient que des déclarations d'intention sans valeur contraignante, il ne fait pas grief et n'est pas susceptible de recours.
Qu'est-ce qu'un acte faisant grief ?
Un acte faisant grief est une décision qui modifie l'ordonnancement juridique ou lèse les intérêts d'une personne, et qui peut être contestée devant le juge administratif.
Le gouvernement peut-il signer des accords avec des organisations confessionnelles pour l'éducation ?
Oui, dès lors que ces accords respectent les principes de laïcité et les règles applicables à l'enseignement privé sous contrat.
Que peut faire une association pour contester une politique éducative ?
Elle peut former un recours pour excès de pouvoir contre les actes faisant grief, mais pas contre de simples déclarations d'intention.

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