Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite
← Conseil d'État

Conseil d'État, 2ème chambre jugeant seule, 21 novembre 2025, n° 499989

Rejet Publication : C ECLI : ECLI:FR:CECHS:2025:499989.20251121

Synthèse de la décision

Question juridique

Le décret rapportant une naturalisation pour fraude est-il légal lorsque la notification de l'intention de retrait a été retournée à l'administration en raison d'un changement de domicile non signalé ?

Principe retenu

La notification de l'intention de retirer un décret de naturalisation est réputée valablement effectuée à la date de première présentation du pli recommandé, même si l'intéressé ne l'a pas réclamé, dès lors qu'il avait organisé la réexpédition de son courrier vers l'adresse où le pli a été présenté. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure est écarté.

Faits clés

  • M. C..., ressortissant tunisien, a demandé la naturalisation le 20 février 2015 en déclarant être célibataire et sans enfant.
  • Il a été naturalisé par décret du 8 juin 2016, publié le 10 juin 2016.
  • Le 23 août 2017, le ministre des affaires étrangères a informé le ministre de l'intérieur que M. C... avait épousé le 24 août 2015, avant sa naturalisation.
  • Le décret du 2 août 2019 a rapporté la naturalisation pour mensonge ou fraude.
  • La lettre l'informant du projet de retrait a été présentée le 2 mars 2019 mais non réclamée, retournée à l'administration.

Articles cités

article 27-2 du code civil articles 59 et 62 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 23 décembre 2024 et 21 mars 2025, M. D... C... demande au Conseil d’Etat : 1°) d’annuler pour excès de pouvoir le décret du 2 août 2019 rapportant le décret de naturalisation du 8 juin 2016 ; 2°) d’enjoindre au Premier ministre, à titre principal, de le rétablir dans la nationalité française dans un délai d’un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer un nouveau passeport ainsi qu’une carte d’identité dans une délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour ; 3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 4 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code civil ; - le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de Mme Amélie Fort-Besnard, maîtresse des requêtes, - les conclusions de Mme Dorothée Pradines, rapporteure publique, La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Bouzidi, Bouhanna, avocat de M. C... ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes des dispositions de l’article 27-2 du code civil : « Les décrets portant acquisition, naturalisation ou réintégration peuvent être rapportés sur avis conforme du Conseil d'Etat dans le délai de deux ans à compter de leur publication au Journal officiel si le requérant ne satisfait pas aux conditions légales ; si la décision a été obtenue par mensonge ou fraude, ces décrets peuvent être rapportés dans le délai de deux ans à partir de la découverte de la fraude ». 2. Il ressort des pièces du dossier que M. C..., ressortissant tunisien, a déposé une demande de naturalisation auprès du sous-préfet du Raincy le 20 février 2015, dans laquelle il a indiqué être célibataire et sans enfant. Au vu de ses déclarations, il a été naturalisé par décret 8 juin 2016, publié au Journal officiel de la République française du 10 juin 2016. Toutefois, par bordereau reçu le 23 août 2017, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères a informé le ministre de l’intérieur, chargé des naturalisations, que M. C... avait épousé, à Sakiet Ezzit (Tunisie), Mme A... B..., ressortissante tunisienne résidant habituellement à l’étranger le 24 août 2015, soit antérieurement à sa naturalisation. Par décret du 2 août 2019, publié au Journal officiel de la République française du 4 août 2019, le Premier ministre a rapporté le décret du 8 juin 2016 au motif qu’il avait été pris au vu d’informations mensongères délivrées par M. C... quant à sa situation familiale. M. C... demande l’annulation pour excès de pouvoir de ce décret. 3. Aux termes des dispositions combinées des articles 59 et 62 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, lorsque le Gouvernement a l’intention de retirer un décret de naturalisation, il notifie, en la forme administrative ou par lettre recommandée avec demande d’avis de réception, les motifs de droit et de fait motivant le retrait à l’intéressé, qui dispose d'un délai d’un mois à compter de la notification pour faire parvenir ses observations en défense. Lorsque le domicile de l’intéressé est inconnu, il incombe au Gouvernement de publier un avis informatif au Journal officiel de la République française. 4. Il ressort des pièces du dossier que le ministre de l’intérieur a informé M. C... des motifs de droit et de fait justifiant l’intention du Gouvernement de procéder au retrait du décret le naturalisant et l’a invité à présenter ses observations par une lettre recommandée avec accusé de réception présentée le 2 mars 2019. Le pli n’a pas été réclamé aux services postaux qui l’ont retourné au ministre de l’intérieur à l’expiration du délai de mise en instance postale. Si le requérant fait valoir qu’il avait changé de domicile et qu’il n’était pas légalement tenu, postérieurement à l’acquisition de la nationalité française, d’en informer l’administration, il ressort des pièces du dossier qu’il avait organisé la réexpédition de son courrier vers l’adresse à laquelle la lettre l’informant d’un projet de retrait du décret l’ayant naturalisé lui a été adressée. Dans ces conditions, la notification de cette lettre doit être regardée comme étant intervenue à la date de la première présentation du pli par les services postaux, le 2 mars 2019. Par suite, le moyen tiré de ce que le décret attaqué aurait été pris au terme d’une procédure irrégulière ne peut qu’être écarté. 5. Il résulte de ce qui précède que M. C... n’est pas fondé à demander l’annulation pour excès de pouvoir du décret du 2 août 2019 rapportant le décret du 8 juin 2016 lui accordant la nationalité française. Ses conclusions à fin d’injonction ainsi que celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent par conséquent qu’être rejetées. D E C I D E : -------------- Article 1er : La requête de M. C... est rejetée. Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D... C... et au ministre de l’intérieur. Délibéré à l'issue de la séance du 23 octobre 2025 où siégeaient : M. Jean-Yves Ollier, conseiller d'Etat, présidant ; M. Jérôme Goldenberg, conseiller d’Etat en service extraordinaire et Mme Amélie Fort-Besnard, maîtresse des requêtes-rapporteure. Rendu le 21 novembre 2025. Le président : Signé : M. Jean-Yves Ollier La rapporteure : Signé : Mme Amélie Fort-Besnard Le secrétaire : Signé : M. Guillaume Auge

Questions fréquentes

Puis-je perdre la nationalité française si j'ai menti lors de ma demande de naturalisation ?
Oui, si le mensonge ou la fraude est découvert dans un délai de deux ans à compter de la découverte de la fraude, le décret de naturalisation peut être rapporté.
Que se passe-t-il si je ne reçois pas la lettre m'informant du retrait de ma naturalisation ?
La notification est réputée valable si la lettre a été présentée à votre adresse, même si vous ne l'avez pas réclamée, à condition que vous ayez organisé la réexpédition de votre courrier.
Comment contester un décret de retrait de naturalisation ?
Vous pouvez former un recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d'État dans un délai de deux mois à compter de la publication du décret.
Quels sont mes droits si l'administration veut me retirer la nationalité ?
Vous devez être informé des motifs et avoir la possibilité de présenter des observations dans un délai d'un mois avant le retrait.
Est-ce que je dois signaler mon changement d'adresse après ma naturalisation ?
Il est recommandé de le faire pour recevoir les courriers importants, mais l'obligation légale n'est pas claire. Cependant, si vous organisez la réexpédition, la notification sera valable.

Décisions liées

💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision du Conseil d'État à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé.