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Conseil d'État, 9ème et 10ème chambres réunies, 24 février 2026, n° 505079

Satisfaction partielle Publication : C ECLI : ECLI:FR:CECHR:2026:505079.20260224

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge des référés peut-il suspendre l'exécution d'une décision de gel d'avoirs prise en application du règlement (UE) n° 269/2014 lorsque la demande de suspension est fondée sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative ?

Principe retenu

Le juge des référés ne peut suspendre l'exécution d'une décision administrative que si l'urgence le justifie et qu'il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision. En l'espèce, la demande de suspension de la décision de gel des avoirs a été rejetée car les moyens soulevés n'étaient pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. Le juge a également jugé que les dérogations prévues à l'article 4 du règlement (UE) n° 269/2014 ne permettaient pas de déroger à l'article 2 pour le paiement de dépenses répondant à des besoins essentiels et de dettes fiscales.

Faits clés

  • Mme E... C..., de nationalité russe, détient à 100 % la société Sunset Properties, qui détient l'intégralité du capital de quatre sociétés propriétaires de biens immobiliers à Antibes.
  • Le 12 novembre 2024, ces quatre sociétés ont été inscrites sur la liste des personnes morales propriétaires de biens immobiliers faisant l'objet de mesures de gel en application du règlement (UE) n° 269/2014.
  • Les sociétés ont demandé au juge des référés du tribunal administratif de Paris de suspendre l'exécution de cette décision, ainsi que la décision de refus de déblocage de ressources économiques gelées du 11 mars 2025.
  • Par deux ordonnances du 27 mai 2025, la juge des référés a rejeté leurs demandes.
  • Les sociétés se sont pourvues en cassation devant le Conseil d'État.

Articles cités

article L. 521-1 du code de justice administrative article L. 761-1 du code de justice administrative article 2 du règlement (UE) n° 269/2014 article 4 du règlement (UE) n° 269/2014 article 6 du règlement (UE) n° 269/2014

Texte de la décision

Vu les procédures suivantes : I. - la société CDA Investment, la société VH Antibes, la société Florella Property, la société Lexa Property, Mme E... C... et la société Sunset Properties ont demandé au juge des référés du tribunal administratif de Paris, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, en premier lieu, de suspendre l’exécution de la décision d’ajouter quatre des sociétés requérantes, le 12 novembre 2024, à la liste, prévue par le décret n° 2022-815 du 16 mai 2022, des personnes morales propriétaires de biens immobiliers faisant l’objet des mesures de gel mises en œuvre en vertu du règlement (UE) n° 269/2014 du 17 mars 2014, publiée sur le site internet www.tresor.economie.gouv.fr, en deuxième lieu, de suspendre l’exécution de la décision d’ajouter des biens immobiliers appartenant aux sociétés requérantes, à la même date, à la liste, prévue par le décret n° 2022-515 du 8 avril 2022, des biens immobiliers faisant l’objet de ces mesures de gel, publiée sur le même site internet, et, en dernier lieu, d’ordonner, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard, la publication, sur le site internet du ministère de l’intérieur et du ministère de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, de l’ordonnance à intervenir. Par une ordonnance n° 2512286 du 27 mai 2025, la juge des référés de ce tribunal a rejeté leur demande. Sous le n° 505079, par un pourvoi sommaire, un mémoire complémentaire et quatre nouveaux mémoires, enregistrés les 10 et 24 juin, 15 juillet et 10 octobre 2025 et les 9 et 26 janvier 2026 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, la société CDA Investment et autres demandent au Conseil d'Etat : 1°) d’annuler cette ordonnance ; 2°) statuant en référé, de faire droit à leur demande ; 3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. II. - La société CDA Investment, la société VH Antibes, la société Florella Property, la société Lexa Property, Mme E... C... et la société Sunset Properties ont demandé au juge des référés du tribunal administratif de Paris d’ordonner, d’une part, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision du 11 mars 2025 du ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique refusant de faire droit à la demande de déblocage de ressources économiques gelées qu’elles ont présentée à ce ministre et au ministre de l’intérieur, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de cette décision, et d’autre part, la publication, sur le site internet du ministère de l’intérieur et du ministère de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard, de l’ordonnance à intervenir. Par une ordonnance n° 2512515 du 27 mai 2025, la juge des référés de ce tribunal a rejeté leur demande. Sous le n° 505084, par un pourvoi sommaire, un mémoire complémentaire et trois nouveaux mémoires, enregistrés les 10 et 24 juin, 15 juillet et 10 octobre 2025 et le 9 janvier 2026 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, la société CDA Investment et autres demandent au Conseil d'Etat : 1°) d’annuler cette ordonnance ; 2°) statuant en référé, de faire droit à leur demande ; 3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. ………………………………………………………………………… Vu les autres pièces des dossiers ; Vu : - le traité sur l’Union européenne ; - le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne ; - le règlement (UE) n° 269/2014 du Conseil du 17 mars 2014 ; - le décret n° 2022-515 du 8 avril 2022 ; - le décret n° 2022-815 du 16 mai 2022 ; - le code des relations entre le public et l’administration ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de M. Olivier Saby, maître des requêtes, - les conclusions de Mme Céline Guibé, rapporteure publique ; La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SAS Boucard, Capron, Maman, avocat de la société CDA Investment et autres ; Considérant ce qui suit : 1. Il ressort des pièces du dossier soumis au juge des référés du tribunal administratif de Paris que Mme E... C..., de nationalité russe, détient à 100 % la société Sunset Properties, laquelle détient l’intégralité du capital des quatre sociétés CDA Investment, VH Antibes, Florella Property et Lexa Property, dont chacune est propriétaire d’un bien immobilier situé sur la commune d’Antibes (Alpes-Maritimes). Le 12 novembre 2024, ces quatre sociétés ont été inscrites sur la liste, prévue par le décret du 16 mai 2022 et publiée sur le site internet www.tresor.economie.gouv.fr, des personnes morales propriétaires de biens immobiliers faisant l'objet des mesures de gel prises en application du règlement (UE) n° 269/2014 du Conseil du 17 mars 2014 eu égard aux actions compromettant ou menaçant l'intégrité territoriale, la souveraineté et l'indépendance de l'Ukraine. Les biens immobiliers concernés ont été inscrits, à la même date, sur la liste, prévue par le décret du 8 avril 2022 et publiée sur le même site internet, des biens immobiliers faisant l’objet des mesures de gel. 2. Les quatre sociétés propriétaires des biens en cause ont demandé au ministre de l’intérieur et au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique de retirer les décisions les ajoutant, ainsi que leurs biens, à la liste des personnes morales propriétaires de biens immobiliers faisant l’objet d’une mesure de gel et à la liste de ces biens, respectivement, ou, à défaut, de mettre fin, sur le fondement de l’article 6 du règlement (UE) n° 269/2014, au gel des biens immobiliers concernés afin que leur location permette à Mme C... de s’acquitter de l’impôt sur la fortune immobilière pour l’année 2024 et aux sociétés propriétaires de régler les charges courantes afférentes à ces biens. Elles ont adressé copie de cette demande au bureau des sanctions de la direction générale du Trésor, qui leur a répondu, le 11 mars 2025, qu’une demande de déblocage de fonds pouvait être déposée sur une plateforme numérique ad hoc. Mme C... et les sociétés requérantes demandent l’annulation des ordonnances du 27 mai 2025 par lesquelles la juge des référés du tribunal administratif de Paris a rejeté leurs demandes tendant à la suspension de l’exécution des décisions du 12 novembre 2024 d’inscription des sociétés propriétaires et de leurs biens sur les listes publiées, ainsi que de la réponse du 11 mars 2025 à leur demande de déblocage, respectivement. 3. Les deux pourvois visés ci-dessus présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une même décision. Sous le numéro 505079 : 4. Par décision 2014/145/PESC du 17 mars 2014, prise sur le fondement de l’article 29 du traité sur l’Union européenne, le Conseil de l’Union européenne a décidé de prendre des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine. Pour la mise en œuvre de ces mesures restrictives, cette même autorité a, sur le fondement de l’article 215 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, pris le règlement (UE) n° 269/2014 du 17 mars 2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l'intégrité territoriale, la souveraineté et l'indépendance de l'Ukraine. Aux termes de l’article 2 de ce règlement : « 1.

Questions fréquentes

Puis-je contester une décision de gel de mes avoirs ?
Oui, vous pouvez contester une décision de gel d'avoirs devant le juge administratif, notamment en demandant une suspension en référé si l'urgence le justifie et s'il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision.
Comment obtenir la suspension d'une décision de gel d'avoirs ?
Vous devez saisir le juge des référés du tribunal administratif sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, en démontrant l'urgence et en soulevant des moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.
Puis-je utiliser mes avoirs gelés pour payer mes dépenses essentielles ?
Le règlement (UE) n° 269/2014 prévoit des dérogations pour les besoins essentiels, mais celles-ci sont strictement encadrées. En l'espèce, le juge a jugé que les dérogations de l'article 4 ne permettaient pas de déroger à l'article 2 pour le paiement de dépenses essentielles et de dettes fiscales.
Quelle est la différence entre le référé suspension et le référé liberté ?
Le référé suspension (article L. 521-1) permet de suspendre l'exécution d'une décision administrative, tandis que le référé liberté (article L. 521-2) permet de faire cesser une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Les conditions sont différentes.
Le juge des référés peut-il ordonner la publication de son ordonnance ?
Oui, le juge des référés peut assortir sa décision d'une astreinte et ordonner les mesures nécessaires, y compris la publication, si cela est justifié.

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