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Conseil d'État, 1ère chambre jugeant seule, 19 décembre 2025, n° 505291

Rejet PAPC Publication : D ECLI : ECLI:FR:CECHS:2025:505291.20251219

Synthèse de la décision

Question juridique

Le préjudice invoqué par des notaires, résultant de l'illégalité d'un plan local d'urbanisme, est-il certain en l'absence de condamnation définitive par le juge judiciaire ?

Principe retenu

Le pourvoi en cassation devant le Conseil d'État fait l'objet d'une procédure préalable d'admission. L'admission est refusée si le pourvoi est irrecevable ou n'est fondé sur aucun moyen sérieux. En l'espèce, les moyens soulevés par les requérants, notaires, ne sont pas de nature à permettre l'admission du pourvoi.

Faits clés

  • M. C... et M. A..., notaires, ont instrumenté la cession d'un terrain classé en zone 1AU par le plan local d'urbanisme de Menthon-Saint-Bernard approuvé le 14 novembre 2011.
  • Ils ont demandé au tribunal administratif de Grenoble la condamnation de la commune à leur verser 5 000 000 euros en réparation du préjudice résultant de l'illégalité de ce classement.
  • Le tribunal administratif a rejeté leur demande par jugement du 7 mars 2022.
  • La cour administrative d'appel de Lyon a rejeté leur appel par arrêt du 17 avril 2025.
  • Ils se pourvoient en cassation contre cet arrêt, soutenant que la cour a commis une erreur de droit en jugeant leur préjudice incertain faute de condamnation judiciaire, et a dénaturé leurs écritures concernant le préjudice moral.

Articles cités

article L. 822-1 du code de justice administrative article L. 761-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : M. D... C... et M. B... A... ont demandé au tribunal administratif de Grenoble de condamner la commune de Menthon-Saint-Bernard (Haute-Savoie) à leur verser la somme de 5 000 000 euros, en réparation du préjudice qu’ils estiment avoir subi du fait de l’illégalité du plan local d’urbanisme approuvé le 14 novembre 2011, en tant que ce plan classe en zone 1AU un terrain dont ils ont, comme notaires, instrumenté la cession. Par un jugement n° 1902014 du 7 mars 2022, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté cette demande. Par un arrêt n° 22LY01393 du 17 avril 2025, la cour administrative d’appel de Lyon a rejeté l’appel formé par M. C... et M. A... contre ce jugement. Par un pourvoi sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 17 juin et 17 septembre 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, M. C... et M. A... demandent au Conseil d’Etat 1°) d’annuler cet arrêt ; 2°) réglant l’affaire au fond, de faire droit à leur appel ; 3°) de mettre à la charge de la commune de Menthon-Saint-Bernard la somme de 4 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code de l’urbanisme ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de M. Jean-Luc Matt, conseiller d’Etat, - les conclusions de M. Thomas Janicot, rapporteur public ; La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Boré, Salve de Bruneton, Mégret, avocat de M. C... et autre ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes de l’article L. 822-1 du code de justice administrative : « Le pourvoi en cassation devant le Conseil d’Etat fait l’objet d’une procédure préalable d’admission. L’admission est refusée par décision juridictionnelle si le pourvoi est irrecevable ou n’est fondé sur aucun moyen sérieux ». 2. Pour demander l’annulation de l’arrêt qu’ils attaquent, M. C... et M. A... soutiennent que : - la cour administrative d’appel a commis une erreur de droit et méconnu son office en se fondant, pour rejeter leur requête tendant à l’engagement de la responsabilité de la commune de Menthon-Saint-Bernard, sur le fait qu’à la date de son arrêt, le préjudice qu’ils invoquent n’était pas certain, faute qu’ils aient été condamnés par le juge judiciaire ; - elle s’est méprise sur la portée de leurs écritures, qui demandaient également la réparation du préjudice moral causé par leur assignation devant le juge judiciaire et indépendant de la condamnation dont ils pourraient faire l’objet à l’issue de la procédure engagée devant celui-ci par les acquéreurs du terrain, et a ce faisant entaché son arrêt d’erreur de droit et de dénaturation. 3. Aucun de ces moyens n’est de nature à permettre l’admission du pourvoi. D E C I D E : -------------- Article 1er : Le pourvoi de M. C... et M. A... n’est pas admis. Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D... C..., premier dénommé, pour les deux requérants. Copie en sera adressée à la commune de Menthon-Saint-Bernard. Délibéré à l’issue de la séance du 6 novembre 2025 où siégeaient : Mme Gaëlle Dumortier, présidente de chambre, présidant ; M. Jean-Luc Nevache, conseiller d’Etat et M. Jean-Luc Matt, conseiller d’Etat-rapporteur. Rendu le 19 décembre 2025. La présidente : Signé : Mme Gaëlle Dumortier Le rapporteur : Signé : M. Jean-Luc Matt La secrétaire : Signé : Mme Paule Troly

Questions fréquentes

Puis-je demander réparation à une commune si un plan local d'urbanisme est illégal ?
Oui, il est possible d'engager la responsabilité de la commune si vous subissez un préjudice direct et certain du fait de l'illégalité du PLU. Toutefois, le préjudice doit être certain, c'est-à-dire actuel et non éventuel.
Qu'est-ce qu'un préjudice certain en droit administratif ?
Un préjudice certain est un préjudice actuel et certain, c'est-à-dire qu'il est déjà réalisé ou qu'il se réalisera de manière certaine. Un préjudice éventuel ou hypothétique ne peut pas être indemnisé.
Comment faire un pourvoi en cassation devant le Conseil d'État ?
Le pourvoi en cassation doit être formé dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de la cour administrative d'appel. Il doit être motivé et soulever des moyens de droit. Le Conseil d'État procède à une admission préalable : seuls les pourvois fondés sur un moyen sérieux sont admis.
Un notaire peut-il être responsable des conséquences d'un PLU illégal ?
Un notaire peut être tenu pour responsable s'il a manqué à son devoir de conseil, mais dans cette affaire, les notaires recherchaient la responsabilité de la commune, pas la leur. Le Conseil d'État a refusé d'admettre leur pourvoi car leur préjudice n'était pas certain.
Le préjudice moral est-il indemnisable en cas d'illégalité d'un document d'urbanisme ?
Le préjudice moral peut être indemnisé s'il est certain et directement lié à la faute. En l'espèce, les requérants invoquaient un préjudice moral, mais la cour a estimé qu'il n'était pas certain en l'absence de condamnation judiciaire.
Que signifie 'moyen sérieux' pour l'admission d'un pourvoi ?
Un moyen sérieux est un moyen de droit ou de fait qui paraît de nature à justifier l'annulation ou la réformation de la décision attaquée. Si aucun moyen sérieux n'est soulevé, le pourvoi n'est pas admis.

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