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Conseil d'État, 5ème chambre jugeant seule, 18 mars 2026, n° 494654

Rejet Publication : C ECLI : ECLI:FR:CECHS:2026:494654.20260318

Synthèse de la décision

Question juridique

L'État est-il civilement responsable des dommages causés par un incendie commis par un groupe de personnes dans le cadre d'un mouvement social, lorsque ce groupe s'est constitué à seule fin de commettre ces actes ?

Principe retenu

L'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure prévoit la responsabilité de l'État pour les dommages résultant de crimes ou délits commis par des attroupements ou rassemblements. Toutefois, cette responsabilité n'est pas engagée lorsque les dommages sont imputables à un groupe constitué à seule fin de commettre ces actes, et non à un attroupement ou rassemblement au sens de la loi.

Faits clés

  • Incendie du centre commercial Le Créolis au Robert (Martinique) le 24 novembre 2021.
  • La société Allianz IARD, subrogée dans les droits de la société Eole Mansarde, demande réparation à l'État.
  • Le tribunal administratif rejette sa demande, la cour administrative d'appel rejette son appel par ordonnance.
  • Le pourvoi en cassation est formé contre l'ordonnance de la cour.
  • Les auteurs de l'incendie avaient occupé des ronds-points, érigé des barrages et attaqué les gendarmes avant de mettre le feu.

Articles cités

article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure article R. 222-1 du code de justice administrative article L. 761-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : La société La Compagnie Allianz IARD, subrogée dans les droits de la société Eole Mansarde, a demandé au tribunal administratif de la Martinique de condamner l’Etat à lui verser la somme de 4 991 509,96 euros en réparation des préjudices résultant de l’incendie survenu le 24 novembre 2021 dans le centre commercial Le Créolis du Robert (Martinique). Par un jugement n° 2200719 du 23 novembre 2023, le tribunal administratif a rejeté sa demande. Par une ordonnance n° 24BX00160 du 29 mars 2024, la présidente désignée par le président de la cour administrative d’appel de Bordeaux a rejeté l’appel formé par la société La Compagnie Allianz IARD contre ce jugement. Par un pourvoi sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 29 mai et 9 août 2024 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, la société La Compagnie Allianz IARD demande au Conseil d’Etat : 1°) d’annuler cette ordonnance ; 2°) réglant l’affaire au fond, de faire droit à son appel ; 3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 6 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code de la sécurité intérieure ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de Mme Hortense Naudascher, maîtresse des requêtes, - les conclusions de M. Maxime Boutron, rapporteur public. La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Piwnica & Molinié, avocat de la société La Compagnie Allianz Iard. Considérant ce qui suit : 1. Il ressort des pièces du dossier soumis au juge du fond que la société La Compagnie Allianz IARD, subrogée dans les droits de son assurée, la société Eole Mansarde, a demandé au tribunal administratif de la Martinique de condamner l’Etat à l’indemniser des sommes versées à son assurée au titre des dommages subis le soir du 24 novembre 2021 par le centre commercial Le Créolis au Robert (Martinique), dont elle est propriétaire. Par un jugement du 23 novembre 2023, le tribunal administratif a rejeté sa demande. La société La Compagnie Allianz IARD se pourvoit en cassation contre l’ordonnance du 29 mars 2024 par laquelle la présidente-assesseure désignée par le président de la cour administrative d’appel de Bordeaux a, sur le fondement des dispositions de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, rejeté son appel dirigé contre ce jugement. 2. Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours (…), peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (…), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement (...) ». 3. Aux termes de l’article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : « L’État est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens (…) ». 4. Il ressort des pièces du dossier soumis au juge du fond que la Martinique a connu en novembre 2021 un mouvement de protestation autour de mots d’ordre relatifs aux mesures sanitaires contre l’épidémie de la covid-19 et au coût de la vie, qui a donné lieu à compter du 22 novembre 2021 à un appel de plusieurs organisations syndicales à la grève générale, à des manifestations, et à d’importantes violences urbaines dans la nuit du 22 au 23 novembre 2021. 5. Il ressort des énonciations non contestées de l’ordonnance attaquée que l’incendie subi le soir du 24 novembre 2021 par le centre commercial Le Créolis a été commis aux alentours de 21 heures 30 par des individus qui s’étaient introduits sur son parking immédiatement après avoir, au sein d’un groupe d’une trentaine de personnes, occupé à compter de 19 heures deux ronds-points voisins, y avoir érigé des barrages et s’en être violemment pris aux gendarmes dépêchés sur les lieux. Dans ces conditions, en jugeant que, malgré les manifestations qui s’était déroulées sur une grande partie du territoire de la Martinique et les violences survenues en marge de ce mouvement social, les dommages invoqués étaient imputables à un groupe constitué à seule fin de commettre ces actes, la présidente désignée par le président de la cour administrative d’appel, qui n’a pas dénaturé les pièces du dossier, a exactement qualifié les faits. Elle a pu, par suite, sans erreur de droit, en déduire que les dommages en cause ne résultaient pas de crimes ou délits commis par des attroupements ou des rassemblements au sens des dispositions citées ci-dessus de l’article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure. Elle a pu enfin, sans abus, faire usage de la faculté que lui reconnaissent les dispositions citées ci-dessus de l’article R. 222-1 du code de justice administrative pour rejeter par ordonnance la requête d’appel dont elle était saisie. 6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la société La Compagnie Allianz IARD tendant à l’annulation de l’ordonnance du 29 mars 2024 doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. D E C I D E : -------------- Article 1er : Le pourvoi de la société La Compagnie Allianz IARD est rejeté. Article 2 : La présente décision sera notifiée à la société La Compagnie Allianz IARD et au ministre de l’intérieur. Délibéré à l'issue de la séance du 5 février 2026 où siégeaient : M. Jérôme Marchand-Arvier, assesseur, présidant ; M. Jean-Dominique Langlais, conseiller d'Etat et Mme Hortense Naudascher, maîtresse des requêtes-rapporteure. Rendu le 18 mars 2026.

Questions fréquentes

L'État est-il responsable des dégâts causés par des émeutiers lors d'une manifestation ?
L'État peut être responsable si les dommages résultent de crimes ou délits commis par un attroupement ou rassemblement, conformément à l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure. Toutefois, si le groupe s'est constitué à seule fin de commettre ces actes, la responsabilité de l'État n'est pas engagée.
Puis-je être indemnisé par l'État si mon magasin est incendié pendant une manifestation ?
Oui, si l'incendie est commis par un attroupement ou rassemblement au sens de la loi, vous pouvez demander réparation à l'État. Mais si les auteurs sont un groupe isolé, la demande peut être rejetée.
Qu'est-ce qu'un attroupement au sens de la loi ?
Un attroupement est un rassemblement de personnes sur la voie publique ou dans un lieu public, susceptible de troubler l'ordre public. La jurisprudence précise que les groupes constitués à seule fin de commettre des actes délictueux ne sont pas des attroupements.
Mon assureur peut-il se retourner contre l'État après m'avoir indemnisé ?
Oui, l'assureur subrogé dans les droits de son assuré peut demander à l'État le remboursement des sommes versées, si les conditions de la responsabilité de l'État sont réunies.
Quelles conditions pour engager la responsabilité de l'État pour des dommages causés par des attroupements ?
Il faut que les dommages résultent de crimes ou délits commis par un attroupement ou rassemblement, et que ces actes aient été commis à force ouverte ou par violence.
Que faire si l'État refuse de m'indemniser pour des dommages causés lors d'une émeute ?
Vous pouvez saisir le tribunal administratif pour contester le refus. Si le tribunal rejette votre demande, vous pouvez faire appel, puis un pourvoi en cassation devant le Conseil d'État.

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