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Conseil d'État, 3ème chambre jugeant seule, 20 février 2026, n° 501647

Admission partielle en cassation Publication : C ECLI : ECLI:FR:CECHS:2026:501647.20260220

Synthèse de la décision

Question juridique

Le pourvoi en cassation contre un arrêt de cour administrative d'appel relatif à la légalité d'une injonction de mise en conformité de l'étiquetage de fromages avec le règlement (UE) n° 1151/2012 est-il admis en tant qu'il concerne des marques spécifiques ?

Principe retenu

Le pourvoi en cassation devant le Conseil d'État fait l'objet d'une procédure préalable d'admission. L'admission est refusée si le pourvoi est irrecevable ou n'est fondé sur aucun moyen sérieux. En l'espèce, les moyens soulevés par les sociétés requérantes sont de nature à permettre l'admission des conclusions dirigées contre l'arrêt en tant qu'il s'est prononcé sur la légalité de l'injonction à l'égard des produits des marques 'Le Châtelain', 'Cœur de Normandie' et 'Président', mais non pour le surplus.

Faits clés

  • La DDETSPP de la Mayenne a enjoint à plusieurs sociétés fromagères de mettre en conformité l'étiquetage de fromages ne bénéficiant pas de l'AOP 'Camembert de Normandie' avec le règlement (UE) n° 1151/2012.
  • Le tribunal administratif de Caen a annulé cette décision.
  • La cour administrative d'appel de Nantes a partiellement annulé la décision, notamment en ce qui concerne les mentions 'Fabriqué en Normandie' sur certains produits.
  • Les sociétés requérantes ont formé un pourvoi en cassation contre l'arrêt de la cour.
  • Le Conseil d'État admet partiellement le pourvoi, uniquement en ce qui concerne les marques 'Le Châtelain', 'Cœur de Normandie' et 'Président'.

Articles cités

article L. 822-1 du code de justice administrative article 13 du règlement (UE) n° 1151/2012 article 14 du règlement (UE) n° 1151/2012 articles 51 et 52 du règlement (CE) n° 207/2009 article 7 du décret n° 2007-628 du 27 avril 2007

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : La société Lactalis Fromages, la société Fromagère de Domfront, la société Fromagère de Clécy et la société Fromagère de Sainte-Cécile ont demandé au tribunal administratif de Caen d’annuler la décision du 17 mars 2022 par laquelle la direction départementale de l’emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations (DDETSPP) de la Mayenne leur a enjoint de mettre en conformité avec les dispositions du règlement (UE) n° 1151/2012 du 21 novembre 2012 l’étiquetage des fromages qu’elles commercialisent et qui ne bénéficient pas de l’appellation d’origine protégée (AOP) « Camembert de Normandie ». Par un jugement n°s 2202022, 2202024, 2202025, et 2302053 du 12 février 2024, le tribunal administratif de Caen a annulé cette décision. Par un arrêt n°s 24NT01129, 24NT01131 du 10 janvier 2025, la cour administrative d'appel de Nantes, sur appel du ministre de l’économie, des finances et de l’industrie, a annulé la décision attaquée en tant seulement qu’elle concerne la mention « Fabriqué en Normandie » portée sur l'étiquette du couvercle du fromage « Bridelight », commercialisé par la société Fromagère de Sainte-Cécile et sur l'étiquette du couvercle du fromage « Cœurnormandie » commercialisé par la société Fromagère de Domfront, et réformé en conséquence le jugement du tribunal administratif de Caen du 12 février 2024. Par un pourvoi sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 18 février et 19 mai 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, la société Lactalis Fromages, la société Fromagère de Domfront, la société Fromagère de Clécy et la société Fromagère de Sainte-Cécile demandent au Conseil d'Etat : 1°) d’annuler cet arrêt en tant qu’il leur est défavorable ; 2°) réglant l’affaire au fond, de faire droit à leurs conclusions d’appel ; 3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - la Constitution, notamment son Préambule ; - le règlement (CE) n° 207/2009 du Conseil du 26 février 2009 ; - le règlement (UE) n° 1151/2012 du Parlement européen et du Conseil du 21 novembre 2012 ; - le code de la consommation ; - le code de la propriété intellectuelle ; - le code rural et de la pêche maritime ; - le décret n° 2007-628 du 27 avril 2007 ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de Mme Christine Allais, conseillère d'Etat en service extraordinaire, - les conclusions de M. Arnaud Skzryerbak, rapporteur public ; La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Piwnica & Molinié, avocat de la société Lactalis Fromages, de la société Fromagère de Domfront, de la société Fromagère de Clécy et de la société Fromagère de Sainte-Cécile ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes de l’article L. 822-1 du code de justice administrative : « Le pourvoi en cassation devant le Conseil d’Etat fait l’objet d’une procédure préalable d’admission. L’admission est refusée par décision juridictionnelle si le pourvoi est irrecevable ou n’est fondé sur aucun moyen sérieux ». 2. Pour demander l’annulation de l’arrêt qu’elles attaquent, les sociétés Lactalis fromages et autres soutiennent que la cour administrative d’appel de Nantes : - a méconnu l’article 13 du règlement (UE) n° 1151/2012 du 21 novembre 2012 et dénaturé les pièces du dossier en jugeant que c’était à tort que le tribunal administratif de Caen avait retenu que la décision du 17 mars 2022 ne révélait pas d’examen au cas par cas de la part de la DDETSPP et que cette décision posait une interdiction générale et absolue excédant les compétences de son auteur ; - a méconnu le même article 13 du règlement (UE) n° 1151/2012, dénaturé les pièces du dossier et insuffisamment motivé sa décision en jugeant qu’elles n’étaient fondées à soutenir que la décision contestée avait été prise en méconnaissance de cet article que s’agissant de la mention « fabriqué en Normandie » portée sur l’étiquette du couvercle du fromage « Bridelight » commercialisé par la société Fromagère de Sainte-Cécile et sur l’étiquette du couvercle du fromage « Cœurnormandie » commercialisé par la société Fromagère de Domfront ; - a méconnu l’article 14 du règlement (UE) n° 1151/2012 du 21 novembre 2012, les articles 51 et 52 du règlement (CE) n° 207/2009 du 26 février 2009 et l’article 7 du décret n° 2007-628 du 27 avril 2007, commis une erreur de qualification juridique et insuffisamment motivé sa décision en jugeant qu’elles n’étaient pas fondées, concernant leurs marques « Le Châtelain », « Cœur de Normandie » et « Président », à se prévaloir de l’exception d’antériorité prévue au paragraphe 2 de l’article 14 du règlement (UE) n° 1151/2012, au motif que ces marques auraient été déposées de mauvaise foi et qu’elles auraient été propres, depuis 1994, à induire le public en erreur sur la qualité des produits commercialisés et auraient de ce fait été atteintes de déchéance ; - a méconnu son office en se prononçant sur l’existence d’un motif de déchéance ou de nullité des marques en cause ; - a commis une erreur de droit et dénaturé les pièces du dossier en écartant le moyen tiré de l’existence d’une rupture d’égalité entre les fabricants de camembert ne bénéficiant pas de l’AOP qui élaborent leur produit en Normandie et ceux qui l’élaborent dans une autre région française ou à l’étranger. 3. Eu égard aux moyens soulevés, il y a lieu d’admettre les conclusions du pourvoi dirigées contre l’arrêt attaqué en tant qu’il s’est prononcé sur la légalité de l’injonction édictée par la décision du 17 mars 2022 à l’égard des produits des marques « Le Châtelain », « Cœur de Normandie » et « Président ». En revanche, aucun de ces moyens n’est de nature à permettre l’admission du surplus des conclusions du pourvoi. D E C I D E : -------------- Article 1er : Les conclusions du pourvoi de la société Lactalis fromages et autres dirigées contre l’arrêt attaqué en tant qu’il s’est prononcé sur la légalité de l’injonction édictée par la décision du 17 mars 2022 à l’égard des produits des marques « Le Châtelain », « Cœur de Normandie » et « Président » sont admises. Article 2 : Le surplus des conclusions de la société Lactalis fromages et autres n’est pas admis. Article 3 : La présente décision sera notifiée à la société Lactalis fromages et autres. Copie en sera adressée au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, à la ministre de l'agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire et à l'Institut national de l'origine et de la qualité. Délibéré à l'issue de la séance du 5 février 2026 où siégeaient : M. Stéphane Verclytte, président de chambre, présidant ; M. Philippe Ranquet, conseiller d'Etat et Mme Christine Allais, conseillère d'Etat en service extraordinaire-rapporteure. Rendu le 20 février 2026. Le président : Signé : M. Stéphane Verclytte La rapporteure : Signé : Mme Christine Allais La secrétaire : Signé : Mme Nathalie Martinez-Casanova

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la procédure d'admission d'un pourvoi en cassation ?
C'est une étape préalable devant le Conseil d'État où l'on vérifie si le pourvoi est recevable et s'il repose sur un moyen sérieux. Si ce n'est pas le cas, il est rejeté.
Quels sont les critères pour qu'un pourvoi soit admis ?
Le pourvoi doit être recevable (délais, qualité) et fondé sur au moins un moyen sérieux, c'est-à-dire un moyen susceptible de remettre en cause la décision attaquée.
Puis-je utiliser une mention géographique comme 'Normandie' sur un produit sans AOP ?
L'utilisation de mentions géographiques est encadrée par le règlement (UE) n° 1151/2012. Si le produit ne bénéficie pas d'une AOP, l'utilisation peut être interdite si elle induit le consommateur en erreur.
Que faire si une administration m'enjoint de modifier mon étiquetage ?
Vous pouvez contester cette décision devant le tribunal administratif, puis en appel et en cassation. Il est conseillé de vérifier si l'injonction est fondée sur les textes applicables.
Quel est le rôle du Conseil d'État dans ce type de litige ?
Le Conseil d'État est le juge de cassation des décisions rendues par les cours administratives d'appel. Il vérifie que le droit a été correctement appliqué, sans rejuger les faits.

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