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Conseil d'État, 4ème chambre jugeant seule, 16 décembre 2025, n° 504021

Publication : D ECLI : ECLI:FR:CECHS:2025:504021.20251216

Synthèse de la décision

Question juridique

Le refus d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé peut-il engager la responsabilité de l'État en raison de l'illégalité de ce refus, et le préjudice résultant du maintien de la rémunération est-il en lien direct avec cette illégalité ?

Principe retenu

Le pourvoi en cassation devant le Conseil d'État fait l'objet d'une procédure préalable d'admission. L'admission est refusée si le pourvoi est irrecevable ou n'est fondé sur aucun moyen sérieux. En l'espèce, les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas de nature à permettre l'admission du pourvoi.

Faits clés

  • La société Allis a demandé au tribunal administratif de Caen la condamnation de l'État à lui verser 88 336,05 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité du refus d'autoriser le licenciement de Mme A... par l'inspecteur du travail le 8 avril 2013 et du rejet du recours hiérarchique par le ministre du travail le 19 septembre 2013.
  • Le tribunal administratif a rejeté sa demande par jugement du 15 décembre 2023.
  • La cour administrative d'appel de Nantes a rejeté l'appel par arrêt du 4 mars 2025.
  • La société Allis se pourvoit en cassation contre cet arrêt.
  • La société soutient que la cour a commis une erreur de droit en retenant que le refus était justifié par la méconnaissance de l'obligation de reclassement, alors que ce motif n'était pas invoqué par l'administration.

Articles cités

article L. 822-1 du code de justice administrative article L. 761-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : La société Allis a demandé au tribunal administratif de Caen de condamner l’Etat à lui verser la somme de 88 336, 05 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de sa réclamation indemnitaire préalable ainsi que de la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de l’illégalité tant de la décision du 8 avril 2013 par laquelle l’inspecteur du travail de la section n° 5 de l’unité de contrôle du Calvados a refusé de l’autoriser à licencier Mme B... A... que de la décision du 19 septembre 2013 par laquelle le ministre du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social a rejeté son recours hiérarchique contre ce refus. Par un jugement n° 2200724 du 15 décembre 2023, le tribunal administratif a rejeté sa demande. Par un arrêt n° 24NT00394 du 4 mars 2025, la cour administrative d’appel de Nantes a rejeté l’appel formé par la société Allis contre ce jugement. Par un pourvoi sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 5 mai et 4 août 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, la société Allis demande au Conseil d’Etat : 1°) d’annuler cet arrêt ; 2°) réglant l’affaire au fond, de faire droit à son appel ; 3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 5 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code du travail ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de M. Aurélien Gloux-Saliou, maître des requêtes, - les conclusions de M. Jean-François de Montgolfier, rapporteur public ; La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Lyon-Caen, Thiriez, avocat de la société Allis ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes de l’article L. 822-1 du code de justice administrative : « Le pourvoi en cassation devant le Conseil d’Etat fait l’objet d’une procédure préalable d’admission. L’admission est refusée par décision juridictionnelle si le pourvoi est irrecevable ou n’est fondé sur aucun moyen sérieux. » 2. Pour demander l’annulation de l’arrêt de la cour administrative d’appel de Nantes qu’elle attaque, la société Allis soutient qu’il est entaché : - d’insuffisance de motivation, de dénaturation des pièces du dossier, de méconnaissance de l’office du juge, de méconnaissance de l’autorité de chose jugée et d’erreur de droit en ce que la cour retient que le refus d’autoriser le licenciement était légalement justifié par la méconnaissance de son obligation de reclassement, alors que ce motif erroné, dont la cour ne précise ni en quoi il était fondé ni en quoi il suffisait à justifier le refus de licenciement, n’était énoncé que dans la décision du ministre chargé du travail du 19 septembre 2013, annulée par une décision du Conseil d’Etat, statuant au contentieux du 24 décembre 2019, et que l’administration, malgré une mise en demeure de produire un mémoire en défense adressée par la cour, n’a pas davantage produit d’écritures en appel qu’en première instance et n’a donc pas invoqué ce motif, qu’il n’appartenait pas au juge de rechercher de lui-même ; - d’erreur de droit et d’inexacte qualification juridique des faits en ce que la cour écarte l’existence d’un lien direct entre l’illégalité du refus d’autoriser le licenciement et le préjudice résultant du maintien de la rémunération de la salariée concernée, en jugeant qu’elle a méconnu son obligation de reclassement, faute d’avoir formulé des offres de reclassement fermes, alors que le caractère ferme de telles offres ne constitue pas un critère pertinent pour apprécier le respect de l’obligation en cause. 3. Aucun de ces moyens n’est de nature à permettre l’admission du pourvoi. D E C I D E : -------------- Article 1er : Le pourvoi de la société Allis n’est pas admis. Article 2 : La présente décision sera notifiée à la société Allis. Copie en sera adressée à Mme B... A... et au ministre du travail et des solidarités.

Questions fréquentes

Puis-je obtenir une indemnisation si l'administration refuse à tort d'autoriser le licenciement d'un salarié protégé ?
Oui, si le refus est illégal et que vous subissez un préjudice direct et certain, vous pouvez demander réparation à l'État devant le juge administratif.
Quel est le délai pour demander réparation à l'État après une décision illégale ?
Le délai de prescription est généralement de 4 ans à compter du premier jour de l'année suivant celle où les droits ont été acquis (loi du 31 décembre 1968).
Comment prouver le préjudice subi du fait d'un refus d'autorisation de licenciement ?
Il faut démontrer le lien de causalité entre l'illégalité et le préjudice, par exemple en produisant les bulletins de salaire versés pendant la période de maintien de la rémunération.
Le juge peut-il soulever d'office un moyen pour justifier une décision administrative ?
Non, le juge ne peut pas substituer d'office un motif à celui de l'administration ; il doit se fonder sur les motifs invoqués par l'administration ou les parties.
Qu'est-ce que l'obligation de reclassement et comment s'apprécie-t-elle ?
L'obligation de reclassement impose à l'employeur de proposer des postes compatibles avec les capacités du salarié, dans l'entreprise ou le groupe. Elle s'apprécie concrètement, notamment par des offres écrites et précises.
Quelles sont les conditions pour que le pourvoi en cassation soit admis ?
Le pourvoi doit être recevable et fondé sur un moyen sérieux. L'admission est refusée si le pourvoi est irrecevable ou ne présente pas de moyen sérieux.

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