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Conseil d'État, 1ère chambre jugeant seule, 7 novembre 2025, n° 498393

Rejet Publication : C ECLI : ECLI:FR:CECHS:2025:498393.20251107

Synthèse de la décision

Question juridique

Le Conseil d'État peut-il censurer la décision de la Cour nationale de la tarification sanitaire et sociale qui a rejeté les conclusions de l'association gestionnaire d'un EHPAD tendant à la prise en compte de charges supplémentaires dans le budget prévisionnel ?

Principe retenu

Le juge de cassation exerce un contrôle limité sur l'appréciation souveraine des juges du fond concernant le caractère manifestement excessif des charges dont le financement est demandé. Il ne peut censurer une telle appréciation que si elle est entachée de dénaturation. En l'espèce, la Cour a pu légalement juger que les charges litigieuses étaient manifestement excessives faute d'être sérieusement justifiées par un service rendu particulier ou par les coûts des établissements comparables.

Faits clés

  • L'association Le Moutier gère un EHPAD nommé Saint-Dominique dans l'Aveyron.
  • Le président du conseil départemental a fixé par arrêté du 7 juin 2022 les dépenses du groupe II du budget prévisionnel 2022 à 108 667,14 euros.
  • Le tribunal interrégional de la tarification sanitaire et sociale de Bordeaux a rejeté la demande d'annulation de l'association.
  • La Cour nationale de la tarification sanitaire et sociale a partiellement fait droit à l'appel en augmentant les dépenses du groupe II du montant des compléments de rémunération résultant d'une décision unilatérale du 17 mars 2021.
  • L'association s'est pourvue en cassation contre l'article 5 de la décision de la Cour qui rejetait le surplus de ses conclusions.

Articles cités

article L. 314-7 du code de l'action sociale et des familles article R. 351-30 du code de l'action sociale et des familles article R. 351-34 du code de l'action sociale et des familles article L. 761-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : L’association Le Moutier a demandé au tribunal interrégional de la tarification sanitaire et sociale de Bordeaux d’annuler l’arrêté du 7 juin 2022 du président du conseil départemental de l’Aveyron en tant qu’il fixe le montant des dépenses du groupe II de l’établissement d’hébergement pour personnes âgées Saint-Dominique qu’elle gère à 108 667,14 euros au titre du budget prévisionnel de l’exercice 2022. Par un jugement n° 22.011 du 8 mars 2023, le tribunal interrégional de la tarification sanitaire et sociale de Bordeaux a rejeté cette demande. Par une décision n° A23.008 du 17 juin 2024, la Cour nationale de la tarification sanitaire et sociale, saisie de l’appel formé par l’association Le Moutier, a, à l’article 1er, augmenté les dépenses du groupe II du budget prévisionnel pour l’exercice 2022 de l’établissement d’hébergement pour personnes âgées du montant des compléments de rémunération résultant de l’application à ses personnels de la décision unilatérale du 17 mars 2021, à l’article 2, réformé le jugement du 8 mars 2023 en ce qu’il avait de contraire, à l’article 3, renvoyé l’association devant le président du conseil départemental pour qu’il procède au calcul des tarifs sur la base de l’article 1er, à l’article 4, mis les frais de l’instance à la charge du département et, à l’article 5, rejeté le surplus des conclusions des parties. Par un pourvoi sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 11 octobre 2024 et 13 janvier 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, l’association Le Moutier demande au Conseil d’Etat : 1°) d’annuler l’article 5 de la décision n° A23.008 du 17 juin 2024 de la Cour nationale de la tarification sanitaire et sociale ; 2°) de mettre à la charge du département de l’Aveyron la somme de 4 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code de l’action sociale et des familles ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de M. Pierre Boussaroque, conseiller d’Etat, - les conclusions de M. Mathieu Le Coq, rapporteur public ; La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SARL Matuchansky, Poupot, Valdelièvre, Rameix, avocat de l’association Le Moutier et à la SCP Gaschignard, Loiseau, Massignon, avocat du département de l’Aveyron ; Considérant ce qui suit : 1. Il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond que l’association Le Moutier a demandé au tribunal interrégional de la tarification sanitaire et sociale de Bordeaux d’annuler l’arrêté du 7 juin 2022 du président du conseil départemental de l’Aveyron en tant qu’il fixe le montant des dépenses du groupe II de l’établissement d’hébergement pour personnes âgées Saint-Dominique qu’elle gère à 108 667,14 euros au titre du budget prévisionnel de l’exercice 2022. Par un jugement du 8 mars 2023, le tribunal interrégional de la tarification sanitaire et sociale de Bordeaux a rejeté cette demande. Par une décision du 17 juin 2024, la Cour nationale de la tarification sanitaire et sociale, saisie de l’appel formé par l’association Le Moutier contre ce jugement, a, à l’article 1er, augmenté les dépenses du groupe II du budget prévisionnel pour l’exercice 2022 de l’établissement d’hébergement pour personnes âgées du montant des compléments de rémunération résultant de l’application à ses personnels de la décision unilatérale du 17 mars 2021, à l’article 2, réformé le jugement du 8 mars 2023 en ce qu’il avait de contraire, à l’article 3, renvoyé l’association devant le président du conseil départemental pour qu’il procède au calcul des tarifs sur la base de l’article 1er, à l’article 4, mis les frais de l’instance à la charge du département et, à l’article 5, rejeté le surplus des conclusions des parties. L’association Le Moutier se pourvoit en cassation contre l’article 5 de cette décision. 2. En premier lieu, aux termes de l’article R. 351-30 du code de l’action sociale et des familles alors applicable : « Sur chaque affaire, après la présentation en séance publique du rapport, les parties elles-mêmes, ou les personnes mentionnées à l’article R. 351-19, peuvent présenter de brèves observations orales à l’appui de leurs conclusions écrites./ Le commissaire du Gouvernement donne ensuite ses conclusions et l’affaire est mise en délibéré » et aux termes de l’article R. 351-34 du même code : « Les jugements (…) contiennent les noms des parties, l’exposé sommaire de leurs moyens et conclusions, le visa des dispositions législatives ou réglementaires dont ces jugements font application. Mention y est faite que le rapporteur, les parties, s’il y a lieu, et le commissaire du Gouvernement ont été entendus (…) ». Il ne ressort pas des mentions de la décision attaquée que la parole n’aurait été donnée aux parties qu’après le prononcé des conclusions du commissaire du gouvernement et non avant. Au demeurant, cette circonstance ne serait pas de nature à entacher la décision rendue d’irrégularité. 3. En deuxième lieu, aux termes du III de l’article L. 314-7 du code de l’action sociale des familles : « L’autorité compétente en matière de tarification ne peut modifier que : / 1° Les prévisions de charges ou de produits insuffisantes ou qui ne sont pas compatibles avec les dotations de financement fixées dans les conditions prévues, selon le cas, aux articles L. 313-8, et L. 314-3 à L. 314-5 ;/ 2° Les prévisions de charges qui sont manifestement hors de proportion avec le service rendu ou avec les coûts des établissements et services fournissant des prestations comparables en termes de qualité de prise en charge ou d’accompagnement. (…) » Il résulte des termes mêmes des décisions attaquées que la Cour a jugé que les charges dont le financement était demandé étaient manifestement excessives faute d’être sérieusement justifiées par un service rendu particulier ou par les coûts des établissements comparables. Il suit de là que l’association requérante n’est pas fondée à soutenir que la Cour aurait méconnu son office et commis une erreur de droit faute d’avoir recherché si les prévisions de charges de l’établissement d’hébergement pour personnes âgées étaient manifestement hors de proportion avec le service rendu ou avec les coûts des établissements fournissant des prestations comparables, au sens et pour l’application du 2° du III de l’article L. 314-7 du code de l’action sociale et des familles. 4. En dernier lieu, c’est par une appréciation souveraine exempte de dénaturation que la Cour a jugé que les éléments fournis par l’association requérante ne contredisaient pas sérieusement les affirmations du département de l’Aveyron selon lesquelles le niveau de dépendance des personnes accueillies au sein de l’établissement ne rendait pas nécessaire la présence d’aides-soignants et qu’il s’agissait du seul établissement du département à en bénéficier. 5. Il résulte de tout ce qui précède que l’association Le Moutier n’est pas fondée à demander l’annulation de l’article 5 de la décision du 17 juin 2024 de la Cour nationale de la tarification sanitaire et sociale qu’elle attaque. 6. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’association Le Moutier une somme de 1 500 euros à verser au département de l’Aveyron au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font obstacle à ce qu’une somme soit mise à ce titre à la charge du département de l’Aveyron, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance. D E C I D E : -------------- Article 1er : Le pourvoi de l’association Le Moutier est rejeté. Article 2 : L’association Le Moutier versera une somme de 1 500 euros au département de l’Aveyron au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Article 3 : Les conclusions présentées par l’association Le Moutier au titre de l’article L.

Questions fréquentes

Comment contester le montant des dépenses fixé par le département pour un EHPAD ?
Vous pouvez saisir le tribunal interrégional de la tarification sanitaire et sociale dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêté. En appel, la Cour nationale de la tarification sanitaire et sociale est compétente, puis un pourvoi en cassation devant le Conseil d'État est possible.
Quelles sont les conditions pour obtenir la prise en charge de dépenses supplémentaires dans le budget d'un EHPAD ?
Les dépenses doivent être justifiées par un service rendu particulier ou par les coûts des établissements comparables. Si elles sont manifestement excessives, elles ne sont pas prises en charge.
Que signifie 'charges manifestement excessives' dans le cadre de la tarification des EHPAD ?
Il s'agit de dépenses qui ne sont pas sérieusement justifiées par un service rendu particulier ou par les coûts des établissements comparables, et qui apparaissent disproportionnées.
Quel est le rôle du Conseil d'État dans les litiges de tarification sanitaire et sociale ?
Le Conseil d'État juge les pourvois en cassation contre les décisions de la Cour nationale de la tarification sanitaire et sociale. Il vérifie que le droit a été correctement appliqué, sans rejuger les faits.
Peut-on se pourvoir en cassation contre une décision de la Cour nationale de la tarification sanitaire et sociale ?
Oui, un pourvoi en cassation est possible devant le Conseil d'État dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision.
Quels sont les critères pour évaluer le caractère excessif des charges d'un EHPAD ?
Les juges du fond apprécient souverainement si les charges sont manifestement excessives en tenant compte du service rendu et des coûts des établissements comparables. Le Conseil d'État ne contrôle que la dénaturation.

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