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Conseil d'État, 4ème et 1ère chambres réunies, 19 septembre 2025, n° 476305

Rejet Publication : A ECLI : ECLI:FR:CECHR:2025:476305.20250919

Synthèse de la décision

Question juridique

L'illégalité entachant une décision de validation d'un accord collectif portant plan de sauvegarde de l'emploi peut-elle engager la responsabilité de l'Etat à défaut de faute lourde ?

Principe retenu

La responsabilité de l'Etat du fait d'une décision de validation d'un accord collectif portant plan de sauvegarde de l'emploi ne peut être engagée qu'en cas de faute lourde. En l'espèce, l'absence de vérification par l'administration de la qualité du signataire de l'accord, alors qu'elle avait contrôlé le caractère majoritaire des syndicats, ne constitue pas une faute lourde.

Faits clés

  • Le 2 janvier 2014, le DIRECCTE d'Ile-de-France a validé l'accord collectif portant plan de sauvegarde de l'emploi de la société Pages Jaunes (devenue Solocal), prévoyant la modification de contrat de 1645 salariés et la suppression de 22 postes.
  • Par un arrêt du 22 octobre 2014, devenu irrévocable, la cour administrative d'appel de Versailles a annulé cette décision de validation au motif que le signataire de l'accord pour le compte d'un syndicat n'avait pas été redésigné comme délégué syndical après les dernières élections professionnelles.
  • La société Solocal a demandé réparation à l'Etat pour les préjudices subis du fait de cette illégalité.
  • Le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande par jugement du 16 juin 2020.
  • La cour administrative d'appel de Versailles a rejeté l'appel par arrêt du 25 mai 2023, jugeant que la responsabilité de l'Etat ne pouvait être engagée qu'en cas de faute lourde, laquelle n'était pas établie.

Articles cités

article L. 1233-24-1 du code du travail article L. 1233-57-2 du code du travail article L. 761-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : La société Pages Jaunes a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise de condamner l’Etat à lui verser la somme de 2 583 950, 84 euros, assortie des intérêts légaux et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de l’illégalité de la décision du 2 janvier 2014 par laquelle le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (DIRECCTE) d’Ile-de-France a validé l’accord collectif portant plan de sauvegarde de l’emploi de cette société. Par un jugement n° 1707765 du 16 juin 2020, le tribunal administratif a rejeté sa demande. Par un arrêt n° 20VE01947 du 25 mai 2023, la cour administrative d’appel de Versailles a rejeté l’appel formé contre ce jugement par la société Solocal, née d’un changement de dénomination sociale de la société Pages Jaunes. Par un pourvoi sommaire, un mémoire complémentaire et un mémoire en réplique, enregistrés les 25 juillet, 14 août et 7 décembre 2023 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, la société Solocal demande au Conseil d’Etat : 1°) d’annuler cet arrêt ; 2°) réglant l’affaire au fond, de faire droit à son appel ; 3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 5 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code du travail ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de M. Aurélien Gloux-Saliou, maître des requêtes, - les conclusions de M. Jean-François de Montgolfier, rapporteur public ; La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Foussard, Froger, avocat de la Société Solocal ; Considérant ce qui suit : Il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond que, par une décision du 2 janvier 2014, le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (DIRECCTE) d’Ile-de-France a validé l’accord collectif portant plan de sauvegarde de l’emploi de la société Pages Jaunes, devenue société Solocal, prévoyant, dans le cadre d’une réorganisation de l’entreprise en vue de sauvegarder sa compétitivité, de proposer à 1 645 de ses salariés une modification de leur contrat de travail et de supprimer 22 autres postes. Par un jugement du 22 mai 2014, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la demande d’annulation de cette décision présentée par un salarié de l’entreprise. Par un arrêt du 22 octobre 2014, devenu irrévocable, la cour administrative d’appel de Versailles a annulé ce jugement et la décision de validation du 2 janvier 2014. A la suite de cette annulation, la société Solocal a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise de condamner l’Etat à lui verser la somme de 2 583 950, 84 euros, assortie des intérêts légaux et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de l’illégalité de la décision du DIRECCTE d’Ile-de-France du 2 janvier 2014. Par un jugement du 16 juin 2020, le tribunal administratif a rejeté sa demande. Par un arrêt du 25 mai 2023, contre lequel la société Solocal se pourvoit en cassation, la cour administrative d’appel de Versailles a rejeté l’appel qu’elle avait formé contre ce jugement. Sur le cadre juridique : En premier lieu, aux termes de l’article L. 1233-24-1 du code du travail, dans sa rédaction applicable au litige : « Dans les entreprises de cinquante salariés et plus, un accord collectif peut déterminer le contenu du plan de sauvegarde de l’emploi mentionné aux articles L. 1233-61 à L. 1233-63 ainsi que les modalités de consultation du comité d’entreprise et de mise en œuvre des licenciements. Cet accord est signé par une ou plusieurs organisations syndicales représentatives ayant recueilli au moins 50 % des suffrages exprimés en faveur d’organisations reconnues représentatives au premier tour des dernières élections des titulaires au comité d’entreprise ou de la délégation unique du personnel ou, à défaut, des délégués du personnel, quel que soit le nombre de votants. L’administration est informée sans délai de l’ouverture d’une négociation en vue de l’accord précité. » Aux termes de l’article L. 1233-57-2 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : « L’autorité administrative valide l’accord collectif mentionné à l’article L. 1233-24-1 dès lors qu’elle s’est assurée de : / 1° Sa conformité aux articles L. 1233-24-1 à L. 1233-24-3 ; / 2° La régularité de la procédure d’information et de consultation du comité d’entreprise et, le cas échéant, du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail et de l’instance de coordination mentionnée à l’article L. 4616-1 ; / 3° La présence dans le plan de sauvegarde de l’emploi des mesures prévues aux articles L. 1233-61 et L. 1233-63 ; / 4° La mise en œuvre effective, le cas échéant, des obligations prévues aux articles L. 1233-57-9 à L. 1233-57-16, L. 1233-57-19 et L. 1233-57-20. » En outre, il appartient à l’administration de contrôler le respect, par l’employeur, de ses obligations en matière de prévention des risques pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs, tant en ce qui concerne l’élaboration du plan de sauvegarde de l’emploi que son contenu. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 1233-57 du code du travail : « L’autorité administrative peut présenter toute proposition pour compléter ou modifier le plan de sauvegarde de l’emploi, en tenant compte de la situation économique de l’entreprise (…) », aux termes de l’article L. 1233-57-5 du même code : « Toute demande tendant, avant transmission de la demande de validation ou d’homologation, à ce qu’il soit enjoint à l’employeur de fournir les éléments d’information relatifs à la procédure en cours ou de se conformer à une règle de procédure prévue par les textes législatifs, les conventions collectives ou un accord collectif est adressée à l’autorité administrative. Celle-ci se prononce dans un délai de cinq jours. » et aux termes de l’article L. 1233-57-6 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige : « L’administration peut, à tout moment en cours de procédure, faire toute observation ou proposition à l’employeur concernant le déroulement de la procédure ou les mesures sociales prévues à l’article L. 1233-32. Elle envoie simultanément copie de ses observations au comité d’entreprise ou, à défaut, aux délégués du personnel et, lorsque la négociation de l’accord visé à l’article L. 1233-24-1 est engagée, aux organisations syndicales représentatives dans l’entreprise. / L’employeur répond à ces observations et adresse copie de sa réponse aux représentants du personnel et, le cas échéant, aux organisations syndicales. » Enfin, aux termes de l’article L. 1233-57-4 du code du travail : « L’autorité administrative notifie à l’employeur la décision de validation dans un délai de quinze jours à compter de la réception de l’accord collectif mentionné à l’article L. 1233-24-1 (…) / Le silence gardé par l’autorité administrative pendant les délais prévus au premier alinéa vaut décision d’acceptation de validation (…) ». Aux termes du dernier alinéa de l’article L. 1233-39 du même code, l’employeur « ne peut procéder, à peine de nullité, à la rupture des contrats de travail avant la notification de cette décision (…) de validation ou l’expiration des délais prévus à l’article L. 1233-57-4 . » et aux termes de l’article L. 1235-10 de ce code, « (…) le licenciement intervenu en l’absence de toute décision relative à la validation (…) ou alors qu’une décision négative a été rendue est nul. / En cas d’annulation d’une décision de validation mentionnée à l’article L. 1233-57-2 (…) en raison d’une absence ou d’une insuffisance de plan de sauvegarde de l’emploi mentionné à l’article L.

Questions fréquentes

L'Etat peut-il être condamné à indemniser une entreprise si sa décision de validation d'un PSE est annulée ?
Oui, mais uniquement si l'illégalité est constitutive d'une faute lourde. En l'absence de faute lourde, la responsabilité de l'Etat n'est pas engagée.
Qu'est-ce qu'une faute lourde dans le cadre de la validation d'un plan de sauvegarde de l'emploi ?
Une faute lourde est une faute d'une particulière gravité, résultant par exemple d'une négligence grossière ou d'une méconnaissance manifeste des obligations de contrôle. En l'espèce, l'absence de vérification de la qualité du signataire n'a pas été jugée comme telle.
L'administration doit-elle vérifier la qualité des signataires d'un accord collectif avant de le valider ?
Oui, l'administration doit s'assurer de la régularité de l'accord, y compris la qualité des signataires. Toutefois, l'absence de cette vérification ne constitue pas nécessairement une faute lourde.
Quelles sont les conséquences de l'annulation d'une décision de validation d'un PSE pour l'entreprise ?
L'annulation de la décision de validation prive l'accord de tout effet, ce qui peut entraîner des préjudices pour l'entreprise, mais l'indemnisation par l'Etat est subordonnée à la preuve d'une faute lourde.
Quelle est la différence entre faute simple et faute lourde en droit administratif ?
La faute simple suffit généralement pour engager la responsabilité de l'administration, mais dans certains domaines, comme le contrôle de légalité des décisions, une faute lourde est exigée. La faute lourde est d'une gravité particulière.

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