Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite
← Conseil d'État

Conseil d'État, 2ème chambre jugeant seule, 12 février 2026, n° 500015

Rejet Publication : C ECLI : ECLI:FR:CECHS:2026:500015.20260212

Synthèse de la décision

Question juridique

Le décret de déchéance de nationalité pris à l'encontre d'une personne condamnée pour des faits de terrorisme est-il légal et proportionné au regard de l'article 8 de la CESDH ?

Principe retenu

La déchéance de la nationalité française peut être prononcée par décret après avis conforme du Conseil d'Etat à l'encontre d'une personne condamnée pour un acte de terrorisme, sous réserve des conditions de délai prévues à l'article 25-1 du code civil. Cette sanction, qui affecte un élément constitutif de l'identité, doit être proportionnée au regard du droit au respect de la vie privée garanti par l'article 8 de la CESDH. En l'espèce, eu égard à la gravité des faits de financement et de soutien à une organisation terroriste, la déchéance n'est pas disproportionnée.

Faits clés

  • Mme C... a été condamnée le 29 novembre 2018 par la cour d'assises des mineurs de B... pour participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme et financement d'entreprise terroriste.
  • Les faits reprochés consistent en un soutien financier et logistique à l'organisation Etat islamique, notamment en fournissant des fonds à des membres de cette organisation.
  • Elle a également apporté un soutien logistique et moral à son frère parti en zone irako-syrienne et est restée en contact avec des membres de l'organisation.
  • Après sa mise en examen le 6 novembre 2015, elle a tenté de rejoindre la zone irako-syrienne sous une fausse identité.
  • Le décret de déchéance a été pris le 23 octobre 2024, soit dans le délai de quinze ans suivant la condamnation.

Articles cités

article 25 du code civil article 25-1 du code civil article 421-2-1 du code pénal article 421-2-2 du code pénal article 8 de la CESDH article L. 761-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Par une requête, enregistrée le 24 décembre 2024 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, Mme A... C... demande au Conseil d’Etat : 1°) d’annuler pour excès de pouvoir le décret du 23 octobre 2024 l’ayant déchue de la nationalité française ; 2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 4 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ; - le code civil ; - le code pénal ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de Mme Liza Bellulo, maîtresse des requêtes, - les conclusions de M. Clément Malverti, rapporteur public ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes de l’article 25 du code civil : « L'individu qui a acquis la qualité de Français peut, par décret pris après avis conforme du Conseil d'Etat, être déchu de la nationalité française, sauf si la déchéance a pour résultat de le rendre apatride : / 1° S'il est condamné pour un acte qualifié de crime ou délit constituant une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou pour un crime ou un délit constituant un acte de terrorisme (…) ». L’article 25-1 du même code ne permet la déchéance de la nationalité dans ce cas qu’à la condition que les faits aient été commis moins de quinze ans auparavant et qu’ils aient été commis soit avant l’acquisition de la nationalité française, soit dans un délai de quinze ans à compter de cette acquisition. 2. L’article 421-2-1 du code pénal qualifie d’acte de terrorisme « le fait de participer à un groupement formé ou à une entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, d’un des actes de terrorisme » mentionnés aux articles 421-1 et 421-2 du même code pénal. 3. Par un décret du 23 octobre 2024 pris sur le fondement des articles 25 et 25-1 du code civil, Mme C... a été déchue de la nationalité française après avoir été condamnée par un arrêt de la cour d’assises des mineurs de B... en date du 29 novembre 2018 pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un acte de terrorisme et financement d’entreprise terroriste, infractions prévues aux articles 421-2-1 et 421-2-2 du code pénal. Mme C... demande l’annulation pour excès de pouvoir de ce décret. 4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C... a été condamnée à la peine mentionnée ci-dessus pour des faits qualifiés de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un acte de terrorisme et financement d’entreprise terroriste. Il ressort des constatations de fait auxquelles a procédé le juge pénal que Mme C... a participé au financement de l’organisation terroriste Etat islamique en fournissant, réunissant et gérant des fonds bénéficiant à des membres de cette organisation, apporté un soutien logistique et moral à son frère parti rejoindre les rangs de cette organisation en zone irako-syrienne, est par la suite restée en contact avec des membres de cette organisation ainsi qu’avec sa belle-sœur, également présente en zone irako-syrienne et qu’après sa mise en examen le 6 novembre 2015, elle a organisé et mis en œuvre son propre départ vers cette zone sous la fausse identité de sa sœur. 5. Eu égard à la nature et à la gravité des faits commis par la requérante qui ont conduit à sa condamnation pénale, la sanction de déchéance de la nationalité française prise à son encontre est légalement justifiée sans que son comportement postérieur à ces faits permette de remettre en cause cette appréciation. 6. En second lieu, un décret portant déchéance de la nationalité française affecte un élément constitutif de l’identité de la personne concernée et est ainsi susceptible de porter atteinte au droit au respect de sa vie privée. Eu égard à la gravité des faits commis par la requérante et à l’ensemble des circonstances de l’espèce, le décret attaqué n’a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. 7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C... n’est pas fondée à demander l’annulation pour excès de pouvoir du décret qu’elle attaque. Ses conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent, en conséquence, qu’être rejetées. D E C I D E : -------------- Article 1er : La requête de Mme C... est rejetée. Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A... C... et au ministre de l’intérieur. Délibéré à l'issue de la séance du 29 janvier 2026 où siégeaient : M. Alain Seban, président de chambre, présidant ; M. Jean-Yves Ollier, conseiller d'Etat et Mme Liza Bellulo, maîtresse des requêtes-rapporteure. Rendu le 12 février 2026. Le président : Signé : M. Alain Seban La rapporteure : Signé : Mme Liza Bellulo La secrétaire : Signé : Mme Sandrine Mendy

Questions fréquentes

Quelles sont les conditions pour être déchu de la nationalité française ?
La déchéance de nationalité peut être prononcée par décret après avis conforme du Conseil d'Etat pour des faits de terrorisme ou d'atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation, sous réserve que la personne ne devienne pas apatride et que les faits aient été commis dans les délais prévus (moins de 15 ans avant ou après l'acquisition de la nationalité).
La déchéance de nationalité est-elle proportionnée au regard du droit à la vie privée ?
Le Conseil d'Etat vérifie que la déchéance ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée garanti par l'article 8 de la CESDH. En cas de faits graves de terrorisme, la déchéance est généralement jugée proportionnée.
Quel est le délai pour prononcer la déchéance de nationalité après une condamnation ?
Selon l'article 25-1 du code civil, la déchéance ne peut être prononcée que si les faits ont été commis moins de quinze ans auparavant, soit avant l'acquisition de la nationalité, soit dans un délai de quinze ans après cette acquisition.
Peut-on être déchu de la nationalité française si l'on devient apatride ?
Non, l'article 25 du code civil prévoit que la déchéance ne peut pas avoir pour résultat de rendre la personne apatride.
Quels sont les recours contre un décret de déchéance de nationalité ?
Le décret de déchéance peut être contesté devant le Conseil d'Etat par un recours pour excès de pouvoir dans un délai de deux mois à compter de sa notification.

Décisions liées

💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision du Conseil d'État à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé.