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Conseil d'État, 10ème chambre jugeant seule, 16 avril 2026, n° 501060

Rejet PAPC Publication : D ECLI : ECLI:FR:CECHS:2026:501060.20260416

Synthèse de la décision

Question juridique

Le pourvoi en cassation contre une ordonnance de référé rejetant une demande de provision pour préjudice moral résultant de conditions de détention indignes est-il fondé sur un moyen sérieux ?

Principe retenu

Le pourvoi en cassation devant le Conseil d'État fait l'objet d'une procédure préalable d'admission. L'admission est refusée si le pourvoi est irrecevable ou n'est fondé sur aucun moyen sérieux. En l'espèce, les moyens soulevés par le requérant, relatifs à l'appréciation des conditions de détention, ne sont pas de nature à permettre l'admission du pourvoi.

Faits clés

  • M. A... a demandé au juge des référés du tribunal administratif de la Guyane une provision de 3 000 euros en réparation du préjudice moral subi du fait de ses conditions de détention au centre pénitentiaire de Remire-Montjoly.
  • Le juge des référés a rejeté sa demande par une ordonnance du 10 décembre 2024.
  • M. A... a formé un pourvoi en cassation contre cette ordonnance, transmis au Conseil d'État par le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux.
  • Le requérant soutenait notamment que l'ordonnance était entachée d'erreur de droit en ce qu'elle considérait qu'il lui appartenait d'établir l'existence et la gravité des manquements, et qu'elle appréciait séparément les manquements au lieu d'une appréciation globale.
  • Le Conseil d'État a jugé qu'aucun des moyens n'était de nature à permettre l'admission du pourvoi.

Articles cités

article R. 541-1 du code de justice administrative article L. 822-1 du code de justice administrative article R. 351-2 du code de justice administrative article L. 761-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : M. B... A... a demandé au juge des référés du tribunal administratif de la Guyane, sur le fondement de l’article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner l’Etat à lui verser une provision de 3 000 euros en réparation du préjudice moral qu’il estime avoir subi du fait de ses conditions de détention au centre pénitentiaire de Remire-Montjoly. Par une ordonnance n° 2400484 du 10 décembre 2024, le juge des référés du tribunal a rejeté sa demande. Par une ordonnance n° 24BX03059 du 29 janvier 2025, enregistrée le même jour au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, le président de la cour administrative d’appel de Bordeaux a transmis au Conseil d’Etat, en application de l’article R. 351-2 du code de justice administrative, le pourvoi, enregistré le 23 décembre 2024 au greffe de cette cour, présenté par M. A.... Par ce pourvoi et un nouveau mémoire, enregistré le 2 juin 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, M. A... demande au Conseil d’Etat : 1°) d’annuler l’ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de la Guyane du 10 décembre 2024 ; 2°) statuant en référé, de faire droit à sa demande ; 3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ; - le code pénitentiaire ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de M. Renaud Vedel, conseiller d'Etat, - les conclusions de Mme Charline Nicolas, rapporteure publique ; La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Sevaux, Mathonnet, avocat de M. B... A... ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes de l’article L. 822-1 du code de justice administrative : « Le pourvoi en cassation devant le Conseil d’Etat fait l’objet d’une procédure préalable d’admission. L’admission est refusée par décision juridictionnelle si le pourvoi est irrecevable ou n’est fondé sur aucun moyen sérieux ». 2. Pour demander l’annulation de l’ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de la Guyane qu’il attaque, M. A... soutient qu’elle est entachée : - d’erreur de droit et de dénaturation des pièces du dossier en ce qu’elle considère qu’il lui appartient d’établir l’existence et la gravité des manquements allégués au titre de ses conditions de détention ; - d’erreur de droit en ce qu’elle considère que l’espace individuel dont il dispose dans sa cellule suffit à écarter le caractère indigne de ses conditions de détention, sans tenir compte de l’emprise de l’ameublement dans la cellule ; - d’erreur de droit en ce qu’elle apprécie séparément ses allégations concernant l’espace individuel dont il dispose dans sa cellule et les autres manquements dans ses conditions de détention, sans procéder à une appréciation globale ; - d’erreur de qualification juridique des faits en ce qu’elle considère que les effets cumulés des divers manquements allégués ne sont pas constitutifs de conditions de détention attentatoires à la dignité humaine. 3. Aucun de ces moyens n’est de nature à permettre l’admission du pourvoi. D E C I D E : -------------- Article 1er : Le pourvoi de M. A... n’est pas admis. Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B... A.... Copie en sera adressée au garde des sceaux, ministre de la justice. Délibéré à l'issue de la séance du 12 mars 2026 où siégeaient : M. Olivier Yeznikian, conseiller d'Etat, présidant ; Mme Rozen Noguellou, conseillère d'Etat et M. Renaud Vedel, conseiller d'Etat-rapporteur. Rendu le 16 avril 2026. Le président : Signé : M. Olivier Yeznikian Le rapporteur : Signé : M. Renaud Vedel La secrétaire : Signé : Mme Sylvie Leporcq

Questions fréquentes

Quelles sont les conditions pour obtenir une provision en référé pour préjudice moral lié aux conditions de détention ?
Il faut saisir le juge des référés sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, démontrer l'existence d'une obligation non sérieusement contestable et l'urgence.
Que se passe-t-il si le juge des référés rejette ma demande de provision ?
Vous pouvez former un pourvoi en cassation devant le Conseil d'État, mais ce pourvoi doit passer par une procédure d'admission. Il ne sera admis que s'il est fondé sur un moyen sérieux.
Qu'est-ce qu'une appréciation globale des conditions de détention ?
C'est le fait d'examiner l'ensemble des manquements allégués (espace, hygiène, etc.) de manière combinée pour déterminer s'ils portent atteinte à la dignité, plutôt que de les examiner séparément.
Quels sont les critères pour qualifier des conditions de détention d'indignes ?
Les critères incluent l'espace individuel, l'hygiène, l'accès aux soins, la sécurité, etc. L'appréciation doit être globale et tenir compte de la durée et de la gravité des manquements.
Puis-je contester une ordonnance de référé devant le Conseil d'État ?
Oui, par un pourvoi en cassation, mais ce pourvoi est soumis à une procédure d'admission. Il doit soulever un moyen sérieux, sinon il sera rejeté.
Quel est le rôle du Conseil d'État dans un pourvoi en cassation ?
Le Conseil d'État vérifie que le juge du fond a correctement appliqué le droit. Il n'examine pas les faits, sauf en cas de dénaturation. Il peut admettre ou rejeter le pourvoi.

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