Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite
← Conseil d'État

Conseil d'État, 9ème chambre jugeant seule, 26 mars 2026, n° 504690

Rejet PAPC Publication : C ECLI : ECLI:FR:CECHS:2026:504690.20260326

Synthèse de la décision

Question juridique

La fermeture temporaire d'hôtels en raison de la crise sanitaire peut-elle être regardée comme indépendante de la volonté du contribuable pour bénéficier du dégrèvement pour inexploitation prévu à l'article 1389 du code général des impôts ?

Principe retenu

Le dégrèvement pour inexploitation prévu à l'article 1389 du code général des impôts est subordonné à la condition que l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable. Une fermeture administrative ou une impossibilité d'exploiter en raison de mesures sanitaires peut constituer une cause indépendante de la volonté, mais le contribuable doit démontrer qu'il ne pouvait pas affecter ses locaux à un autre usage. En l'espèce, la société n'a pas apporté cette preuve, et le pourvoi n'est pas admis.

Faits clés

  • La société Euro Disney Associés a demandé la réduction de cotisations de taxe foncière, de taxe d'enlèvement des ordures ménagères et de taxe spéciale d'équipement pour 2020 et 2021.
  • Le tribunal administratif de Melun a partiellement fait droit à sa demande, mais a rejeté le surplus.
  • La société a formé un pourvoi en cassation contre l'article 6 du jugement.
  • Elle soutenait que la fermeture de ses hôtels de mars à juillet 2020 et d'octobre 2020 à juillet 2021 était indépendante de sa volonté.
  • Le tribunal avait estimé qu'elle aurait pu affecter ses hôtels à l'hébergement d'urgence.

Articles cités

article 1389 du code général des impôts article R. 811-1 du code de justice administrative article L. 822-1 du code de justice administrative article L. 761-1 du code de justice administrative article 8 du décret n° 2020-293 du 23 mars 2020

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : La société Euro Disney Associés a demandé au tribunal administratif de Melun de prononcer la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties, de taxe d’enlèvement des ordures ménagères et de taxe spéciale d’équipement auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2020 et 2021 dans les rôles des communes de Chessy et Bailly-Romainvilliers (Seine-et-Marne). Par un jugement nos 2111857, 2112070, 2206890, 2206891 du 26 mars 2025, ce tribunal, après avoir prononcé un non-lieu à statuer à concurrence de dégrèvements intervenus en cours d’instance, a prononcé une réduction des impositions en litige et rejeté le surplus des conclusions de sa demande. Par un pourvoi sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 26 mai et 26 août 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, la société Euro Disney Associés demande au Conseil d'Etat : 1°) d’attribuer le jugement de ses conclusions dirigées contre l’article 6 de ce jugement, en tant que le tribunal administratif s’est prononcé sur la taxe spéciale d’équipement, à la cour administrative d’appel de Paris ; 2°) d’annuler l’article 6 de ce jugement, en tant que le tribunal administratif s’est prononcé sur les autres impositions en litige ; 3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ; - le décret n° 2020-293 du 23 mars 2020 ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de Mme Agathe Cavaliere, auditrice, - les conclusions de M. Bastien Lignereux, rapporteur public ; La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Célice, Texidor, Perier, avocat de la société Euro Disney Associés ; Vu la note en délibéré, enregistrée le 27 février 2026, présentée par la société Euro Disney Associés ; Considérant ce qui suit : Sur la taxe spéciale d’équipement : 1. Selon le 4° de l’article R. 811-1 du code de justice administrative, le tribunal administratif statue en premier et dernier ressort sur les litiges relatifs aux impôts locaux, à l'exception des litiges relatifs à la contribution économique territoriale. 2. La taxe spéciale d’équipement en litige mise à la charge de la société EDL Hôtels a été perçue au profit de la société du Grand Paris. Cet établissement public est un établissement public de l’Etat. Par suite, cette taxe spéciale d’équipement ne saurait être regardée comme une imposition locale au sens de l’article R. 811-1 du code de justice administrative. Dès lors, la requête de la société doit être regardée, dans cette mesure, comme un appel, dont il appartient à la cour administrative d’appel de Paris de connaître. Sur les autres impositions en litige : 3. Aux termes de l’article L. 822-1 du code de justice administrative : « Le pourvoi en cassation devant le Conseil d’Etat fait l’objet d’une procédure préalable d’admission. L’admission est refusée par décision juridictionnelle si le pourvoi est irrecevable ou n’est fondé sur aucun moyen sérieux ». 4. Pour demander l’annulation de l’article 6 du jugement qu’elle attaque, en tant qu’il se prononce sur les impositions en litige autres que la taxe spéciale d’équipement, la société Euro Disney Associés soutient que le tribunal administratif de Melun : - a commis une erreur de droit, en jugeant, pour lui refuser le bénéfice du dégrèvement pour inexploitation prévu à l’article 1389 du code général des impôts, que la décision qu’elle avait prise de fermer temporairement ses hôtels, d’une part, de mars à juillet 2020 et, d’autre part, d’octobre 2020 à juillet 2021, ne pouvait être regardée comme indépendante de sa volonté, au motif qu’elle aurait pu, pendant ces périodes, affecter les capacités d’accueil de ces hôtels à l’hébergement d’urgence des personnes fragiles et du personnel médical ; - a commis une erreur de droit, en se fondant, au mépris de toute approche concrète de sa situation, sur une possibilité purement théorique de poursuivre l’exploitation de ses hôtels, alors que leur activité était entièrement tournée vers l’hébergement de la clientèle des parcs d’attraction Disney situés à proximité immédiate et que ceux-ci, en raison de la situation sanitaire due à l’épidémie de covid-19, faisaient l’objet d’une mesure de fermeture administrative ; - a inexactement qualifié les faits soumis à son appréciation et dénaturé les pièces du dossier, en estimant que ses hôtels et les parcs d’attraction Disney ne pouvaient être regardés comme un ensemble économique intégré devant bénéficier du dégrèvement pour inexploitation à raison des périodes correspondant à la fermeture administrative des parcs ; - a commis une erreur de droit en jugeant que le Disney’s Davy Crockett Ranch n’était pas au nombre des établissements dont l’article 8 du décret du 23 mars 2020 avait prescrit la fermeture au public et méconnu la portée de ses écritures en estimant qu’elle n’avait pas précisé la catégorie mentionnée par les dispositions de cet article dont relevait son établissement. 5. Aucun de ces moyens n’est de nature à permettre l’admission du pourvoi. D E C I D E : -------------- Article 1er : Le jugement des conclusions de la requête de la société Euro Disney Associés dirigées contre l’article 6 du jugement attaqué, en tant qu’il s’est prononcé sur la taxe spéciale d’équipement, est attribué à la cour administrative d’appel de Paris. Article 2 : Le pourvoi de la société Euro Disney Associés n’est pas admis. Article 3 : La présente décision sera notifiée à la société Euro Disney Associés. Copie en sera adressée au ministre de l’action et des comptes publics. Délibéré à l'issue de la séance du 26 février 2026 où siégeaient : M. Nicolas Polge, conseiller d'Etat, présidant ; M. Vincent Daumas, conseiller d'Etat et Mme Agathe Cavaliere, auditrice-rapporteure. Rendu le 26 mars 2026. Le président : Signé : M. Nicolas Polge La rapporteure : Signé : Mme Agathe Cavaliere Le secrétaire : Signé : M. Gilles Ho La République mande et ordonne au ministre de l’action et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision. Pour expédition conforme, Pour la secrétaire du contentieux, par délégation :

Questions fréquentes

Quelles sont les conditions pour bénéficier du dégrèvement pour inexploitation prévu à l'article 1389 du CGI ?
Le dégrèvement est accordé si l'inexploitation est indépendante de la volonté du contribuable, par exemple en cas de fermeture administrative, et si le contribuable n'a pas pu affecter les locaux à un autre usage.
La fermeture de mes hôtels à cause du covid est-elle considérée comme indépendante de ma volonté ?
Oui, si la fermeture est imposée par une mesure administrative, mais vous devez démontrer que vous n'aviez pas d'autre possibilité d'exploitation, par exemple en les affectant à un autre usage.
Quelle juridiction est compétente pour un litige sur la taxe spéciale d'équipement ?
La taxe spéciale d'équipement perçue au profit d'un établissement public de l'État n'est pas une imposition locale, donc le litige relève de la cour administrative d'appel, et non du tribunal administratif en premier et dernier ressort.
Comment contester un refus de dégrèvement pour inexploitation ?
Vous pouvez former une réclamation auprès de l'administration fiscale, puis un recours contentieux devant le tribunal administratif, et éventuellement un pourvoi en cassation devant le Conseil d'État.
Puis-je demander la réduction de ma taxe foncière si mon activité est saisonnière ?
Le dégrèvement pour inexploitation ne s'applique que si l'inexploitation est indépendante de votre volonté, comme une fermeture administrative. Une fermeture saisonnière volontaire ne donne pas droit au dégrèvement.

Décisions liées

💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision du Conseil d'État à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé.