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Conseil d'État, 9ème et 10ème chambres réunies, 13 mai 2026, n° 503687

Renvoi après cassation Publication : B ECLI : ECLI:FR:CECHR:2026:503687.20260513

Synthèse de la décision

Question juridique

Le bénéfice de la garantie de pouvoir s'adresser au supérieur hiérarchique du vérificateur est-il subordonné à l'indication par le contribuable de la nature des difficultés rencontrées en cours de contrôle ?

Principe retenu

La possibilité pour un contribuable de s'adresser, dans les conditions édictées par la charte des droits et obligations du contribuable vérifié, au supérieur hiérarchique du vérificateur puis à l'interlocuteur désigné par le directeur, au cours de la vérification et avant l'envoi de la proposition de rectification, pour ce qui a trait aux difficultés affectant le déroulement des opérations de contrôle, constitue une garantie substantielle ouverte à l'intéressé. Le bénéfice de cette garantie n'est pas subordonné à d'autres conditions de motivation que la présentation par le contribuable d'une demande expresse faisant état de l'existence de difficultés rencontrées en cours de contrôle.

Faits clés

  • La société Car Marketing System exerce une activité de location et d'achat-revente de véhicules.
  • Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er octobre 2015 au 30 septembre 2016.
  • À l'issue de la vérification, des rappels de TVA et pénalités ont été notifiés.
  • La société a demandé un entretien avec le supérieur hiérarchique du vérificateur par courrier du 14 juin 2017, sans préciser la nature des difficultés.
  • L'administration fiscale a refusé de faire droit à cette demande.

Articles cités

article L. 10 du livre des procédures fiscales article L. 47 du livre des procédures fiscales article L. 761-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : La société Car Marketing System a demandé au tribunal administratif de Paris de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er octobre 2015 au 30 septembre 2016 ainsi que des pénalités correspondantes. Par un jugement n° 2115481 du 13 novembre 2023, ce tribunal a rejeté sa demande. Par un arrêt n° 23PA04687 du 19 février 2025, la cour administrative d’appel de Paris a rejeté l’appel formé par la société Car Marketing System contre ce jugement. Par un pourvoi sommaire, un mémoire complémentaire, un mémoire en réplique et un nouveau mémoire, enregistrés les 22 avril et 21 juillet 2025 et les 16 mars et 13 avril 2026 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, la société Car Marketing System demande au Conseil d’Etat : 1°) d’annuler cet arrêt ; 2°) réglant l’affaire au fond, de faire droit à son appel ; 3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ; Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de M. Olivier Guiard, maître des requêtes, - les conclusions de Mme Céline Guibé, rapporteure publique ; La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SELAS Waquet, Farge, Hazan, Féliers, avocat de la société Car Marketing System ; Considérant ce qui suit : 1. Il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond que la société Car Marketing System, qui exerce une activité de location et d’achat-revente de véhicules, a fait l’objet d’une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er octobre 2015 au 30 septembre 2016, à l’issue de laquelle elle a été assujettie à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, assortis de pénalités. Par un jugement du 13 novembre 2023, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à la décharge de ces impositions supplémentaires et des pénalités correspondantes. La société Car Marketing System se pourvoit en cassation contre l’arrêt du 19 février 2025 par lequel la cour administrative d’appel de Paris a rejeté son appel formé contre ce jugement. 2. Aux termes du dernier alinéa de l’article L. 10 du livre des procédures fiscales : « Les dispositions contenues dans la charte des droits et obligations du contribuable vérifié mentionnée au troisième alinéa de l’article L. 47 sont opposables à l’administration ». Aux termes du paragraphe 6 du chapitre Ier de la charte, dans sa version applicable au litige : « En cas de difficultés, vous pouvez vous adresser à l’inspecteur divisionnaire ou principal et ensuite à l’interlocuteur désigné par le directeur. Leur rôle vous est précisé plus loin (…). Vous pouvez les contacter pendant le contrôle ». 3. La possibilité pour un contribuable de s’adresser, dans les conditions édictées par le passage précédemment cité de la charte des droits et obligations du contribuable vérifié, au supérieur hiérarchique du vérificateur puis à l’interlocuteur désigné par le directeur, au cours de la vérification et avant l’envoi de la proposition de rectification, pour ce qui a trait aux difficultés affectant le déroulement des opérations de contrôle, constitue une garantie substantielle ouverte à l’intéressé. Le bénéfice de cette garantie n’est pas subordonné à d’autres conditions de motivation que la présentation par le contribuable d’une demande expresse faisant état de l’existence de difficultés rencontrées en cours de contrôle. 4. Pour écarter le moyen tiré de ce que la société Car Marketing System avait été privée de la possibilité de s’adresser au supérieur hiérarchique du vérificateur, la cour administrative d’appel a jugé que l’administration fiscale n’était pas tenue de faire droit à la demande d’entretien avec le supérieur hiérarchique que la société avait formulée dans un courrier du 14 juin 2017, au motif qu’elle se bornait à y faire état de difficultés rencontrées au cours de la vérification de comptabilité, sans indication, même sommaire, sur la nature de ces difficultés. En statuant ainsi, alors qu’il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le bénéfice de cette garantie n’est pas subordonné à l’indication par le contribuable de la nature des difficultés rencontrées en cours de contrôle, la cour administrative d’appel a commis une erreur de droit. La société Car Marketing System est fondée, pour ce motif, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur l’autre moyen de son pourvoi, à demander l’annulation de l’arrêt qu’elle attaque. 5. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros à verser à la société Car Marketing System au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. D E C I D E : -------------- Article 1er : L’arrêt de la cour administrative d’appel de Paris du 19 février 2025 est annulé. Article 2 : L’affaire est renvoyée à la cour administrative d’appel de Paris. Article 3 : L’Etat versera à la société Car Marketing System la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Article 4 : La présente décision sera notifiée à la société Car Marketing System et au ministre de l’action et des comptes publics. Délibéré à l'issue de la séance du 15 avril 2026 où siégeaient : M. Jacques-Henri Stahl, président adjoint de la section du contentieux, présidant ; M. Bertrand Dacosta, Mme Anne Egerszegi, présidents de chambre ; M. Nicolas Polge, M. Vincent Daumas, M. Olivier Yeznikian, Mme Rozen Noguellou, M. Christophe Barthélemy, conseillers d'Etat, et M. Olivier Guiard, maître des requêtes-rapporteur. Rendu le 13 mai 2026. Le président : Signé : M. Jacques-Henri Stahl Le rapporteur : Signé : M. Olivier Guiard La secrétaire : Signé : Mme Fehmida Ghulam La République mande et ordonne au ministre de l’action et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision. Pour expédition conforme, Pour la secrétaire du contentieux, par délégation :

Questions fréquentes

Puis-je contacter le supérieur hiérarchique du vérificateur sans préciser la nature de mes difficultés ?
Oui, selon le Conseil d'État, le bénéfice de cette garantie n'est pas subordonné à l'indication de la nature des difficultés. Il suffit de présenter une demande expresse faisant état de difficultés rencontrées en cours de contrôle.
Que faire si l'administration refuse de me recevoir pendant un contrôle fiscal ?
Vous pouvez invoquer la charte des droits et obligations du contribuable vérifié, qui prévoit la possibilité de s'adresser au supérieur hiérarchique puis à l'interlocuteur désigné. Si l'administration refuse sans motif valable, vous pouvez contester la procédure.
Qu'est-ce que la charte des droits et obligations du contribuable vérifié ?
C'est un document remis au contribuable lors d'une vérification de comptabilité, qui énonce ses droits, notamment la possibilité de se faire assister par un conseil et de contacter le supérieur hiérarchique du vérificateur en cas de difficultés.
Comment obtenir un entretien avec l'interlocuteur désigné par le directeur ?
Vous devez en faire la demande expresse, de préférence par écrit, en indiquant que vous rencontrez des difficultés au cours du contrôle. L'administration doit alors organiser cet entretien.
Quels sont mes droits lors d'une vérification de comptabilité ?
Vous avez le droit d'être informé des garanties de la charte, de vous faire assister par un conseil, de dialoguer avec le vérificateur, et en cas de difficultés, de contacter le supérieur hiérarchique et l'interlocuteur désigné.
L'administration doit-elle répondre à ma demande d'entretien avec le supérieur hiérarchique ?
Oui, si vous présentez une demande expresse faisant état de difficultés, l'administration doit y donner suite. Le refus peut être sanctionné par l'annulation de la procédure.

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