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Conseil d'État, 8ème chambre jugeant seule, 17 décembre 2025, n° 500469

Renvoi après cassation Publication : C ECLI : ECLI:FR:CECHS:2025:500469.20251217

Synthèse de la décision

Question juridique

La cour administrative d'appel a-t-elle omis de statuer sur le moyen tiré de l'absence d'intention délibérée d'éluder l'impôt, justifiant l'annulation de son arrêt en tant qu'il rejette les conclusions tendant à la décharge des majorations pour manquement délibéré ?

Principe retenu

L'omission de statuer sur un moyen opérant constitue une irrégularité de l'arrêt. Lorsque les requérants contestent les majorations pour manquement délibéré en soutenant que leur intention délibérée d'éluder l'impôt n'est pas établie, la cour doit se prononcer sur ce moyen. À défaut, son arrêt est annulé dans cette mesure.

Faits clés

  • M. et Mme A... ont cédé le 30 juin 2015 des actions de la société DNCA et Cie, obtenues en rémunération d'apports de titres effectués le 28 juillet 2011.
  • L'administration fiscale a substitué l'abattement de droit commun de 65 % à l'abattement renforcé de 85 % appliqué par les contribuables.
  • Des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contributions sociales et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus ont été mises à la charge des contribuables au titre de l'année 2015.
  • Ces impositions ont été assorties de la majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue à l'article 1729 du CGI, uniquement pour M. et Mme C... et E... A...
  • Devant la cour administrative d'appel, les requérants ont contesté ces majorations en soutenant que l'intention délibérée d'éluder l'impôt n'était pas établie.

Articles cités

article 150-0 D du code général des impôts article 1729 du code général des impôts

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Par une décision du 21 juillet 2025, le Conseil d’Etat, statuant au contentieux a prononcé l’admission partielle des conclusions du pourvoi de M. et Mme C... et E... A..., M. D... A... et M. B... A... dirigées contre l’arrêt nos 23PA02984, 23PA02985, 23PA02986 du 14 novembre 2024 de la cour administrative d’appel de Paris en tant qu’il a rejeté leurs conclusions tendant à la décharge des pénalités pour manquement délibéré dont ont été assorties les impositions supplémentaires mises à la charge de M. et Mme C... et E... A... au titre de l’année 2015. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de M. Vincent Mahé, conseiller d'Etat, - les conclusions de M. Charles-Emmanuel Airy, rapporteur public ; La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Piwnica & Molinié, avocat des Consorts A... ; Considérant ce qui suit : 1. Il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond qu’à la suite d’un contrôle sur pièces, l’administration fiscale a substitué l’abattement de droit commun de 65 % prévu au b du 1 ter de l’article 150-0 D du code général des impôts à l’abattement renforcé de 85 % prévu au 3° du A du 1 quater du même article que M. et Mme C... et E... A..., M. D... A... et M. B... A... avaient, en souscrivant leurs déclarations de revenus au titre de l’année 2005, estimé applicable à la plus-value résultant de la cession, le 30 juin 2015, des actions de la société DNCA et Cie qu’ils avaient obtenues en rémunération d’apports de titres de la société DNCA Finances effectués le 28 juillet 2011. L’administration les a, en conséquence, assujettis à des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu, de contributions sociales et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus au titre de l’année 2015, assorties, en ce qui concerne M. et Mme C... et E... A..., de la majoration pour manquement délibéré de 40 % prévue par l’article 1729 du code général des impôts. Par une décision du 21 juillet 2025, le Conseil d’Etat, statuant au contentieux a admis le pourvoi formé par MM. et Mme A... contre l’arrêt du 14 novembre 2014 de la cour administrative de Paris en tant seulement que celui-ci statue sur leurs conclusions tendant à la décharge de ces majorations. 2. Devant la cour administrative d’appel de Paris, les requérants avaient soutenu que les majorations de 40 % qui avaient été infligées à M. et Mme C... et E... A... n’étaient pas justifiées, dès lors que leur intention délibérée d’éluder l’impôt n’était pas établie. La cour ne s’est pas prononcée sur ce moyen, qui n’était pas inopérant. Par suite, MM. et Mme A... sont fondés à demander l’annulation de son arrêt en tant qu’il se prononce sur leurs conclusions tendant à la décharge de ces majorations. D E C I D E : -------------- Article 1er : L’arrêt du 14 novembre 2024 de la cour administrative d’appel de Paris est annulé en tant qu’il a statué sur les conclusions de MM. et Mme A... tendant à la décharge des majorations dont ont été assorties les impositions supplémentaires mises à la charge de M. et Mme C... et E... A... au titre de l’année 2015. Article 2 : L’affaire est renvoyée, dans la mesure de la cassation prononcée à l’article 1er, à la cour administrative d’appel de Paris. Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. et Mme C... et E... A..., premiers dénommés, pour l’ensemble des requérants, et à la ministre de l’action et des comptes publics.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la majoration pour manquement délibéré ?
C'est une pénalité de 40 % appliquée aux suppléments d'impôt lorsque le contribuable a délibérément cherché à éluder l'impôt.
Comment contester une majoration pour manquement délibéré ?
Il faut démontrer que l'intention délibérée d'éluder l'impôt n'est pas établie, par exemple en prouvant une erreur de bonne foi.
Qu'est-ce que l'abattement de 85 % sur les plus-values ?
C'est un abattement renforcé applicable aux plus-values de cession de titres détenus depuis au moins 8 ans, sous conditions.
Que se passe-t-il si l'administration remet en cause un abattement ?
Elle peut procéder à un contrôle et notifier des suppléments d'imposition, assortis éventuellement de pénalités.
Qu'est-ce qu'une omission de statuer ?
C'est le fait pour un juge de ne pas répondre à un moyen soulevé par une partie, ce qui peut entraîner l'annulation de sa décision.

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