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Conseil d'État, 7ème et 2ème chambres réunies, 10 octobre 2025, n° 496546

Renvoi après cassation Publication : C ECLI : ECLI:FR:CECHR:2025:496546.20251010

Synthèse de la décision

Question juridique

Le président d'un tribunal administratif peut-il statuer par ordonnance sur le fondement du 6° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative lorsque la requête soulève une question de droit non tranchée par la décision de référence, telle que le point de départ du délai de prescription quadriennale pour une action en réparation des préjudices liés à l'amiante ?

Principe retenu

Le 6° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative permet au juge de statuer par ordonnance sur les requêtes relevant d'une série, à condition qu'elles présentent à juger des questions identiques à celles déjà tranchées par une décision passée en force de chose jugée. Cette procédure ne peut être appliquée lorsque la requête soulève une question de droit nouvelle, non tranchée par la décision de référence, même si les faits sont similaires.

Faits clés

  • M. B..., ouvrier d'Etat, a été employé à la direction des constructions navales de Cherbourg du 13 décembre 1983 au 1er juin 2003.
  • Il a demandé au tribunal administratif de Caen la condamnation de l'Etat à lui verser 30 000 euros en réparation des préjudices liés à son exposition à l'amiante.
  • Le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Caen a rejeté sa demande par ordonnance du 31 mai 2024, sur le fondement du 6° de l'article R. 222-1 du CJA.
  • L'ordonnance s'est fondée sur l'arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes n° 21NT02023 du 25 avril 2023.
  • La demande de M. B... soulevait la question du point de départ du délai de prescription quadriennale, non tranchée par l'arrêt de la cour.

Articles cités

article R. 222-1 du code de justice administrative article L. 761-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Caen de condamner l’Etat à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation des préjudices qu’il estime avoir subis du fait de son exposition à l’inhalation de poussières d’amiante durant sa carrière, augmentée des intérêts au taux légal et de leur capitalisation. Par une ordonnance n° 1901252 du 31 mai 2024, prise sur le fondement des dispositions du 6° de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Caen a rejeté sa demande. Par un pourvoi sommaire, un mémoire complémentaire et un mémoire en réplique, enregistrés les 31 juillet et 31 octobre 2024 et 25 avril 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, M. B... demande au Conseil d’Etat : 1°) d’annuler cette ordonnance ; 2°) réglant l’affaire au fond, de faire droit à sa demande ; 3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de Mme Camille Goyet, maîtresse des requêtes en service extraordinaire, - les conclusions de M. Marc Pichon de Vendeuil, rapporteur public ; La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SARL Thouvenin, Coudray, Grevy, avocat de M. A... B... ; Considérant ce qui suit : 1. Il ressort des pièces du dossier soumis au juge du fond que M. B..., ouvrier d’Etat, a été employé à la direction des constructions navales de Cherbourg du 13 décembre 1983 au 1er juin 2003, date à laquelle il a été mis à disposition de la société anonyme DCN, devenue ensuite la société anonyme DCNS puis Naval Group. Il a demandé au tribunal administratif de Caen de condamner l’Etat à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation des préjudices qu’il estime avoir subis du fait de son exposition à l’inhalation de poussières d’amiante durant sa carrière. Par une ordonnance du 31 mai 2024 contre laquelle il se pourvoit en cassation, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Caen a rejeté sa demande. 2. Aux termes des dispositions de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « Les présidents de tribunal administratif et de cour administrative d'appel, le vice-président du tribunal administratif de Paris et les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours peuvent, par ordonnance : / (…) 6° Statuer sur les requêtes relevant d'une série, qui, sans appeler de nouvelle appréciation ou qualification de faits, présentent à juger en droit, pour la juridiction saisie, des questions identiques à celles qu'elle a déjà tranchées ensemble par une même décision passée en force de chose jugée ou à celles tranchées ensemble par une même décision du Conseil d'Etat statuant au contentieux ou examinées ensemble par un même avis rendu par le Conseil d'Etat en application de l'article L. 113-1 et, pour le tribunal administratif, à celles tranchées ensemble par un même arrêt devenu irrévocable de la cour administrative d'appel dont il relève ; (…) ». Ces dispositions permettent au juge de statuer par ordonnance sur les requêtes relevant d’une série, dès lors que ces contestations ne présentent à juger que des questions qu’il a déjà tranchées par une décision passée en force de chose jugée et que les données de fait susceptibles de varier d’une affaire à l’autre sont sans incidence sur le sens de la solution à donner aux litiges. 3. Il ressort des énonciations de l’ordonnance attaquée que, pour rejeter la demande de M. B... en faisant application du 6° de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Caen a regardé cette demande comme présentant à juger des questions identiques à celles déjà tranchées par la cour administrative d’appel de Nantes dans son arrêt n° 21NT02023 du 25 avril 2023. En faisant application de cette procédure alors que la demande de M. B... le conduisait à apprécier le point de départ du délai de prescription quadriennale à l’encontre de la créance dont peut se prévaloir un ouvrier de l’Etat ayant été exposé à l’inhalation de poussières d’amiante, question que n’avait pas tranchée l’arrêt précité, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Caen a méconnu les dispositions citées au point 2. 4. Par suite, M. B... est fondé à soutenir que l’ordonnance qu’il attaque a été irrégulièrement prise sur le fondement du 6° de l’article R. 222-1 du code de justice administrative. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens du pourvoi, que l’ordonnance du président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Caen doit être annulée. 5. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. D E C I D E : -------------- Article 1er : L’ordonnance du 31 mai 2024 du président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Caen est annulée. Article 2 : L’affaire est renvoyée au tribunal administratif de Caen. Article 3 : L’Etat versera à M. B... une somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. A... B... et au ministre d’Etat, ministre des armées et des anciens combattants.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une ordonnance de rejet pour série ?
C'est une procédure qui permet au président d'un tribunal administratif de rejeter sans audience les requêtes qui présentent des questions identiques à celles déjà tranchées par une décision passée en force de chose jugée.
Puis-je contester une ordonnance de rejet pour série ?
Oui, vous pouvez former un pourvoi en cassation devant le Conseil d'Etat si vous estimez que l'ordonnance est irrégulière, par exemple si votre requête soulevait une question nouvelle.
Quel est le délai de prescription pour demander réparation à l'Etat pour une exposition à l'amiante ?
Le délai de prescription quadriennale s'applique aux créances contre l'Etat. Le point de départ est généralement la date à laquelle vous avez eu connaissance du préjudice, mais il peut être précisé par la jurisprudence.
Que faire si ma demande est rejetée par ordonnance alors qu'elle soulève une question nouvelle ?
Vous pouvez former un pourvoi en cassation devant le Conseil d'Etat en soutenant que l'ordonnance a été prise à tort sur le fondement du 6° de l'article R. 222-1 du CJA.
Quels sont les frais de justice que l'Etat doit rembourser si je gagne ?
En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le juge peut condamner l'Etat à vous verser une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

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