Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite
← Conseil d'État

Conseil d'État, 9ème et 10ème chambres réunies, 14 janvier 2026, n° 499482

Satisfaction totale Publication : C ECLI : ECLI:FR:CECHR:2026:499482.20260114

Synthèse de la décision

Question juridique

La condition de résidence hors Union européenne pour bénéficier de l'exonération de TVA sur les ventes aux voyageurs est-elle contraire au principe d'égalité lorsqu'elle exclut les personnes ayant une double nationalité ?

Principe retenu

Le Conseil d'État a annulé le refus d'abroger le paragraphe 34 de la circulaire du 19 août 2024, qui conditionnait l'exonération de TVA pour les voyageurs résidant hors UE à la condition qu'ils ne possèdent pas la nationalité d'un État membre de l'UE. Cette condition est jugée contraire au principe d'égalité car elle introduit une distinction fondée sur la nationalité, sans lien avec l'objectif de l'exonération qui est de favoriser les exportations. Le juge a enjoint à l'administration d'abroger ces dispositions.

Faits clés

  • M. A... a demandé l'abrogation ou la modification de la circulaire du 5 juillet 2023 relative à la vente à des voyageurs résidant dans un pays tiers à l'UE.
  • Le paragraphe 35 de cette circulaire a été abrogé et remplacé par le paragraphe 34 de la circulaire du 19 août 2024, aux termes identiques.
  • Le ministre chargé des comptes publics a implicitement rejeté la demande d'abrogation.
  • M. A... a saisi le Conseil d'État pour excès de pouvoir contre ce refus.
  • Le Conseil d'État a annulé le refus et enjoint à l'administration d'abroger le paragraphe 34 de la circulaire du 19 août 2024.

Articles cités

article 146 de la directive 2006/112/CE article 147 de la directive 2006/112/CE article 262 du code général des impôts article L. 911-1 du code de justice administrative article L. 761-1 du code de justice administrative article R. 432-4 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 6 décembre 2024 et 5 juin 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, M. B... A... demande au Conseil d'Etat : 1°) d’annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le ministre chargé des comptes publics sur sa demande tendant à l’abrogation ou à la modification de la circulaire du 5 juillet 2023 relative à la vente à des voyageurs résidant dans un pays tiers à l’Union européenne ou dans une collectivité d’outre-mer de la République ; 2°) d’enjoindre au ministre chargé des comptes publics, à titre principal, d’abroger cette circulaire et, à titre subsidiaire, de modifier son point 35 en retirant toute mention relative à une double nationalité ; 3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 ; - le code général des impôts ; - le décret n° 2025-21 du 8 janvier 2025 ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de M. Olivier Guiard, maître des requêtes, - les conclusions de Mme Céline Guibé, rapporteure publique ; La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Boré, Salve de Bruneton, Mégret, avocat de la ministre auprès du ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargée des comptes publics ; Considérant ce qui suit : Sur les écritures présentées en défense au nom de l’Etat : 1. Aux termes de l’article R. 432-4 du code de justice administrative : « L'Etat est dispensé du ministère d'avocat au Conseil d'Etat soit en demande, soit en défense, soit en intervention. Les recours et les mémoires, lorsqu'ils ne sont pas présentés par le ministère d'un avocat au Conseil d'Etat, doivent être signés par le ministre intéressé ou par le fonctionnaire ayant reçu délégation à cet effet. » Il résulte de cet article que, sauf disposition contraire, seul le ministre intéressé peut représenter l’Etat devant le Conseil d'Etat. 2. Il ressort des mémoires en défense des 14 avril et 7 juillet 2025 présentés par le ministère d’un avocat au Conseil d’Etat qu’ils l’ont été pour la ministre auprès du ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargée des comptes publics, laquelle, selon le décret du 8 janvier 2025 relatif à ses attributions, était à ces dates, par délégation du ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, compétente pour les douanes et droits indirects. Il n’y a dès lors pas lieu d’écarter ces écritures des débats. Sur l’objet de la requête : 3. Le paragraphe 35 de la circulaire du 5 juillet 2023 du ministre chargé des comptes publics relative à la vente à des voyageurs résidant dans un pays tiers à l’Union européenne ou dans une collectivité d’outre-mer de la République a été abrogé et remplacé, dans des termes identiques, par le paragraphe 34 de la circulaire du 19 août 2024 comportant le même intitulé. Dans ces conditions, la décision dont M. A... demande l’annulation pour excès de pouvoir doit être regardée comme étant le refus implicite du ministre chargé des comptes publics d’abroger ou de modifier, non pas le paragraphe 35 de la circulaire du 5 juillet 2023 mais le paragraphe 34 de la circulaire du 19 août 2024. Sur la légalité du paragraphe 34 de la circulaire du 19 août 2024 : 4. D’une part, aux termes de l’article 146 de la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée : « 1. Les États membres exonèrent les opérations suivantes : / (…) / b) les livraisons de biens expédiés ou transportés par l'acquéreur non établi sur leur territoire respectif, ou pour son compte, en dehors de la Communauté (…) ». Aux termes de l’article 147 de cette directive : « 1. Dans le cas où la livraison visée à l'article 146, paragraphe 1, point b), porte sur des biens à emporter dans les bagages personnels de voyageurs, l'exonération ne s'applique que lorsque les conditions suivantes sont réunies : / a) le voyageur n’est pas établi dans la Communauté ; / (…) / 2. Aux fins du paragraphe 1, on entend par « voyageur qui n'est pas établi dans la Communauté » le voyageur dont le domicile ou la résidence habituelle n’est pas situé dans la Communauté. Dans ce cas on entend par « domicile ou résidence habituelle » le lieu mentionné comme tel sur le passeport, la carte d'identité ou tout autre document reconnu comme valant pièce d'identité par l'État membre sur le territoire duquel la livraison est effectuée (…) ». 5. D’autre part, aux termes de l’article 262 du code général des impôts : « I.- Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée : / (…) / 2° les livraisons de biens expédiés ou transportés par l'acheteur qui n'est pas établi en France, ou pour son compte, hors de la Communauté européenne (…). / Lorsque la livraison porte sur des biens à emporter dans les bagages personnels de voyageurs, l'exonération s'applique si les conditions suivantes sont réunies : / a. le voyageur n'a pas son domicile ou sa résidence habituelle en France ou dans un autre Etat membre de la Communauté européenne (…) ». 6. Il résulte des dispositions du 2° du I de l’article 262 du code général des impôts citées au point 5, interprétées à la lumière des articles 146 et 147 de la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 cités au point 4, dont elles assurent la transposition, que l’exonération de taxe sur la valeur ajoutée prévue en faveur des livraisons de biens emportés dans les bagages personnels du voyageur qui les a acquis est subordonnée à la condition que son domicile ou sa résidence habituelle soit situé en dehors de l’Union européenne, et que cette condition doit être appréciée au regard du lieu mentionné comme tel sur le passeport de l’intéressé, sa carte d’identité ou tout autre document équivalent reconnu par les autorités publiques françaises. 7. Aux termes des paragraphes 33 et 34 de la circulaire du 19 août 2024 contestée : « 33. Au moment de l’achat, le voyageur doit pouvoir justifier de sa qualité de résident hors de l’Union européenne. / 34. Cette justification de la qualité de résident hors de l’Union européenne est apportée par le voyageur en présentant au vendeur : / - l’original de son passeport, ou sa version numérisée authentifiée par l’opérateur, en cours de validité (comportant une adresse hors de l'Union européenne) pour les voyageurs non ressortissants d’un État membre de l’Union européenne ; / - l’original de son passeport, ou sa version numérisée authentifiée par l’opérateur, en cours de validité et un document officiel en cours de validité (carte d’immatriculation consulaire, green card ou toute autre carte de résident d’un état tiers à l’Union européenne, attestation d’inscription au registre des Français établis hors de France) pour les voyageurs ressortissants d’un État membre de l’Union européenne et expatriés dans un pays tiers. / Les personnes bénéficiant d’une double nationalité et dont l’une correspond à celles d’un pays de l’Union européenne doivent également présenter ces deux documents. / La présentation de l’original du passeport, ou de sa version numérisée authentifiée par l’opérateur de détaxe réputé vendeur agissant sous le modèle de l’achat-revente, est obligatoire ». 8.

Questions fréquentes

Puis-je bénéficier de la détaxe si j'ai la double nationalité française et algérienne ?
Oui, selon la décision du Conseil d'État, la condition de résidence hors UE ne peut pas exclure les personnes ayant une double nationalité, car cela porterait atteinte au principe d'égalité.
Quelles sont les conditions pour obtenir le remboursement de la TVA lors d'un achat en France ?
Les conditions sont fixées par la directive 2006/112/CE et le code général des impôts : le voyageur doit résider hors de l'UE et les biens doivent être emportés dans ses bagages personnels. La nationalité n'est pas un critère pertinent.
La détaxe est-elle refusée aux personnes ayant une nationalité européenne ?
Non, la détaxe est refusée uniquement si la personne réside dans l'UE, quelle que soit sa nationalité. La double nationalité ne peut pas être un motif de refus.
Comment demander l'abrogation d'une circulaire fiscale ?
Vous pouvez adresser une demande écrite au ministre chargé des comptes publics. En cas de refus implicite ou explicite, vous pouvez saisir le juge administratif dans un délai de deux mois.
Quel est le délai pour contester un refus d'abrogation d'un acte administratif ?
Le recours contentieux doit être formé dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de refus ou de l'expiration du délai de deux mois de silence gardé.
Quels sont les recours contre une circulaire illégale ?
Vous pouvez demander son abrogation à l'administration, puis contester le refus devant le juge administratif (recours pour excès de pouvoir).

Décisions liées

💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision du Conseil d'État à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé.