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Conseil d'État, 10ème chambre jugeant seule, 31 décembre 2025, n° 495979

Rejet Publication : C ECLI : ECLI:FR:CECHS:2025:495979.20251231

Synthèse de la décision

Question juridique

La décision de la CNIL de clôturer une plainte relative à des traceurs et pixels de suivi, après avoir rappelé le responsable de traitement à ses obligations, est-elle entachée d'erreur manifeste d'appréciation ?

Principe retenu

La CNIL dispose d'un large pouvoir d'appréciation pour décider des suites à donner à une plainte. Elle peut clôturer une plainte après avoir rappelé le responsable de traitement à ses obligations légales, même si le plaignant souhaitait une sanction. Le juge de l'excès de pouvoir ne censure sa décision qu'en cas d'erreur de fait, de droit, d'erreur manifeste d'appréciation ou de détournement de pouvoir.

Faits clés

  • M. A... a saisi la CNIL le 28 février 2024 d'une plainte contre la société exploitant le site carrefour.fr concernant des traceurs et pixels de suivi.
  • La CNIL a informé le plaignant de son intervention auprès du responsable de traitement et de la clôture de la plainte le 22 mai 2024.
  • La CNIL a rappelé à la société ses obligations légales concernant l'article 82 de la loi du 6 janvier 1978, notamment sur le consentement.
  • La CNIL a invité la société à suivre les travaux européens sur les pixels de suivi.
  • Le courrier de clôture contenait une erreur matérielle sur le nom du responsable de traitement.

Articles cités

article 82 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 articles 8 et 20 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 règlement (UE) 2016/679 (RGPD)

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Par une requête, deux mémoires en réplique et un nouveau mémoire, enregistrés les 14 juillet et 22 décembre 2024 et les 24 mai et 13 décembre 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, M. B... A... demande au Conseil d'Etat : 1°) d’annuler pour excès de pouvoir la décision du 22 mai 2024 par laquelle la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a prononcé la clôture de sa plainte relative aux modalités de dépôt de traceurs sur le site internet de la société ... et à l’utilisation de pixels de suivi dans les courriels de cette société ; 2°) d’enjoindre à la CNIL d’instruire à nouveau sa plainte dans le respect des dispositions du règlement général relatif à la protection des données (RGPD) et de prendre une sanction dissuasive ; 3°) d’enjoindre à la CNIL de respecter les lignes directrices du comité européen de la protection des données en vigueur. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 ; - la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de Mme Alexandra Poirson, auditrice, - les conclusions de M. Frédéric Puigserver, rapporteur public ; Vu la note en délibéré, enregistrée le 21 décembre 2025, présentée par M. A... ; Considérant ce qui suit : 1. Il ressort des pièces du dossier que, le 28 février 2024, M. A... a saisi la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) d’une réclamation à l’encontre de la société ... relative aux modalités de dépôt de traceurs sur le site internet « carrefour.fr » et à l’utilisation par cette société de pixels de suivi dans ses courriels. Par un courrier du 22 mai 2024, la CNIL a informé le requérant, d’une part, de son intervention auprès du responsable de traitement, et d’autre part, de la clôture de la plainte. M. A... demande l’annulation pour excès de pouvoir de cette décision et qu’il soit enjoint à la CNIL, d’une part, de réexaminer sa plainte, d’autre part, de respecter les lignes directrices du comité européen de la protection des données en vigueur. 2. Il résulte des dispositions combinées des articles 8 et 20 de la loi du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés qu’il appartient à la CNIL de procéder, lorsqu’elle est saisie d’une plainte ou d’une réclamation tendant à la mise en œuvre de ses pouvoirs, à l’examen des faits qui en sont à l’origine et de décider des suites à leur donner. À cet effet, elle dispose, en principe, d’un large pouvoir d’appréciation et peut tenir compte de la gravité des manquements allégués au regard de la législation ou de la réglementation qu’elle est chargée de faire appliquer, du sérieux des indices relatifs à ces faits, de la date à laquelle ils ont été commis, du contexte dans lequel ils l’ont été et, plus généralement, de l’ensemble des intérêts généraux dont elle a la charge. 3. L’auteur d’une plainte peut déférer au juge de l’excès de pouvoir le refus de la CNIL d’y donner suite. Il appartient au juge de censurer celui-ci, le cas échéant, pour un motif d’illégalité externe et, au titre du bien-fondé de la décision, en cas d’erreur de fait ou de droit, d’erreur manifeste d’appréciation ou de détournement de pouvoir. 4. En premier lieu, la circonstance que la CNIL aurait traité rapidement la plainte est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. 5. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que la CNIL, saisie de la plainte de M. A..., a décidé de rappeler la société ... à ses obligations légales. Elle lui a, à ce titre, indiqué que toute opération de lecture ou d’écriture d’informations réalisée dans l’équipement terminal de l’utilisateur devait être conforme aux dispositions de l’article 82 de la loi du 6 janvier 1978, notamment s’agissant du refus et du retrait du consentement, et l’a invité à se référer à ses lignes directrices. Elle lui a également rappelé la réglementation applicable aux traceurs et l’a invitée à suivre l’évolution des travaux relatifs aux pixels de suivi et aux liens traçants actuellement en cours au niveau européen. 6. En estimant, au vu de la réclamation dont elle était saisie et de la nature des manquements invoqués, qu’un rappel du responsable de traitement à ses obligations légales, dans les termes mentionnés au point 5, constituait une mesure appropriée, et en dépit de l’erreur matérielle relative au nom du responsable de traitement dans le courrier de clôture adressé à l’auteur de la plainte, la CNIL n’a pas entaché sa décision de clôture de plainte d’erreur manifeste d’appréciation. 7. Il s’ensuit que le requérant n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision qu’il attaque. Par suite, ses conclusions à fin d’injonction doivent également être rejetées. D E C I D E : -------------- Article 1er : La requête de M. A... est rejetée. Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B... A... et à la Commission nationale de l’informatique et des libertés. Délibéré à l'issue de la séance du 18 décembre 2025 où siégeaient : M. Bertrand Dacosta, président de chambre, présidant ; M. Olivier Yeznikian, conseiller d'Etat et Mme Alexandra Poirson, auditrice-rapporteure. Rendu le 31 décembre 2025. Le président : Signé : M. Bertrand Dacosta La rapporteure : Signé : Mme Alexandra Poirson La secrétaire : Signé : Mme Marie-Léandre Monnerville

Questions fréquentes

Que faire si la CNIL clôt ma plainte sans sanction ?
Vous pouvez contester la décision de clôture devant le juge administratif (tribunal administratif ou Conseil d'État en premier ressort) dans les deux mois suivant la notification, en invoquant une erreur de fait, de droit, une erreur manifeste d'appréciation ou un détournement de pouvoir.
La CNIL peut-elle clôturer une plainte après un simple rappel à la loi ?
Oui, la CNIL dispose d'un large pouvoir d'appréciation. Elle peut estimer qu'un rappel à la loi est une mesure appropriée, notamment si les manquements ne sont pas graves ou si le responsable de traitement a corrigé sa pratique.
Comment contester une décision de la CNIL ?
Vous pouvez former un recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d'État (si la décision émane de la CNIL en tant qu'autorité administrative indépendante) dans un délai de deux mois. Il est conseillé de consulter un avocat.
Qu'est-ce qu'un pixel de suivi et est-ce légal ?
Un pixel de suivi est un petit script inséré dans un courriel ou une page web pour suivre le comportement des utilisateurs. Son utilisation est encadrée par le RGPD et la loi Informatique et Libertés : il nécessite le consentement de l'utilisateur, sauf exceptions.
La CNIL a-t-elle l'obligation de mener une enquête approfondie ?
Non, la CNIL dispose d'un large pouvoir d'appréciation. Elle peut décider de clôturer une plainte après un examen sommaire, sans enquête approfondie, si elle estime que les faits ne justifient pas de poursuites.

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