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Conseil d'État, 3ème et 8ème chambres réunies, 23 décembre 2025, n° 493833

Renvoi après cassation Publication : C ECLI : ECLI:FR:CECHR:2025:493833.20251223

Synthèse de la décision

Question juridique

Une association est-elle recevable à contester par la voie du recours pour excès de pouvoir le rejet de sa candidature à un appel à projets lorsque ce rejet n'est pas détachable de la décision retenant un autre candidat ?

Principe retenu

Le rejet d'une candidature à un appel à projets destiné à ne retenir qu'une seule candidature après comparaison des mérites des différents candidats n'est pas détachable de la décision retenant un autre candidat. Par suite, un tel rejet n'est pas susceptible d'être contesté par la voie du recours pour excès de pouvoir. Toutefois, le juge doit se méprendre sur la portée des écritures du requérant s'il estime que sa demande tend seulement à l'annulation du rejet de sa candidature alors qu'elle tend aussi à l'annulation de la décision retenant un autre candidat.

Faits clés

  • Le préfet du Var a lancé un appel à projets pour la mise en place d'un accueil de jour pour femmes victimes de violences, avec une subvention de 40 000 euros.
  • L'association familiale laïque du Var « Transition » a candidaté, mais sa candidature a été rejetée par décision du 14 octobre 2020.
  • Le comité de sélection a classé première la candidature de l'association En Chemin.
  • L'association Transition a demandé l'annulation de la décision du préfet en tant qu'elle rejetait sa candidature et en tant qu'elle retenait la candidature de l'association En Chemin.
  • Le tribunal administratif a annulé la décision, mais la cour administrative d'appel a annulé ce jugement et rejeté la demande, estimant que le rejet de candidature n'était pas détachable.

Articles cités

article L. 761-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : L’association familiale laïque du Var « Transition » a demandé au tribunal administratif de Toulon d’annuler la décision du 14 octobre 2020 par laquelle le préfet du Var l’a informée du rejet de sa candidature à l’appel à projets relatif à la mise en place d’un accueil de jour pour les femmes victimes de violences au sein du couple dans le département du Var. Par un jugement n° 2003379 du 30 mars 2023, ce tribunal a annulé la décision du 14 octobre 2020. Par un arrêt n° 23MA01345 du 26 février 2024, la cour administrative d’appel de Marseille a, sur appel du préfet du Var, annulé les articles 1er et 2 du jugement du tribunal administratif du 30 mars 2023 et rejeté la demande présentée par l’association familiale laïque du Var « Transition ». Par un pourvoi sommaire, un mémoire complémentaire et un mémoire en réplique, enregistrés les 26 avril et 26 juillet 2024 et le 25 novembre 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, l’association familiale laïque du Var « Transition » demande au Conseil d'Etat : 1°) d’annuler cet arrêt ; 2°) réglant l’affaire au fond, de rejeter l’appel du préfet du Var ; 3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de M. Nicolas Jau, maître des requêtes, - les conclusions de M. Thomas Pez-Lavergne, rapporteur public ; La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Richard, avocat de l'association familiale laïque du Var « Transition » ; Considérant ce qui suit : 1. Il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond que, par un avis du 3 août 2020, le préfet du Var a lancé une procédure d’appel à projets en vue de la mise en place d’un accueil de jour pour les femmes victimes de violences au sein de leur couple, ouvrant au candidat sélectionné le droit à l’attribution d’une subvention d’un montant de 40 000 euros. Le 8 octobre 2020, un comité de sélection a rendu son avis, qui classait première la candidature de l’association En Chemin. Par une lettre du 14 octobre 2020, le préfet du Var a informé l’association familiale laïque du Var « Transition », qui gère depuis 2012 une structure d’accueil de jour des femmes victimes de violences à Toulon, du rejet de sa candidature à cet appel à projets. Cette association a alors saisi le tribunal administratif de Toulon d’une demande tendant à l’annulation de cette décision. Elle se pourvoit en cassation contre l’arrêt du 26 février 2024 par lequel la cour administrative d’appel de Marseille a, sur appel du préfet du Var, annulé le jugement du tribunal administration accueillant sa demande et rejeté celle-ci. 2. Il ressort des énonciations de l’arrêt attaqué que la cour administrative d’appel s’est fondée, pour rejeter la demande de l’association requérante, sur ce que celle-ci n’était pas recevable à contester, par la voie du recours pour excès de pouvoir, le seul rejet de sa candidature, qui n’était pas détachable de la décision retenant un autre candidat. En statuant ainsi, s’agissant d’un « appel à projets » destiné à ne retenir qu’une seule candidature après comparaison des mérites des différents candidats, la cour n’a pas commis d’erreur de droit. Toutefois, il ressort des pièces de la procédure suivie devant les juges du fond que l’association requérante demandait l’annulation de la décision du préfet du Var en tant qu’elle rejetait sa candidature et en tant qu’elle retenait la candidature de l’association En Chemin. Dès lors, en jugeant que sa demande tendait seulement à l’annulation du rejet de sa candidature, la cour s’est méprise sur la portée des écritures de l’association. 3. Il résulte de ce qui précède que l’association familiale laïque du Var « Transition » est fondée à demander l’annulation de l’arrêt attaqué. 4. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros à verser à l’association familiale laïque du Var « Transition » au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. D E C I D E : -------------- Article 1er : L’arrêt du 26 février 2024 de la cour administrative d’appel de Marseille est annulé. Article 2 : L’affaire est renvoyée devant la cour administrative d’appel de Marseille. Article 3 : L’Etat versera à l’association familiale laïque du Var « Transition » la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Article 4 : La présente décision sera notifiée à l’association familiale laïque du Var « Transition » et au ministre de l’intérieur. Copie en sera adressée à l’association En Chemin. Délibéré à l'issue de la séance du 3 décembre 2025 où siégeaient : M. Pierre Collin, président adjoint de la section du contentieux, présidant ; M. Stéphane Verclytte et Mme Emilie Bokdam-Tognetti, présidents de chambre ; Mme Nathalie Escaut, M. Jonathan Bosredon, Mme Catherine Fischer-Hirtz, M. Philippe Ranquet, Mme Sylvie Pellissier, conseillers d'Etat et M. Nicolas Jau, maître des requêtes-rapporteur. Rendu le 23 décembre 2025. Le président : Signé : M. Pierre Collin Le rapporteur : Signé : M. Nicolas Jau La secrétaire : Signé : Mme Elsa Sarrazin

Questions fréquentes

Puis-je contester le rejet de ma candidature à un appel à projets ?
Le rejet d'une candidature à un appel à projets destiné à ne retenir qu'un seul candidat n'est pas détachable de la décision retenant un autre candidat. Par suite, il n'est pas susceptible d'être contesté par la voie du recours pour excès de pouvoir. Vous pouvez toutefois contester la décision de retenir un autre candidat si elle est détachable.
Qu'est-ce qu'une décision détachable ?
Une décision détachable est un acte qui peut être contesté séparément d'un autre acte. En matière de contrats ou de procédures de sélection, certaines décisions sont considérées comme non détachables, ce qui limite les recours.
Comment attaquer une décision de rejet dans le cadre d'un appel à projets ?
Si le rejet n'est pas détachable, vous ne pouvez pas l'attaquer directement. Vous pouvez contester la décision de sélection d'un autre candidat si elle est détachable, ou utiliser d'autres voies de droit comme le recours de plein contentieux si applicable.
Quel recours contre le choix d'un autre candidat ?
Vous pouvez former un recours pour excès de pouvoir contre la décision de retenir un autre candidat si cette décision est détachable. Dans le cas contraire, vous pourriez contester le contrat ou la décision d'attribution dans le cadre d'un recours de pleine juridiction.
Le rejet de ma candidature est-il un acte administratif attaquable ?
En principe, un rejet de candidature est un acte administratif, mais son caractère attaquable dépend de sa détachabilité. Dans le contexte d'un appel à projets où un seul candidat est retenu, le rejet n'est pas détachable et n'est donc pas attaquable isolément.
Puis-je demander l'annulation de la décision qui retient un autre candidat ?
Oui, si vous estimez que la décision de retenir un autre candidat est illégale, vous pouvez la contester par la voie du recours pour excès de pouvoir, à condition qu'elle soit détachable. Dans l'affaire, le Conseil d'État a précisé que la demande pouvait porter sur les deux aspects.

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