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Conseil d'État, 6ème et 5ème chambres réunies, 7 mai 2026, n° 496132

Rejet Publication : C ECLI : ECLI:FR:CECHR:2026:496132.20260507

Synthèse de la décision

Question juridique

Le décret portant adoption de la stratégie nationale pour la mer et le littoral est-il entaché d'irrégularités justifiant son annulation pour excès de pouvoir ?

Principe retenu

La stratégie nationale pour la mer et le littoral, adoptée par décret, est un document cadre qui doit respecter les exigences procédurales et substantielles prévues par le code de l'environnement. Le juge administratif exerce un contrôle restreint sur le contenu de la stratégie, notamment sur l'erreur manifeste d'appréciation. Les objectifs de protection des milieux et de développement des énergies marines renouvelables ne sont pas contradictoires par principe. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'objectif d'intelligibilité de la norme est écarté.

Faits clés

  • Le décret n° 2024-530 du 10 juin 2024 a adopté la stratégie nationale pour la mer et le littoral.
  • Quatre associations de protection de l'environnement ont demandé l'annulation de ce décret pour excès de pouvoir.
  • Les associations soutenaient notamment que la stratégie était entachée d'incompétence, de vice de procédure, d'erreur manifeste d'appréciation et de contradiction entre ses objectifs.
  • La stratégie fixe treize objectifs, dont le treizième porte sur le développement des énergies marines renouvelables.
  • Le Conseil d'État a rejeté la requête, considérant que les moyens n'étaient pas fondés.

Articles cités

article L.219-1 du code de l'environnement article L.219-2 du code de l'environnement article L.219-3 du code de l'environnement article L.219-4 du code de l'environnement article L.123-19-1 du code de l'environnement article L.122-1 du code de l'environnement article L.132-2 du code minier article L.111-1 du code minier article R.219-1-1 du code de l'environnement article L.761-1 du code de justice administrative directive 2001/42/CE du Parlement européen et du Conseil du 27 juin 2001

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Par une requête sommaire, un mémoire complémentaire et un mémoire en réplique, enregistrés les 19 juillet et 16 octobre 2024 et le 17 septembre 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, l'association Fédération Environnement durable, l'association Les Gardiens du Large, l'association Belle Normandie Environnement et l'association Groupement des résidents pour la sauvegarde environnementale de La Baule demandent au Conseil d'Etat : 1°) d’annuler pour excès de pouvoir le décret n° 2024-530 du 10 juin 2024 portant adoption de la stratégie nationale pour la mer et le littoral ; 2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - la directive 2001/42/CE du Parlement européen et du Conseil du 27 juin 2001 ; - le code de l’énergie ; - le code de l’environnement ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de M. Antoine Berger, maître des requêtes, - les conclusions de Mme Amélie Fort-Besnard, rapporteure publique ; La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Marlange, de la Burgade, avocat de l'association Fédération Environnement durable et autres ; Considérant ce qui suit : 1. L’article L. 219-1 du code de l’environnement dispose que : « La stratégie nationale pour la mer et le littoral est définie dans un document qui constitue le cadre de référence pour la protection du milieu, pour la réalisation ou le maintien du bon état écologique, mentionné au I de l'article L. 219-9, pour l'utilisation durable des ressources marines et pour la gestion intégrée et concertée des activités liées à la mer et au littoral, à l'exception de celles qui ont pour unique objet la défense ou la sécurité nationale. / Ce document en fixe les principes et les orientations générales qui concernent, tant en métropole qu'outre-mer, les espaces maritimes sous souveraineté ou sous juridiction nationale, les fonds marins et le sous-sol de la mer. / Il fixe également les principes et les orientations générales concernant les activités situées sur le territoire des régions administratives côtières ou sur celui des collectivités d'outre-mer et ayant un impact sur ces espaces. / Ce document est mis en œuvre dans les façades maritimes métropolitaines et dans les bassins maritimes ultramarins. / Ces façades et bassins maritimes, périmètres de mise en œuvre des principes et des orientations, sont définis par les caractéristiques hydrologiques, océanographiques, biogéographiques, socio-économiques et culturelles des espaces concernés. La délimitation des façades maritimes métropolitaines est cohérente avec les régions et sous-régions marines identifiées à l'article 4 de la directive 2008/56/CE du Parlement européen et du Conseil du 17 juin 2008 établissant un cadre d'action communautaire dans le domaine de la politique pour le milieu marin, et tient compte de la politique commune de la pêche. / Ce document indique les modalités d'évaluation de sa mise en œuvre ». Aux termes de l’article L. 219-2 du même code : « La stratégie nationale pour la mer et le littoral est élaborée par l'Etat en concertation avec les collectivités territoriales, la communauté scientifique, les acteurs socio-économiques et les associations de protection de l'environnement concernés. / Avant son adoption par décret, le projet de stratégie nationale, accompagné d'une synthèse de son contenu, est mis à la disposition du public, selon la procédure prévue à l'article L. 123-19-1. / La stratégie nationale pour la mer et le littoral est révisée tous les six ans, dans les formes prévues pour son élaboration ». 2. Pour sa part, l’article L. 219-3 du code de l’environnement dispose que : « Un document stratégique définit les objectifs de la gestion intégrée de la mer et du littoral et les dispositions correspondant à ces objectifs, pour chacune des façades maritimes et des bassins maritimes ultramarins, dans le respect des principes et des orientations définis par la stratégie nationale pour la mer et le littoral (…) ». Aux termes de l’article L. 219-4 du même code : « I. – Doivent être compatibles, ou rendus compatibles, avec les objectifs et dispositions du document stratégique de façade ou de bassin maritime : / 1° Les plans, les programmes et les schémas relatifs aux activités exclusivement localisées dans les espaces mentionnés au deuxième alinéa de l'article L. 219-1 ; / 2° Dans ces mêmes espaces, les projets de travaux, d'ouvrages ou d'aménagements, publics et privés, soumis à l'étude d'impact mentionnée à l'article L. 122-1 du présent code et les décisions mentionnées aux articles L. 122-1 et L. 132-2 du code minier lorsqu'elles concernent des substances minérales autres que celles énumérées à l'article L. 111-1 du même code ; / 3° Les schémas de mise en valeur de la mer ; / 4° Les schémas régionaux de développement de l'aquaculture marine prévus à l'article L. 923-1-1 du code rural et de la pêche maritime ; / 5° Les schémas de cohérence territoriale et, à défaut, les plans locaux d'urbanisme, les documents en tenant lieu et les cartes communales, notamment lorsqu'ils sont susceptibles d'avoir des incidences significatives sur la mer. / II. – A l'exclusion de ceux mentionnés au I du présent article, lorsqu'ils sont susceptibles d'avoir des incidences significatives sur la mer, les plans, les programmes et les schémas applicables aux espaces et territoires mentionnés aux deuxième et troisième alinéas de l'article L. 219-1 du présent code prennent en compte le document stratégique de façade ou le document stratégique de bassin maritime ». 3. L’article R. 219-1 du code de l’environnement dispose que : « La stratégie nationale pour la mer et le littoral définie conformément aux dispositions de l'article L. 219-1 est déclinée par des documents stratégiques de façade en métropole et par des documents stratégiques de bassin outre-mer ». L’article R. 219-1-1 de ce code décrit les thèmes que doit traiter la stratégie nationale pour la mer et le littoral et précise que : « Pour chacun de ces thèmes, la stratégie prévoit des objectifs à long terme et à échéance de six ans. Elle identifie un dispositif et des indicateurs de suivi, afin de permettre l'élaboration du rapport que le Gouvernement dépose, tous les trois ans devant le Parlement, conformément à l'article 41 de la loi n° 86-2 du 3 janvier 1986 relative à l'aménagement, la protection et la mise en valeur du littoral ». 4. Sur le fondement des dispositions citées au point 1, le Premier ministre a adopté la stratégie nationale pour la mer et le littoral 2024-2030 par un décret du 10 juin 2024, dont les associations Fédération Environnement durable, Les Gardiens du Large, Belle Normandie Environnement et Groupement des résidents pour la sauvegarde environnementale de La Baule demandent l’annulation pour excès de pouvoir. 5. En premier lieu, aux termes de l’article 2 de la directive 2001/42/CE du Parlement européen et du Conseil du 27 juin 2001 relative à l’évaluation des incidences de certains plans et programmes sur l’environnement, on entend par « a) plans et programmes : les plans et programmes (…) ainsi que leurs modifications : / - élaborés et/ou adoptés par une autorité au niveau national, régional ou local (…) et / - exigés par des dispositions législatives, réglementaires ou administratives (…) ». Aux termes de l’article 3 de cette directive : « 1. Une évaluation environnementale est effectuée (…) pour les plans et programmes visés aux paragraphes 2, 3 et 4 susceptibles d’avoir des incidences notables sur l’environnement. / 2.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la stratégie nationale pour la mer et le littoral ?
C'est un document cadre défini par le code de l'environnement (article L.219-1) qui fixe les principes et orientations générales pour la protection du milieu marin, l'utilisation durable des ressources et la gestion intégrée des activités liées à la mer et au littoral.
Peut-on contester un décret portant adoption d'une stratégie nationale ?
Oui, un décret portant adoption d'une stratégie nationale peut faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d'État, comme dans cette affaire.
Le développement de l'éolien en mer est-il compatible avec la protection de l'environnement ?
Selon cette décision, les objectifs de protection des milieux et de développement des énergies marines renouvelables ne sont pas contradictoires par principe. Le Conseil d'État a jugé qu'il n'y avait pas d'erreur manifeste d'appréciation en retenant cet objectif.
Quels sont les recours possibles contre une stratégie nationale ?
Le recours principal est le recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d'État, qui peut être intenté par les personnes ayant intérêt à agir, comme les associations de protection de l'environnement.
Quelle est la portée juridique de la stratégie nationale pour la mer et le littoral ?
Elle constitue un cadre de référence pour les documents stratégiques de façade et de bassin maritime, qui doivent être compatibles avec elle. Elle a une portée normative indirecte.
Comment la stratégie nationale pour la mer et le littoral est-elle élaborée ?
Elle est élaborée par l'État en concertation avec les collectivités territoriales, la communauté scientifique, les acteurs socio-économiques et les associations de protection de l'environnement. Le projet est soumis à participation du public avant son adoption par décret.

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