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Conseil d'État, 3ème et 8ème chambres réunies, 30 juin 2026, n° 497801

Renvoi après cassation Publication : C ECLI : ECLI:FR:CECHR:2026:497801.20260630

Synthèse de la décision

Question juridique

Le recours contre une décision refusant de reconnaître le caractère de calamité agricole d'un épisode pluvieux est-il un recours de plein contentieux ou un recours pour excès de pouvoir ?

Principe retenu

Le recours contre une décision refusant de reconnaître le caractère de calamité agricole d'un épisode pluvieux est un recours pour excès de pouvoir, et non un recours de plein contentieux. Par conséquent, le juge doit statuer sur la légalité de la décision et ne peut pas rejeter la requête comme tardive en se fondant sur la nature de plein contentieux du recours.

Faits clés

  • La société Galliot et Cie a demandé l'annulation des décisions refusant de reconnaître le caractère exceptionnel des pluies des 20 et 21 octobre 2021 en Nouvelle-Calédonie.
  • Le tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie a rejeté sa demande.
  • La cour administrative d'appel de Paris a rejeté l'appel en considérant le recours comme tardif car relevant du plein contentieux.
  • La société s'est pourvue en cassation contre cet arrêt.
  • Le Conseil d'État a annulé l'arrêt de la cour administrative d'appel en tant qu'il s'est prononcé sur la décision du gouvernement refusant de qualifier les pluies de calamité agricole.

Articles cités

article 5 de la délibération du 10 octobre 1990 article 5 bis de la délibération du 10 octobre 1990 article L. 761-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : La société Galliot et Cie a demandé au tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie d’annuler l’ensemble des décisions de la commission des calamités agricoles, du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et de la caisse d’assurances mutuelles agricoles portant refus, d’une part, de considérer que les pluies ayant affecté la Grande-Terre les 20 et 21 octobre 2021 présentaient le caractère d’épisodes pluvieux d’intensité exceptionnelle, d’autre part, de qualifier ces pluies de calamité agricole, enfin, de procéder à l’indemnisation des dommages qu’elles ont causés. Par un jugement n° 2200169 du 24 novembre 2022, ce tribunal administratif a rejeté sa demande. Par un arrêt n° 23PA00813 du 13 juin 2024, la cour administrative d'appel de Paris a rejeté l’appel formé par la société Galliot et Cie contre ce jugement. Par un pourvoi, enregistré les 12 septembre 2024 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, la société Galliot et Cie demande au Conseil d'Etat : 1°) d’annuler cet arrêt ; 2°) réglant l’affaire au fond, de faire droit à son appel ; 3°) de mettre à la charge de la Nouvelle-Calédonie la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que la cour administrative d’appel de Paris a méconnu son office et commis une erreur de droit en retenant, pour juger qu’il était tardif, que son recours constituait un recours de plein contentieux. Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2025, le Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie conclut au rejet du pourvoi et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Galliot et Cie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés. La requête a été communiquée au ministre d’Etat, ministre des outre-mer, à la ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire et au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie qui n’ont pas produit d’observations. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - la loi organique n° 99-209 du 19 mars 1999 ; - la délibération du 10 octobre 1990 du Congrès du Territoire de la Nouvelle-Calédonie et dépendances relative aux conditions d’intervention de la Nouvelle-Calédonie en vue de l’indemnisation des exploitants agricoles victimes de calamités agricoles ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de M. Paul Levasseur, auditeur, - les conclusions de M. Arnaud Skzryerbak, rapporteur public ; La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SAS Buk Lament, Robillot, avocat de la société Galliot et Cie et à la SARL Meier-Bourdeaux, Lecuyer et associés, avocat du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie ; Considérant ce qui suit : 1. La société Galliot et Cie a demandé au tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie d’annuler l’ensemble des décisions de la commission des calamités agricoles, du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et de la caisse d’assurances mutuelles agricoles portant refus, d’une part, de considérer que les pluies ayant affecté la Grande-Terre les 20 et 21 octobre 2021 présentaient le caractère d’épisodes pluvieux d’intensité exceptionnelle, d’autre part, de qualifier ces pluies de calamité agricole, enfin, de procéder à l’indemnisation des dommages qu’elles ont causés. Elle se pourvoit en cassation contre l’arrêt du 13 juin 2024 par lequel la cour administrative d’appel de Paris a rejeté son appel contre le jugement du 24 novembre 2022 du tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie qui avait rejeté sa demande. Eu égard à la teneur de ses écritures, la société requérante doit être regardée comme demandant l’annulation de cet arrêt en tant seulement qu’il se prononce sur ses conclusions dirigées contre la décision du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie refusant de qualifier de calamité agricole l’épisode pluvieux en cause. 2. Aux termes de l’article 5 de la délibération du 10 octobre 1990 du Congrès du Territoire de la Nouvelle-Calédonie et dépendances relative aux conditions d’intervention de la Nouvelle-Calédonie en vue de l’indemnisation des exploitants agricoles victimes de calamités agricoles : « peuvent être reconnus comme calamités agricoles, sur une zone déterminée, les accidents climatiques suivants, au regard des dégâts qu’ils ont provoqués sur l’activité agricole de cette zone : / (…) 2) les épisodes pluvieux d’intensité exceptionnelle ; (…) la reconnaissance du caractère exceptionnel des précipitations est proposée par la commission des calamités agricoles au vu du rapport du service de la météorologie et sur la base des critères de récurrence arrêtés par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie ; / (…) Le caractère de calamité agricole du phénomène naturel considéré est constaté par arrêté du gouvernement de la Nouvelle Calédonie ». Aux termes de l’article 5 bis de la même délibération : « la délimitation des zones sinistrées au titre des calamités agricoles et la détermination de la nature des cultures et des biens indemnisables sont arrêtées par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie au terme de la procédure suivante : / – les agriculteurs sinistrés transmettent une déclaration de sinistre à la caisse d’assurances mutuelles agricoles (CAMA) dans un délai de dix jours à compter de la survenance de l’accident climatique, cachet de la poste faisant foi ; – à l’issue de la période de dépôt des déclarations de sinistre et après examen du dossier, la commission des calamités agricoles propose à l’exécutif de la Nouvelle-Calédonie la délimitation des zones sinistrées, ainsi que la nature des cultures et des biens indemnisables de chaque zone identifiée ». Enfin, aux termes de l’article 6 de cette délibération : « (…) La liste des biens indemnisables, leurs caractéristiques et le barème des valeurs d'indemnisation sont fixés par arrêté de l'Exécutif de la Nouvelle-Calédonie, après consultation de la commission des calamités agricoles (…) ». 3. D’une part, il résulte de ces dispositions qu’avant de statuer, par des décisions individuelles, sur le montant de l’indemnisation accordée aux agriculteurs sinistrés, le Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, par un arrêté pris sur proposition de la commission des calamités agricoles, constate le caractère de calamité agricole du phénomène naturel considéré et délimite les zones sinistrées ainsi que la nature des cultures et des biens indemnisables. La contestation de cet arrêté ou du refus de prendre un tel arrêté relève du contentieux de l’excès de pouvoir. 4. D’autre part, aux termes de l’article R. 421-2 du code de justice administrative : « sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet ». Aux termes de l’article R. 421-3 du même code : « Toutefois, l'intéressé n'est forclos qu'après un délai de deux mois à compter du jour de la notification d'une décision expresse de rejet : / 1° Dans le contentieux de l'excès de pouvoir, si la mesure sollicitée ne peut être prise que par décision ou sur avis des assemblées locales ou de tous autres organismes collégiaux ». Ces dispositions sont applicables de plein droit en Nouvelle-Calédonie, en application de l’article 6-2 de la loi organique du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle-Calédonie qui dispose que « sont applicables de plein droit en Nouvelle-Calédonie, sans préjudice des dispositions les adaptant à son organisation particulière, les dispositions législatives et réglementaires qui sont relatives : / (…) 6° A la procédure administrative contentieuse ».

Questions fréquentes

Quel est le délai pour contester un refus de reconnaissance de calamité agricole ?
Le délai de recours contentieux est généralement de deux mois à compter de la notification de la décision. Toutefois, la nature du recours (excès de pouvoir ou plein contentieux) peut influencer le calcul de ce délai.
Quelle est la nature du recours contre une décision de refus de calamité agricole ?
Selon le Conseil d'État, le recours contre une décision refusant de reconnaître le caractère de calamité agricole est un recours pour excès de pouvoir, et non un recours de plein contentieux.
Puis-je demander une indemnisation pour des dommages agricoles causés par des pluies exceptionnelles ?
Oui, si les pluies sont reconnues comme calamité agricole, vous pouvez demander une indemnisation. La reconnaissance est faite par arrêté du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie sur proposition de la commission des calamités agricoles.
Quelles sont les conditions pour qu'un épisode pluvieux soit reconnu comme calamité agricole ?
L'épisode pluvieux doit être d'intensité exceptionnelle, sur une zone déterminée, et avoir provoqué des dégâts sur l'activité agricole. La reconnaissance est basée sur des critères de récurrence arrêtés par le gouvernement.
Quel tribunal est compétent pour juger un refus de calamité agricole ?
Le tribunal administratif territorialement compétent est celui du lieu de la décision. En Nouvelle-Calédonie, c'est le tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie.

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