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Conseil d'État, 2ème chambre jugeant seule, 12 février 2026, n° 499975

Rejet Publication : C ECLI : ECLI:FR:CECHS:2026:499975.20260212

Synthèse de la décision

Question juridique

Le décret du Premier ministre s'opposant à l'acquisition de la nationalité française pour indignité est-il légal lorsque le demandeur a dissimulé sa résidence à l'étranger et perçu indûment des prestations sociales ?

Principe retenu

Le Gouvernement peut s'opposer par décret en Conseil d'Etat à l'acquisition de la nationalité française par le conjoint étranger pour indignité ou défaut d'assimilation. La dissimulation de l'installation à l'étranger et la perception indue de prestations sociales, eu égard à leur gravité, leur caractère répété et récent, peuvent caractériser une indignité. Le délai de deux ans pour s'opposer court à compter de la délivrance du récépissé prévu à l'article 26 du code civil.

Faits clés

  • M. B..., ressortissant marocain, a souscrit une déclaration d'acquisition de la nationalité française le 10 mai 2022, en raison de son mariage avec une ressortissante française.
  • Le récépissé prévu à l'article 26 du code civil a été délivré le 17 mai 2022.
  • Depuis novembre 2020, M. B... et sa famille résident au Maroc, mais ont dissimulé cette installation à l'étranger.
  • La famille a perçu indûment des prestations sociales de la CAF des Bouches-du-Rhône pour un montant total de 21 305,70 euros jusqu'en janvier 2023.
  • Le décret attaqué a été signé le 15 mai 2024, dans le délai de deux ans à compter du récépissé.

Articles cités

article 21-2 du code civil article 21-4 du code civil article 26 du code civil article 15 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 article L. 761-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Par une requête sommaire, un mémoire complémentaire et un mémoire en réplique, enregistrés les 23 décembre 2024, 24 mars 2025 et 5 septembre 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, M. A... B... demande au Conseil d’Etat : 1°) d’annuler pour excès de pouvoir le décret du 15 mai 2024 lui refusant l’acquisition de la nationalité française ; 2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 4 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code civil ; - le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de Mme Liza Bellulo, maîtresse des requêtes, - les conclusions de M. Clément Malverti, rapporteur public, La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SARL Thouvenin, Coudray, Grevy, avocat de M. B... ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes de l’article 21-2 du code civil : « L’étranger (…) qui contracte mariage avec un conjoint de nationalité française peut, après un délai de quatre ans à compter du mariage, acquérir la nationalité française par déclaration à condition qu’à la date de cette déclaration la communauté de vie tant affective que matérielle n’ait pas cessé entre les époux depuis le mariage et que le conjoint ait conservé sa nationalité. (…) » L’article 21-4 du même code prévoit toutefois que : « Le Gouvernement peut s’opposer par décret en Conseil d’Etat, pour indignité ou défaut d’assimilation, autre que linguistique, à l’acquisition de la nationalité française par le conjoint étranger dans un délai de deux ans à compter de la date du récépissé prévu au deuxième alinéa de l’article 26 ou, si l’enregistrement a été refusé, à compter du jour où la décision judiciaire admettant la régularité de la déclaration est passée en force de chose jugée. (…) » 2. M. B..., ressortissant marocain, a souscrit le 10 mai 2022 une déclaration en vue d’acquérir la nationalité française à raison de son mariage avec une ressortissante française. Par le décret attaqué, le Premier ministre s’est opposé à cette acquisition pour indignité. 3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le moyen pris de ce que le décret attaqué serait intervenu sans qu’il ait été procédé à l’entretien individuel prévu par l’article 15 du décret du 30 décembre 1993 visé ci-dessus manque en fait. 4. En deuxième lieu, le délai de deux ans imparti par l’article 21-4 du code civil pour s’opposer à l’acquisition de la nationalité française commence à courir à compter de la date du récépissé prévu au deuxième alinéa de l’article 26 de ce code. Il ressort des pièces du dossier que ce récépissé a été délivré le 17 mai 2022. Ainsi, alors même qu’il n’a été notifié à l’intéressé que le 22 octobre 2024, le décret attaqué, intervenu le 15 mai 2024, est intervenu dans le délai imparti par les dispositions de l’article 21-4 du code civil citées au point 1. 5. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que, depuis novembre 2020, M. B... et sa famille ne résident plus sur le territoire français mais au Maroc et qu’après son départ du territoire français, la famille a dissimulé son installation à l’étranger afin de continuer à percevoir diverses prestations sociales versées par la caisse d’allocations familiales des Bouches-du-Rhône pour un montant total de 21 305,70 euros sur une période allant jusqu’en janvier 2023. Si le requérant soutient que seule son épouse était en charge des démarches auprès de la caisse et que dès lors, il ne peut être tenu pour responsable de ces manœuvres frauduleuses, il ressort des pièces du dossier, d’une part, que l’ensemble des prestations a été versé aux deux époux, et d’autre part que la notification de la pénalité administrative pour dissimulation de résidence à l’étranger leur a été solidairement adressée par la caisse d’allocations familiales. En estimant, dans ces conditions, que la dissimulation de son installation à l’étranger auprès de la caisse d’allocation familiales des Bouches-du-Rhône et la perception indue de diverses prestations sociales, eu égard à la gravité de ces faits ainsi qu’à leur caractère répété et récent, rendaient M. B... indigne d’acquérir la nationalité française, le Premier ministre n’a pas commis d’erreur de fait ni procédé à une inexacte appréciation des circonstances de l’espèce. 6. Il résulte de ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation pour excès de pouvoir du décret du 15 mai 2024 par lequel le Premier ministre lui a refusé l’acquisition de la nationalité française. Sa requête doit, par suite, être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. D E C I D E : -------------- Article 1er : La requête de M. B... est rejetée. Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A... B..., au Premier ministre et au ministre de l’intérieur. Délibéré à l'issue de la séance du 29 janvier 2026 où siégeaient : M. Alain Seban, président de chambre, présidant ; M. Jean-Yves Ollier, conseiller d'Etat et Mme Liza Bellulo, maîtresse des requêtes-rapporteure. Rendu le 12 février 2026. Le président : Signé : M. Alain Seban La rapporteure : Signé : Mme Liza Bellulo La secrétaire : Signé : Mme Sandrine Mendy

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'indignité dans le cadre de l'acquisition de la nationalité française ?
L'indignité est un motif permettant au gouvernement de s'opposer à l'acquisition de la nationalité française. Elle peut résulter de comportements graves, répétés et récents, comme la fraude aux prestations sociales.
Quel est le délai pour que le gouvernement s'oppose à l'acquisition de la nationalité ?
Le gouvernement dispose d'un délai de deux ans à compter de la délivrance du récépissé prévu à l'article 26 du code civil pour s'opposer par décret en Conseil d'Etat.
Que se passe-t-il si je dissimule ma résidence à l'étranger ?
La dissimulation de résidence à l'étranger peut être considérée comme un manquement à la probité et constituer un motif d'indignité, surtout si elle s'accompagne de perception indue de prestations sociales.
Puis-je être tenu responsable des fraudes commises par mon conjoint ?
Si les prestations sont versées solidairement aux deux époux et que la notification de pénalité est adressée aux deux, vous pouvez être considéré comme responsable, même si vous n'avez pas personnellement effectué les démarches.
Comment contester un décret de refus de nationalité ?
Vous pouvez former un recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d'Etat dans un délai de deux mois à compter de la notification du décret.

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