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Conseil d'État, 2ème chambre jugeant seule, 2 juillet 2026, n° 504328

Satisfaction totale Publication : C ECLI : ECLI:FR:CECHS:2026:504328.20260702

Synthèse de la décision

Question juridique

Le décret rapportant un décret de naturalisation pour fraude peut-il être annulé lorsque l'intéressé avait informé l'administration de son mariage avant la naturalisation ?

Principe retenu

Un décret rapportant une naturalisation pour fraude peut être annulé si l'intéressé avait informé l'administration de son changement de situation familiale avant la naturalisation. L'administration ne peut pas se prévaloir d'un défaut d'information si elle a été informée par courriel.

Faits clés

  • M. A..., ressortissant afghan, a demandé sa naturalisation le 30 mars 2021 en se déclarant célibataire.
  • Il s'est engagé à signaler tout changement de situation familiale.
  • Il s'est marié le 9 mars 2022 et a informé l'administration par courriel le 30 avril 2022.
  • Il a été naturalisé par décret du 20 juillet 2022.
  • Le décret de naturalisation a été rapporté le 4 décembre 2024 pour fraude, au motif qu'il n'avait pas signalé son mariage.

Articles cités

article 27-2 du code civil article L. 761-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Par une requête enregistrée le 14 mai 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d’État, M. B... A... demande au Conseil d’État : 1°) d’annuler pour excès de pouvoir le décret du 4 décembre 2024 rapportant le décret du 20 juillet 2022 lui accordant la nationalité française, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux contre ce décret ; 2°) d’enjoindre au Premier ministre de le rétablir dans la nationalité française ou, à défaut, de réexaminer sa demande de maintien dans la nationalité française dans un délai d’un mois sous astreinte de 200 euros par jour de retard ; 3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Il soutient que le décret attaqué est entaché : - d’incompétence dès lors qu’il n’est pas justifié de la qualité de ses signataires faute qu’il soit justifié que l’agent ayant certifié conforme son ampliation au nom du secrétaire général du Gouvernement dispose d’une délégation de signature à cet effet ; - d’une erreur de fait dès lors qu’il retient qu’il n’a pas informé le service instruisant sa demande de naturalisation de son mariage avant que n’intervienne le décret du 20 juillet 2022 alors qu’il a procédé à cette information par un courrier électronique en date du 30 avril 2022. Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2025, le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code civil ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de Mme Liza Bellulo, maîtresse des requêtes, - les conclusions de M. Clément Malverti, rapporteur public ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes des dispositions de l’article 27-2 du code civil : « Les décrets portant acquisition, naturalisation ou réintégration peuvent être rapportés sur avis conforme du Conseil d’Etat dans le délai de deux ans à compter de leur publication au Journal officiel si le requérant ne satisfait pas aux conditions légales ; si la décision a été obtenue par mensonge ou fraude, ces décrets peuvent être rapportés dans le délai de deux ans à partir de la découverte de la fraude ». 2. Il ressort des pièces du dossier que M. A..., ressortissant afghan, a déposé une demande de naturalisation auprès de la préfecture d’Indre-et-Loire le 30 mars 2021, dans laquelle il a indiqué être célibataire sans enfant et s’est engagé sur l’honneur à signaler tout changement dans sa situation personnelle et familiale aux services chargés de l’instruction de sa demande. Au vu de ses déclarations, il a été naturalisé par décret du 20 juillet 2022. Par décret du 4 décembre 2024, publié au Journal officiel de la République du 6 décembre 2024, le décret du 20 juillet 2022 prononçant la naturalisation de M. A... a été rapporté au motif qu’il avait été pris au vu d’informations mensongères délivrées par l’intéressé qui s’était abstenu, en méconnaissance de l’engagement qu’il avait pris, de porter à la connaissance du service instruisant sa demande de naturalisation le mariage qu’il avait contracté le 9 mars 2022. M. A... demande l’annulation pour excès de pouvoir de ce décret. 3. Il ressort des pièces du dossier que M. A... a, par un courrier électronique en date du 30 avril 2022, informé la sous-direction de l’accès à la nationalité française, chargée de l’instruction de sa demande de naturalisation, de son mariage contracté le 9 mars 2022 et lui a transmis l’acte en attestant. Par suite, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur l’autre moyen de la requête, M. A... est fondé à demander l’annulation pour excès de pouvoir du décret qu’il attaque. 4. La présente décision, qui annule le décret qui avait rapporté le décret accordant la nationalité française à M. A..., n’implique par elle-même aucune mesure d’exécution. Les conclusions à fins d’injonction ne peuvent, par suite, qu’être rejetées. 5. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros à verser à M. A..., au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. D E C I D E : -------------- Article 1er : Le décret du 4 décembre 2024 rapportant le décret du 20 juillet 2022 accordant la nationalité française à M. A... est annulé. Article 2 : L’Etat versera à M. A... la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté. Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. B... A... et au ministre de l’intérieur. Délibéré à l’issue de la séance du 4 juin 2026 où siégeaient : M. Jean-Yves Ollier, assesseur, présidant ; M. Jérôme Goldenberg, conseiller d’Etat en service extraordinaire et Mme Liza Bellulo, maîtresse des requêtes-rapporteure. Rendu le 2 juillet 2026. Le président : Signé : M. Jean-Yves Ollier La rapporteure : Signé : Mme Liza Bellulo Le secrétaire : Signé : M. Guillaume Augé La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision. Pour expédition conforme, Pour la secrétaire du contentieux, par délégation :

Questions fréquentes

Puis-je perdre ma nationalité française si je me marie après ma demande de naturalisation ?
Non, si vous informez l'administration de votre mariage avant la naturalisation, le décret de naturalisation ne peut pas être rapporté pour fraude.
Que se passe-t-il si je ne signale pas mon mariage pendant ma procédure de naturalisation ?
Si vous ne signalez pas votre mariage, l'administration peut considérer que vous avez menti et rapporter le décret de naturalisation dans un délai de deux ans à compter de la découverte de la fraude.
Comment contester un décret qui me retire la nationalité française ?
Vous pouvez former un recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d'État dans un délai de deux mois à compter de la publication du décret.
Quel est le délai pour rapporter un décret de naturalisation pour fraude ?
Le décret peut être rapporté dans un délai de deux ans à compter de la découverte de la fraude, selon l'article 27-2 du code civil.
Que faire si l'administration me retire la nationalité alors que je l'avais informée de mon mariage ?
Vous pouvez contester le décret de rapport en apportant la preuve de votre information, comme un courriel, et demander son annulation.

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