Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite
← Conseil d'État

Conseil d'État, 6ème et 5ème chambres réunies, 10 décembre 2025, n° 505141

QPC M-Refus transmission (ADD) Publication : C ECLI : ECLI:FR:CECHR:2025:505141.20251210

Synthèse de la décision

Question juridique

L'article 26 de l'ordonnance n° 58-1270 du 22 décembre 1958 portant loi organique relative au statut de la magistrature, qui régit l'affectation des auditeurs de justice en fonction de leur rang de classement, porte-t-il atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution, notamment en ce qui concerne l'adaptation des postes aux personnes handicapées ?

Principe retenu

Le Conseil d'État refuse de renvoyer au Conseil constitutionnel une question prioritaire de constitutionnalité lorsque la disposition contestée a déjà été déclarée conforme à la Constitution par le Conseil constitutionnel dans les motifs et le dispositif d'une décision, et qu'aucun changement de circonstances n'est invoqué. En l'espèce, l'article 26 de l'ordonnance du 22 décembre 1958 a été déclaré conforme par la décision n° 93-336 DC du 27 janvier 1994, et la requérante n'apporte aucun élément nouveau justifiant un réexamen.

Faits clés

  • Mme Vandenabeele, auditrice de justice, a demandé à être affectée hors classement sur un poste fléché adapté à son handicap.
  • Le garde des sceaux a refusé cette demande par décision du 31 mars 2025.
  • Le recours gracieux a été rejeté le 10 avril 2025.
  • Mme Vandenabeele a saisi le Conseil d'État d'une requête en annulation de ces décisions.
  • À l'appui de sa requête, elle a soulevé une question prioritaire de constitutionnalité contre l'article 26 de l'ordonnance n° 58-1270 du 22 décembre 1958.

Articles cités

article 23-5 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 article 26 de l'ordonnance n° 58-1270 du 22 décembre 1958 article 61-1 de la Constitution article 46 de la Constitution article 61 de la Constitution

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Par deux mémoires, enregistrés les 11 septembre et 24 octobre 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d’État, Mme A... Vandenabeele demande au Conseil d’État, en application de l’article 23-5 de l’ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 et à l’appui de sa requête tendant à l’annulation de la décision du 31 mars 2025 par laquelle le ministre d’Etat, garde des sceaux, ministre de la justice a refusé de faire droit à sa demande de pouvoir être affectée hors classement sur un « poste fléché » adapté à son handicap et de la décision du 10 avril 2025 par laquelle le ministre d’Etat, garde des sceaux, ministre de la justice a rejeté sa demande de recours gracieux, de renvoyer au Conseil constitutionnel la question de la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution de l’article 26 de l’ordonnance n° 58-1270 du 22 décembre 1958 portant loi organique relative au statut de la magistrature. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - la Constitution, notamment son Préambule et son article 61-1 ; - l’ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 ; - l’ordonnance n° 58-1270 du 22 décembre 1958 ; - la décision du Conseil constitutionnel n° 93-336 DC du 27 janvier 1994 ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de M. Gaspard Montbeyre, maître des requêtes en service extraordinaire, - les conclusions de Mme Maïlys Lange, rapporteure publique ; La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Sevaux, Mathonnet, avocat de Mme Vandenabeele ; Vu la note en délibéré, enregistrée le 1er décembre 2025, présentée par Mme Vandenabeele ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes du premier alinéa de l’article 23-5 de l’ordonnance du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel : « Le moyen tiré de ce qu’une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution peut être soulevé (…) à l’occasion d’une instance devant le Conseil d’Etat (…) ». Il résulte des dispositions de ce même article que le Conseil constitutionnel est saisi de la question prioritaire de constitutionnalité à la triple condition que la disposition contestée soit applicable au litige ou à la procédure, qu’elle n’ait pas déjà été déclarée conforme à la Constitution dans les motifs et le dispositif d’une décision du Conseil constitutionnel, sauf changement des circonstances, et que la question soit nouvelle ou présente un caractère sérieux. 2. Aux termes de l’article 26 de l’ordonnance du 22 décembre 1958 relative au statut de la magistrature, dont la constitutionnalité est contestée par Mme Vandenabeele : « Le Président de la République nomme les auditeurs de justice aux postes du second degré de la hiérarchie judiciaire sur les propositions du garde des sceaux, ministre de la justice. / Suivant leur rang de classement, à l'exclusion des fonctions visées par les réserves du jury prévues à l'article 21 et en fonction de la liste qui leur est proposée, les auditeurs font connaître au garde des sceaux, ministre de la justice, le poste auquel ils souhaitent être nommés. / Un auditeur de justice qui n'a pas exprimé de choix fait d'office l'objet d'une proposition de nomination et, s'il refuse cette proposition, il est considéré comme démissionnaire. / Au vu de ces choix, le garde des sceaux, ministre de la justice, saisit pour avis la formation compétente du Conseil supérieur. / En cas d'avis défavorable pour la nomination d'un auditeur à un emploi du siège, une nouvelle proposition de nomination est faite après consultation de l'intéressé et soumise pour avis à la formation compétente du Conseil supérieur. En cas d'avis défavorable pour la nomination d'un auditeur à un emploi du parquet, le garde des sceaux, ministre de la justice, peut passer outre ou faire une nouvelle proposition après consultation de l'intéressé qui est soumise pour avis à la formation compétente du Conseil supérieur. / Si l'auditeur refuse la nouvelle proposition, il est considéré comme démissionnaire (…) ». 3. Saisi par le Premier ministre conformément aux dispositions du dernier alinéa de l’article 46 et du premier alinéa de l’article 61 de la Constitution, le Conseil constitutionnel a, dans les motifs et le dispositif de sa décision n° 93-336 DC du 27 janvier 1994, déclaré conforme à la Constitution l’ensemble de la loi organique modifiant l'ordonnance n° 58-1270 du 22 décembre 1958 relative au statut de la magistrature, dont sont issues les dispositions contestées. La requérante ne faisant état d’aucun élément susceptible de caractériser un changement des circonstances au sens et pour l’application des dispositions de l’article 23-5 de l’ordonnance du 7 novembre 1958, il n’y a pas lieu de renvoyer au Conseil constitutionnel la question prioritaire de constitutionnalité qu’elle soulève. D E C I D E : -------------- Article 1er : Il n’y a pas lieu de renvoyer au Conseil constitutionnel la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par Mme Vandenabeele. Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A... Vandenabeele et au garde des sceaux, ministre de la justice. Copie en sera adressée au Premier ministre et au Conseil constitutionnel. Délibéré à l'issue de la séance du 1er décembre 2025 où siégeaient : M. Denis Piveteau, président adjoint de la section du contentieux, présidant ; Mme Isabelle de Silva, M. Jean-Philippe Mochon, présidents de chambre ; Mme Laurence Helmlinger, M. Jérôme Marchand-Arvier, M. Stéphane Hoynck, M. Christophe Pourreau, M. Jean-Luc Matt, conseillers d'Etat et M. Gaspard Montbeyre, maître des requêtes en service extraordinaire-rapporteur. Rendu le 10 décembre 2025. Le président : Signé : M. Denis Piveteau Le rapporteur : Signé : M. Gaspard Montbeyre La secrétaire : Signé : Mme Marie-Adeline Allain

Questions fréquentes

Puis-je être affecté sur un poste adapté à mon handicap dans la magistrature ?
La loi organique relative au statut de la magistrature prévoit que les auditeurs de justice sont affectés selon leur rang de classement, sans prévoir d'adaptation spécifique pour les personnes handicapées. Toutefois, vous pouvez demander un aménagement de poste, mais cela dépend des possibilités offertes par l'administration.
Comment contester un refus d'affectation pour cause de handicap ?
Vous pouvez former un recours gracieux auprès du ministre de la justice, puis un recours contentieux devant le Conseil d'État. Vous pouvez également soulever une question prioritaire de constitutionnalité si vous estimez que la loi applicable porte atteinte à vos droits.
Qu'est-ce qu'une question prioritaire de constitutionnalité ?
La QPC est un mécanisme permettant à tout justiciable de contester la conformité d'une loi déjà en vigueur aux droits et libertés garantis par la Constitution. Elle est examinée par le Conseil d'État ou la Cour de cassation, qui peut la transmettre au Conseil constitutionnel.
Puis-je soulever une QPC contre une loi déjà déclarée conforme ?
Non, sauf si vous invoquez un changement de circonstances de droit ou de fait qui n'existait pas lors de la déclaration de conformité. En l'absence de changement, la QPC ne sera pas transmise.
Quels sont les recours contre une décision du garde des sceaux ?
Vous pouvez exercer un recours gracieux auprès du garde des sceaux, puis un recours hiérarchique éventuel, et enfin un recours contentieux devant la juridiction administrative compétente, en l'occurrence le Conseil d'État pour les décisions individuelles concernant les magistrats.
Le classement des auditeurs de justice est-il conforme à la Constitution ?
Le Conseil constitutionnel a déjà jugé conforme à la Constitution l'article 26 de l'ordonnance du 22 décembre 1958 relatif à l'affectation selon le rang de classement. Sans changement de circonstances, cette conformité ne peut plus être contestée.

Décisions liées

💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision du Conseil d'État à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé.