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Conseil d'État, 2ème et 7ème chambres réunies, 29 mai 2026, n° 501856

Satisfaction totale Publication : B ECLI : ECLI:FR:CECHR:2026:501856.20260529

Synthèse de la décision

Question juridique

Le Premier ministre peut-il s'opposer à l'acquisition de la nationalité française par le conjoint étranger pour défaut d'assimilation en l'absence de comportement ou de thèses manifestant un rejet des principes essentiels de la République ou un écart délibéré de la communauté nationale ?

Principe retenu

L'opposition à l'acquisition de la nationalité française pour défaut d'assimilation, autre que linguistique, ne peut être légalement prononcée que si l'intéressé adopte un comportement ou soutient des thèses manifestant un rejet des principes essentiels de la République ou se tient délibérément à l'écart de la communauté nationale. En l'absence de tels éléments, le décret d'opposition est entaché d'inexacte application de l'article 21-4 du code civil.

Faits clés

  • Mme A..., ressortissante marocaine, a souscrit une déclaration d'acquisition de la nationalité française le 1er juillet 2022 en raison de son mariage avec un ressortissant français.
  • Le Premier ministre a opposé un décret du 25 septembre 2024 refusant l'acquisition de la nationalité française pour défaut d'assimilation.
  • Le rapport de synthèse du 26 septembre 2022 et le compte-rendu d'entretien complémentaire du 13 mai 2024 ne révélaient aucun comportement ou thèses contraires aux principes essentiels de la République.
  • Mme A... a demandé l'annulation pour excès de pouvoir du décret.
  • Le Conseil d'État a annulé le décret au motif que l'opposition était fondée sur une inexacte application de l'article 21-4 du code civil.

Articles cités

article 21-2 du code civil article 21-4 du code civil

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Par une requête, enregistrée le 30 octobre 2024 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, Mme B... A... demande au Conseil d’Etat d’annuler pour excès de pouvoir le décret du 25 septembre 2024 lui refusant l’acquisition de la nationalité française. Elle soutient que le Premier ministre a fait une inexacte application des dispositions de l’article 21-4 du code civil en retenant qu’elle n’était pas assimilée à la communauté française. Par un mémoire en défense enregistré le 2 avril 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête. Il soutient que le moyen soulevé n’est pas fondé. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code civil ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de M. Hadrien Tissandier, maître des requêtes, - les conclusions de M. Clément Malverti, rapporteur public ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes de l’article 21-2 du code civil : « L’étranger (…) qui contracte mariage avec un conjoint de nationalité française peut, après un délai de quatre ans à compter du mariage, acquérir la nationalité française par déclaration à condition qu’à la date de cette déclaration la communauté de vie tant affective que matérielle n’ait pas cessé entre les époux depuis le mariage et que le conjoint français ait conservé sa nationalité (…) ». Aux termes de l’article 21-4 du même code : « Le Gouvernement peut s'opposer par décret en Conseil d'Etat, pour indignité ou défaut d'assimilation, autre que linguistique, à l'acquisition de la nationalité française par le conjoint étranger dans un délai de deux ans à compter de la date du récépissé prévu au deuxième alinéa de l'article 26 ou, si l'enregistrement a été refusé, à compter du jour où la décision judiciaire admettant la régularité de la déclaration est passée en force de chose jugée (…) ». 2. Mme A..., ressortissante marocaine, a souscrit le 1er juillet 2022 une déclaration d’acquisition de la nationalité française à raison de son mariage avec un ressortissant français. Par décret du 25 septembre 2024, le Premier ministre s’est opposé à l’acquisition de la nationalité française par l’intéressée au motif qu’elle ne pouvait être regardée comme assimilée à la communauté nationale. Mme A... demande l’annulation pour excès de pouvoir de ce décret. 3. Il ne ressort pas des éléments versés au dossier par le ministre de l’intérieur, en particulier du rapport de synthèse du 26 septembre 2022 des services de la préfecture de l’Oise chargés de l’instruction du dossier et du compte-rendu d’entretien complémentaire du 13 mai 2024, que Mme A... adopte un comportement ou soutient des thèses manifestant un rejet des principes essentiels de la République ou se tient délibérément à l'écart de la communauté nationale. Dans ces conditions, Mme A... est fondée à soutenir que le Premier ministre a fait une inexacte application de l’article 21-4 du code civil en s’opposant, pour défaut d’assimilation, à ce qu’elle acquière la nationalité française. 4. Il résulte de ce qui précède que Mme A... est fondée à demander l’annulation pour excès de pouvoir du décret qu’elle attaque. D E C I D E : -------------- Article 1er : Le décret du 25 septembre 2024 refusant à Mme A... l’acquisition de la nationalité française est annulé. Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme B... A... et au ministre de l’intérieur. Copie en sera adressée au Premier ministre. Délibéré à l'issue de la séance du 6 mai 2026 où siégeaient : M. Pierre Collin, président adjoint de la section du contentieux, présidant ; M. Olivier Japiot, M. Alain Seban, présidents de chambre ; M. Gilles Pellissier, M. Jean-Yves Ollier, M. Frédéric Gueudar Delahaye, M. Pascal Trouilly, conseillers d’Etat, M. Jérôme Goldenberg, conseiller d'Etat en service extraordinaire et M. Hadrien Tissandier, maître des requêtes-rapporteur. Rendu le 29 mai 2026. Le président : Signé : M. Pierre Collin Le rapporteur : Signé : M. Hadrien Tissandier La secrétaire : Signé : Mme Sandrine Mendy

Questions fréquentes

Quelles sont les conditions pour acquérir la nationalité française par mariage ?
L'étranger marié à un conjoint français peut acquérir la nationalité française par déclaration après un délai de quatre ans à compter du mariage, à condition que la communauté de vie tant affective que matérielle n'ait pas cessé et que le conjoint français ait conservé sa nationalité.
Le gouvernement peut-il refuser la nationalité française pour défaut d'assimilation ?
Oui, le gouvernement peut s'opposer par décret en Conseil d'État pour indignité ou défaut d'assimilation, autre que linguistique, dans un délai de deux ans à compter de la date du récépissé ou de la décision judiciaire.
Que signifie 'défaut d'assimilation' ?
Le défaut d'assimilation est un motif d'opposition à l'acquisition de la nationalité française. Il est caractérisé par un comportement ou des thèses manifestant un rejet des principes essentiels de la République ou un écart délibéré de la communauté nationale.
Comment contester un décret de refus de nationalité française ?
Le décret de refus peut être contesté devant le Conseil d'État par un recours pour excès de pouvoir dans un délai de deux mois à compter de sa publication ou de sa notification.
Quel est le délai pour que le gouvernement s'oppose à l'acquisition de la nationalité ?
Le gouvernement dispose d'un délai de deux ans à compter de la date du récépissé prévu à l'article 26 du code civil ou, si l'enregistrement a été refusé, à compter du jour où la décision judiciaire admettant la régularité de la déclaration est passée en force de chose jugée.

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