Conseil d'État, 4ème chambre jugeant seule, 21 octobre 2025, n° 502927
Synthèse de la décision
Question juridique
Le pourvoi en cassation contre une décision de la chambre disciplinaire nationale de l'ordre des médecins est-il fondé sur un moyen sérieux ?
Principe retenu
Le pourvoi en cassation devant le Conseil d'État fait l'objet d'une procédure préalable d'admission. L'admission est refusée si le pourvoi est irrecevable ou n'est fondé sur aucun moyen sérieux.
Faits clés
- Mme A... C... a porté plainte contre M. D... B... devant le conseil départemental de Tarn-et-Garonne de l'ordre des médecins.
- Le conseil départemental a transmis la plainte en s'y associant à la chambre disciplinaire de première instance d'Occitanie.
- La chambre disciplinaire de première instance a prononcé une interdiction d'exercer la médecine d'un an avec sursis partiel.
- Le conseil départemental a fait appel, mais la chambre disciplinaire nationale a rejeté l'appel.
- Le conseil départemental a formé un pourvoi en cassation devant le Conseil d'État.
Articles cités
article L. 822-1 du code de justice administrative
article L. 761-1 du code de justice administrative
Texte de la décision
Vu la procédure suivante :
Mme A... C... a porté plainte contre M. D... B... devant le conseil départemental de Tarn-et-Garonne de l’ordre des médecins, qui a transmis cette plainte, en s’y associant, à la chambre disciplinaire de première instance d’Occitanie de l’ordre des médecins. Par une décision du 26 juin 2023, la chambre disciplinaire de première instance a prononcé à l’encontre de M. B... la sanction de l’interdiction d’exercer la médecine pendant une durée d’un an, dont neuf mois assortis du sursis.
Par une décision du 30 janvier 2025, la chambre disciplinaire nationale de l’ordre des médecins a rejeté l’appel formé par le conseil départemental de Tarn-et-Garonne de l’ordre des médecins contre cette décision.
Par un pourvoi sommaire, un mémoire complémentaire et un nouveau mémoire, enregistrés les 28 mars, 26 juin et 16 septembre 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, le conseil départemental de Tarn-et-Garonne de l’ordre des médecins demande au Conseil d’Etat :
1°) d’annuler cette décision ;
2°) de mettre à la charge de M. B... et du Conseil national de l’ordre des médecins la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative ;
Après avoir entendu en séance publique :
- le rapport de M. Hugo Bevort, conseiller d'Etat,
- les conclusions de M. Cyrille Beaufils, rapporteur public ;
La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Guérin - Gougeon, avocat du conseil départemental de Tarn-et-Garonne de l’ordre des médecins ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l’article L. 822-1 du code de justice administrative : « Le pourvoi en cassation devant le Conseil d’Etat fait l’objet d’une procédure préalable d’admission. L’admission est refusée par décision juridictionnelle si le pourvoi est irrecevable ou n’est fondé sur aucun moyen sérieux. »
2. Pour demander l’annulation de la décision de la chambre disciplinaire nationale de l’ordre des médecins qu’il attaque, le conseil départemental de Tarn-et-Garonne de l’ordre des médecins soutient qu’elle est entachée :
- d’erreur de droit en ce qu’elle n’a pas relevé d’office le moyen tiré de ce que la chambre disciplinaire de première instance d’Occitanie a méconnu le principe non bis in idem en sanctionnant deux fois le Dr B... pour les mêmes faits ;
- d’irrégularité et d’erreur de droit en ce qu’elle relève d’office le moyen tiré de la méconnaissance du principe non bis in idem ;
- d’erreur de droit en ce qu’elle retient que le caractère définitif de la décision rendue par la chambre disciplinaire de première instance, à la suite de la plainte du directeur général de l’agence régionale de santé visant pour partie les faits pour lesquels il s’est associé à la plainte de Mme C..., justifie le rejet de son appel ;
- d’erreur de droit et de dénaturation des pièces du dossier en ce qu’elle rejette sa requête au nom du principe non bis in idem, sans vérifier si les faits visés par sa plainte sont identiques à ceux visés par la plainte formée par le directeur général de l’agence régionale de santé.
3. Aucun de ces moyens n’est de nature à permettre l’admission du pourvoi.
D E C I D E :
--------------
Article 1er : Le pourvoi du conseil départemental de Tarn-et-Garonne de l’ordre des médecins n’est pas admis.
Article 2 : La présente décision sera notifiée au conseil départemental de Tarn-et-Garonne de l’ordre des médecins.
Copie en sera adressée à M. D... B... et au Conseil national de l’ordre des médecins.
Délibéré à l'issue de la séance du 25 septembre 2025 où siégeaient : Mme Anne Courrèges, présidente de chambre, présidant ; M. Raphaël Chambon, conseiller d'Etat et M. Hugo Bevort, conseiller d'Etat-rapporteur.
Rendu le 21 octobre 2025.
La présidente :
Signé : Mme Anne Courrèges
Le rapporteur :
Signé : M. Hugo Bevort
La secrétaire :
Signé : Mme Julie Gatignol
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la procédure d'admission des pourvois en cassation devant le Conseil d'État ?
Le pourvoi en cassation devant le Conseil d'État fait l'objet d'une procédure préalable d'admission. L'admission est refusée si le pourvoi est irrecevable ou n'est fondé sur aucun moyen sérieux.
Quels sont les moyens sérieux pour un pourvoi en cassation ?
Un moyen sérieux est un moyen de droit qui paraît de nature à justifier l'annulation de la décision attaquée. En l'espèce, les moyens soulevés (erreur de droit, non bis in idem) n'ont pas été jugés sérieux.
Que signifie le principe non bis in idem en droit disciplinaire ?
Le principe non bis in idem interdit de sanctionner deux fois une même personne pour les mêmes faits. En l'espèce, le conseil départemental soutenait que ce principe avait été méconnu, mais le Conseil d'État n'a pas retenu ce moyen.
Quelle est la procédure disciplinaire devant l'ordre des médecins ?
La procédure disciplinaire devant l'ordre des médecins est engagée par une plainte, instruite par le conseil départemental, puis jugée par la chambre disciplinaire de première instance, avec possibilité d'appel devant la chambre disciplinaire nationale.
Peut-on contester une sanction disciplinaire de l'ordre des médecins ?
Oui, les décisions des chambres disciplinaires peuvent faire l'objet d'un appel devant la chambre disciplinaire nationale, puis d'un pourvoi en cassation devant le Conseil d'État, sous réserve de l'admission du pourvoi.
Quel est le rôle du conseil départemental de l'ordre des médecins ?
Le conseil départemental de l'ordre des médecins reçoit les plaintes, les instruit, et peut s'y associer en les transmettant à la chambre disciplinaire de première instance.
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