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Conseil d'État, 2ème et 7ème chambres réunies, 29 mai 2026, n° 502717

Satisfaction partielle Publication : C ECLI : ECLI:FR:CECHR:2026:502717.20260529

Synthèse de la décision

Question juridique

Le décret d'opposition à l'acquisition de la nationalité française pour défaut d'assimilation est-il légal lorsque l'intéressé ne manifeste pas de rejet des principes essentiels de la République ?

Principe retenu

L'opposition à l'acquisition de la nationalité française pour défaut d'assimilation, autre que linguistique, ne peut être fondée que sur un comportement ou des thèses manifestant un rejet des principes essentiels de la République ou un éloignement délibéré de la communauté nationale. En l'absence de tels éléments, l'opposition est entachée d'inexacte application de l'article 21-4 du code civil.

Faits clés

  • M. A..., ressortissant malgache, a souscrit une déclaration d'acquisition de la nationalité française le 17 août 2022 en raison de son mariage avec une ressortissante française.
  • Le Premier ministre s'est opposé à cette acquisition par décret du 23 décembre 2024, au motif d'un défaut d'assimilation.
  • Le ministre de l'intérieur n'a produit aucun élément démontrant un comportement ou des thèses rejetant les principes essentiels de la République.
  • Le Conseil d'État a annulé le décret d'opposition pour inexacte application de l'article 21-4 du code civil.
  • La décision n'implique aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction sont rejetées.

Articles cités

article 21-2 du code civil article 21-4 du code civil article L. 761-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Par une requête sommaire, un mémoire complémentaire et un mémoire en réplique, enregistrés les 24 mars, 25 juin et 12 septembre 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, M. B... A... demande au Conseil d’Etat : 1°) d’annuler pour excès de pouvoir le décret du 23 décembre 2024 lui refusant l’acquisition de la nationalité française ; 2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur, à titre principal, de lui accorder la nationalité française et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa déclaration en vue d’acquérir la nationalité française au titre de l’article 21-2 du code civil ; 3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code civil ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de M. Hadrien Tissandier, maître des requêtes, - les conclusions de M. Clément Malverti, rapporteur public, La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SELAS Froger et Zajdela, avocat de M. A... ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes de l’article 21-2 du code civil : « L’étranger (…) qui contracte mariage avec un conjoint de nationalité française peut, après un délai de quatre ans à compter du mariage, acquérir la nationalité française par déclaration à condition qu’à la date de cette déclaration la communauté de vie tant affective que matérielle n’ait pas cessé entre les époux depuis le mariage et que le conjoint ait conservé sa nationalité (…) ». L’article 21-4 du même code prévoit toutefois que : « Le Gouvernement peut s’opposer par décret en Conseil d’Etat, pour indignité ou défaut d’assimilation, autre que linguistique, à l’acquisition de la nationalité française par le conjoint étranger dans un délai de deux ans à compter de la date du récépissé prévu au deuxième alinéa de l’article 26 ou, si l’enregistrement a été refusé, à compter du jour où la décision judiciaire admettant la régularité de la déclaration est passée en force de chose jugée (…) ». 2. M. A..., ressortissant malgache, a souscrit le 17 août 2022 une déclaration en vue d’acquérir la nationalité française à raison de son mariage avec une ressortissante française. Par un décret du 23 décembre 2024, le Premier ministre s’est opposé à cette acquisition au motif que l’intéressé ne pouvait être regardé comme assimilé à la communauté nationale. 3. Il ne ressort pas des éléments versés au dossier par le ministre de l’intérieur que M. A... adopte un comportement ou soutient des thèses manifestant un rejet des principes essentiels de la République ou se tient délibérément à l'écart de la communauté nationale. Dans ces conditions, M. A... est fondé à soutenir que le Premier ministre a fait une inexacte application de l’article 21-4 du code civil en s’opposant, pour défaut d’assimilation, à ce qu’il acquière la nationalité française. 4. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A... est fondé à demander l’annulation pour excès de pouvoir du décret qu’il attaque. 5. La présente décision, qui annule le décret qui avait fait opposition à l’acquisition de la nationalité française par M. A... au vu de la déclaration qu’il avait souscrite, n’implique par elle-même aucune mesure d’exécution. Les conclusions à fin d’injonction ne peuvent, par suite, qu’être rejetées. 6. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros à verser à M. A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. D E C I D E : -------------- Article 1er : Le décret du 23 décembre 2024 refusant l’acquisition de la nationalité française à M. A... est annulé. Article 2 : L’Etat versera à M. A... la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté. Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. B... A... et au ministre de l’intérieur. Copie en sera adressée au Premier ministre. Délibéré à l'issue de la séance du 6 mai 2026 où siégeaient : M. Pierre Collin, président adjoint de la section du contentieux, présidant ; M. Olivier Japiot, M. Alain Seban, présidents de chambre ; M. Gilles Pellissier, M. Jean-Yves Ollier, M. Frédéric Gueudar Delahaye, M. Pascal Trouilly, conseillers d’Etat, M. Jérôme Goldenberg, conseiller d'Etat en service extraordinaire et M. Hadrien Tissandier, maître des requêtes-rapporteur. Rendu le 29 mai 2026. Le président : Signé : M. Pierre Collin Le rapporteur : Signé : M. Hadrien Tissandier La secrétaire : Signé : Mme Sandrine Mendy

Questions fréquentes

Quelles sont les conditions pour acquérir la nationalité française par mariage ?
Selon l'article 21-2 du code civil, l'étranger marié à un conjoint français peut acquérir la nationalité française par déclaration après un délai de quatre ans à compter du mariage, à condition que la communauté de vie tant affective que matérielle n'ait pas cessé et que le conjoint ait conservé sa nationalité.
Le gouvernement peut-il s'opposer à l'acquisition de la nationalité française ?
Oui, le gouvernement peut s'opposer par décret en Conseil d'État pour indignité ou défaut d'assimilation, autre que linguistique, dans un délai de deux ans à compter de la date du récépissé ou de la décision judiciaire admettant la régularité de la déclaration.
Que signifie 'défaut d'assimilation' ?
Le défaut d'assimilation, autre que linguistique, se caractérise par un comportement ou des thèses manifestant un rejet des principes essentiels de la République ou un éloignement délibéré de la communauté nationale.
Comment contester un décret refusant la nationalité française ?
Vous pouvez former un recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d'État dans un délai de deux mois à compter de la publication ou de la notification du décret.
Que se passe-t-il si le décret d'opposition est annulé ?
L'annulation du décret d'opposition entraîne la disparition rétroactive de l'opposition, mais n'implique pas automatiquement l'acquisition de la nationalité ; l'administration doit généralement réexaminer la déclaration.

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