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Conseil d'État, 3ème et 8ème chambres réunies, 16 mars 2026, n° 494941

Rejet Publication : C ECLI : ECLI:FR:CECHR:2026:494941.20260316

Synthèse de la décision

Question juridique

Le décret n°2024-318 du 8 avril 2024 relatif au développement de l'agrivoltaïsme est-il conforme aux dispositions de l'article L. 314-36 du code de l'énergie, notamment en ce qui concerne la définition des atteintes substantielle et limitée et l'absence de règles spécifiques sur le marché foncier agricole ?

Principe retenu

Le décret attaqué, pris pour l'application de l'article L. 314-36 du code de l'énergie, n'a pas à définir lui-même les notions d'atteinte substantielle et d'atteinte limitée, ces notions relevant de l'appréciation du juge. Le pouvoir réglementaire n'était pas tenu de fixer des règles particulières régissant le marché foncier agricole dans le cadre de ce décret. Les dispositions du décret sont conformes aux objectifs fixés par le législateur.

Faits clés

  • La Confédération paysanne a demandé l'annulation pour excès de pouvoir de plusieurs articles du décret n°2024-318 du 8 avril 2024 relatif à l'agrivoltaïsme.
  • Le décret insère des articles dans le code de l'énergie et le code de l'urbanisme pour encadrer les installations agrivoltaïques.
  • La requérante soutenait que le décret ne définissait pas les notions d'atteinte substantielle et d'atteinte limitée mentionnées au III de l'article L. 314-36 du code de l'énergie.
  • La requérante soutenait également que le décret ne fixait pas de règles destinées à régir le marché foncier agricole.
  • Le Conseil d'État a rejeté la requête, jugeant que le décret était conforme aux dispositions législatives.

Articles cités

article L. 314-36 du code de l'énergie article L. 111-29 du code de l'urbanisme article L. 111-32 du code de l'urbanisme article R. 314-22 du code de l'énergie article R. 463-3 du code de l'urbanisme article L. 761-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Par une requête sommaire, une requête sommaire complémentaire, un mémoire complémentaire et un mémoire en réplique, enregistrés les 6 juin, 7 juin et 4 juillet 2024 et le 30 janvier 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, la Confédération paysanne demande au Conseil d’Etat : 1°) d’annuler pour excès de pouvoir les articles 1er, 2, 4, 6 et 7 du décret n°2024-318 du 8 avril 2024 relatif au développement de l’agrivoltaïsme et aux conditions d’implantation des installations photovoltaïques sur des terrains agricoles, naturels ou forestiers, en tant qu’ils insèrent, dans le code de l’énergie, les articles R. 314-110, R. 314-111, R. 314-113 à R. 314-119, R. 314-120 et R. 314-122 et, dans le code de l’urbanisme, les articles R. 111-56 à R. 111-59, R. 111-62 et R. 463-1 à R. 464-4, en tant qu’ils s’abstiennent de définir les notions d’atteinte « substantielle » et d’atteinte « limitée » mentionnées au III de l’article L. 314-36 du code de l’énergie, et en tant qu’ils ne fixent pas de règles destinées à régir le marché foncier agricole ; 2°) d’enjoindre au Premier ministre d’adopter un nouveau décret dans un délai de 4 mois à compter de la notification de la décision à intervenir ; 3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 5 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code de l’énergie ; - le code de l’environnement ; - le code rural et de la pêche maritime ; - le code de l’urbanisme ; - la décision du 3 octobre 2024 par laquelle le Conseil d’Etat, statuant au contentieux n’a pas renvoyé au Conseil constitutionnel la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par la Confédération paysanne ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de Mme Muriel Deroc, maîtresse des requêtes, - les conclusions de M. Thomas Pez-Lavergne, rapporteur public ; Vu la note en délibéré, enregistrée le 12 février 2026, présentée par la Confédération paysanne ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes de l’article L. 314-36 du code de l’énergie, issu de l’article 54 de la loi du 10 mars 2023 relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables : « I.- Une installation agrivoltaïque est une installation de production d’électricité utilisant l’énergie radiative du soleil et dont les modules sont situés sur une parcelle agricole où ils contribuent durablement à l’installation, au maintien ou au développement d’une production agricole. / II. -Est considérée comme agrivoltaïque une installation qui apporte directement à la parcelle agricole au moins l’un des services suivants, en garantissant à un agriculteur actif ou à une exploitation agricole à vocation pédagogique gérée par un établissement relevant du titre Ier du livre VIII du code rural et de la pêche maritime une production agricole significative et un revenu durable en étant issu : / 1° L’amélioration du potentiel et de l’impact agronomiques ; / 2° L’adaptation au changement climatique ; / 3° La protection contre les aléas ; / 4° L’amélioration du bien-être animal. / III.- Ne peut pas être considérée comme agrivoltaïque une installation qui porte une atteinte substantielle à l’un des services mentionnés aux 1° à 4° du II ou une atteinte limitée à deux de ces services. / IV.- Ne peut pas être considérée comme agrivoltaïque une installation qui présente au moins l’une des caractéristiques suivantes : / 1° Elle ne permet pas à la production agricole d'être l’activité principale de la parcelle agricole ; / 2° Elle n’est pas réversible. / V.- Un décret en Conseil d'Etat détermine les modalités d’application du présent article. Il précise les services mentionnés aux 1° à 4° du II ainsi qu’une méthodologie définissant la production agricole significative et le revenu durable en étant issu. Le fait pour la production agricole d’être considérée comme l’activité principale mentionnée au 1° du IV peut s’apprécier au regard du volume de production, du niveau de revenu ou de l’emprise au sol. Il détermine par ailleurs les conditions de déploiement et d’encadrement de l’agrivoltaïsme, en s’appuyant sur le strict respect des règles qui régissent le marché du foncier agricole, notamment le statut du fermage et la mission des sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural, la politique de renouvellement des générations et le maintien du potentiel agronomique actuel et futur des sols concernés. Ce décret prévoit, enfin, les modalités de suivi et de contrôle des installations ainsi que les sanctions en cas de manquement ». 2. Par ailleurs, aux termes de l’article L. 111-29 du code de l’urbanisme, issu du même article 54 de la loi du 10 mars 2023 : « Pour l'application des articles L. 111-4, L. 151-11 et L. 161-4, la compatibilité avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière des ouvrages de production d'électricité à partir de l'énergie solaire s'apprécie à l'échelle de l'ensemble des terrains d'un seul tenant, faisant partie de la même exploitation agricole, pastorale ou forestière, au regard des activités agricoles, pastorales ou forestières qui y sont effectivement exercées ou, en l'absence d'activité effective, qui auraient vocation à s'y développer. Aucun ouvrage de production d'électricité à partir de l'énergie solaire, hors installations agrivoltaïques au sens de l'article L. 314-36 du code de l'énergie, ne peut être implanté en dehors des surfaces identifiées dans un document-cadre arrêté en application du deuxième alinéa du présent article. / Un arrêté préfectoral, pris après consultation de la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers, des organisations professionnelles intéressées et des collectivités territoriales concernées, établit un document-cadre sur proposition de la chambre départementale d'agriculture pour le département concerné. Ce document-cadre définit notamment les surfaces agricoles et forestières ouvertes à un projet d'installation mentionnée au présent article et à l'article L. 111-30 ainsi que les conditions d'implantation dans ces surfaces. Ces surfaces sont définies en veillant à préserver la souveraineté alimentaire. Le délai entre la proposition du document-cadre et la publication de l'arrêté mentionnés à la première phrase du présent alinéa ne peut excéder six mois. Dans les départements pour lesquels un tel arrêté est en vigueur, l'avis de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers prévu à l'article L. 111-31 est un avis simple. Seuls peuvent être identifiés au sein de ces surfaces des sols réputés incultes ou non exploités depuis une durée minimale, antérieure à la publication de la loi n° 2023-175 du 10 mars 2023 relative à l'accélération de la production d'énergies renouvelables, définie par le décret en Conseil d'Etat mentionné au dernier alinéa du présent article. Les sols ainsi identifiés sont intégrés en tout ou partie dans les zones d'accélération prévues à l'article L. 141-5-3 du code de l'énergie selon les modalités prévues au même article L. 141-5-3. / Un décret en Conseil d'Etat détermine les modalités d'application du présent article. » et, en vertu de l’article L. 111-30 de ce code : « Les modalités techniques des installations mentionnées à l'article L. 111-29 doivent permettre que ces installations n'affectent pas durablement les fonctions écologiques du sol, en particulier ses fonctions biologiques, hydriques et climatiques ainsi que son potentiel agronomique, et que l'installation ne soit pas incompatible avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain mentionné au même article L. 111-29 sur lequel elle est implantée ». 3.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'agrivoltaïsme ?
L'agrivoltaïsme est une installation de production d'électricité utilisant l'énergie solaire, dont les modules sont situés sur une parcelle agricole où ils contribuent durablement à l'installation, au maintien ou au développement d'une production agricole.
Quelles sont les conditions pour qu'une installation soit considérée comme agrivoltaïque ?
Une installation est agrivoltaïque si elle apporte directement à la parcelle agricole au moins un des services suivants : amélioration du potentiel agronomique, adaptation au changement climatique, protection contre les aléas, ou amélioration du bien-être animal, tout en garantissant une production agricole significative et un revenu durable.
Qu'est-ce qu'une atteinte substantielle à la production agricole ?
Une atteinte substantielle est une atteinte grave à l'un des services mentionnés (amélioration du potentiel agronomique, adaptation au changement climatique, protection contre les aléas, bien-être animal) qui empêche de considérer l'installation comme agrivoltaïque.
Le décret sur l'agrivoltaïsme est-il légal ?
Le Conseil d'État a rejeté le recours contre le décret n°2024-318 du 8 avril 2024, jugeant qu'il était conforme aux dispositions de l'article L. 314-36 du code de l'énergie.
Quelles sont les règles pour installer des panneaux solaires sur des terres agricoles ?
Les règles sont fixées par le décret n°2024-318 du 8 avril 2024, qui précise les conditions d'implantation, les services à apporter à la parcelle, et les obligations de suivi et de contrôle.
Le gouvernement doit-il réglementer le marché foncier agricole pour l'agrivoltaïsme ?
Selon le Conseil d'État, le pouvoir réglementaire n'était pas tenu de fixer des règles particulières sur le marché foncier agricole dans le décret attaqué.

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