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Conseil d'État, 8ème chambre jugeant seule, 20 avril 2026, n° 502242

Renvoi après cassation Publication : C ECLI : ECLI:FR:CECHS:2026:502242.20260420

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge d'appel a-t-il l'obligation de répondre au moyen tiré de l'application d'un abattement pour non-liquidité dans le cadre de l'évaluation de titres non cotés ?

Principe retenu

Le juge d'appel doit se prononcer sur tous les moyens soulevés devant lui, y compris ceux relatifs à la méthode d'évaluation des actifs, dès lors qu'ils ne sont pas inopérants. En l'espèce, la cour administrative d'appel a omis de répondre au moyen de la société relatif à l'application d'un abattement pour non-liquidité, ce qui entache son arrêt d'irrégularité.

Faits clés

  • La SARL Elan Jump and Co a été assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice 2012.
  • La société détenait des participations dans dix-neuf SCI.
  • L'administration fiscale a évalué ces participations à plus de 6 095 922 euros.
  • La société a contesté cette évaluation en demandant l'application d'un abattement pour non-liquidité.
  • Le tribunal administratif de Limoges a partiellement déchargé la société, mais la cour administrative d'appel de Bordeaux a rejeté son appel.

Articles cités

article L. 761-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : La société à responsabilité limitée (SARL) Elan Jump and Co a demandé au tribunal administratif de Limoges de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d’impôt sur les sociétés et de contributions sociales sur cet impôt auxquelles elle a été assujettie au titre de l’exercice clos en 2012, ainsi que des pénalités correspondantes. Par un jugement n° 2001384 du 20 juin 2023, ce tribunal a prononcé la décharge de ces impositions supplémentaires, ainsi que des pénalités correspondantes, en tant qu’elles ont été établies en tenant compte d’une valeur des titres des dix-neuf sociétés civiles immobilières détenues par cette société de plus de 6 095 922 euros et a rejeté le surplus de sa demande. Par un arrêt n° 23BX02279 du 9 janvier 2025, la cour administrative d’appel de Bordeaux a rejeté l’appel formé par la société Elan Jump and Co contre l’article 3 de ce jugement. Par un pourvoi sommaire, un mémoire complémentaire et deux mémoires en réplique, enregistrés les 10 mars et 10 juin 2025 et les 19 janvier et 12 février 2026 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, la société Elan Jump and Co demande au Conseil d’Etat : 1°) d’annuler cet arrêt ; 2°) réglant l’affaire au fond, de faire droit à son appel ; 3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 5 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de Mme Anne Blondy-Touret, conseillère d'Etat, - les conclusions de M. Charles-Emmanuel Airy, rapporteur public ; La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Piwnica & Molinié, avocat de la SARL Elan Jump and Co ; Considérant ce qui suit : 1. Il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond que la société Elan Jump and Co a été assujettie à des cotisations supplémentaires d’impôt sur les sociétés et de contributions sociales sur cet impôt au titre de l’exercice clos en 2012. Elle se pourvoit en cassation contre l’arrêt du 9 janvier 2025 par lequel la cour administrative d’appel de Bordeaux a rejeté l’appel qu’elle avait formé contre le jugement du 20 juin 2023 du tribunal administratif de Limoges en tant qu’il n’avait pas fait droit à l’intégralité de sa demande tendant à la décharge de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes. 2. Il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond qu’à l’appui de sa requête, la société Elan Jump and Co soutenait notamment, pour contester le bien-fondé des impositions supplémentaires mises à sa charge, qu’il y avait lieu d’appliquer, dans le cadre de la méthode d’évaluation mathématique mise en œuvre pour déterminer la valeur des participations dans dix-neuf sociétés civiles immobilières, un abattement pour non-liquidité. La cour ne s’est pas prononcée sur ce moyen, qui n’était pas inopérant. Par suite, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens du pourvoi, la société Elan Jump and Co est fondée à demander l’annulation de l’arrêt qu’elle attaque. 3. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros à verser à la société Elan Jump and Co au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. D E C I D E : -------------- Article 1er : L’arrêt du 9 janvier 2025 de la cour administrative d’appel de Bordeaux est annulé. Article 2 : L’affaire est renvoyée à la cour administrative d’appel de Bordeaux. Article 3 : L’Etat versera à la société Elan Jump and Co la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Article 4 : La présente décision sera notifiée à la société à responsabilité limitée Elan Jump and Co et au ministre de l’action et des comptes publics. .

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un abattement pour non-liquidité ?
C'est une décote appliquée à la valeur de titres non cotés pour tenir compte de leur difficulté à être vendus rapidement.
Le juge doit-il répondre à tous mes arguments ?
Oui, le juge doit répondre à tous les moyens soulevés, sauf s'ils sont inopérants. S'il ne le fait pas, sa décision peut être annulée.
Comment se déroule un pourvoi en cassation devant le Conseil d'État ?
Le pourvoi doit être formé par un avocat au Conseil d'État, dans un délai de deux mois après la notification de la décision attaquée.
Quels sont les frais à prévoir pour un pourvoi en cassation ?
Les frais comprennent les honoraires d'avocat et éventuellement les droits de timbre. Le Conseil d'État peut condamner l'État à payer une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

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