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Conseil d'État, 2ème chambre jugeant seule, 26 mai 2026, n° 505780

Rejet Publication : C ECLI : ECLI:FR:CECHS:2026:505780.20260526

Synthèse de la décision

Question juridique

Le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français peuvent-ils faire l'objet d'un sursis à exécution en cassation lorsque l'étranger était déjà en situation irrégulière ?

Principe retenu

Le sursis à exécution d'une décision juridictionnelle rendue en dernier ressort est subordonné à deux conditions cumulatives : d'une part, l'exécution de la décision risque d'entraîner des conséquences difficilement réparables, et d'autre part, les moyens invoqués paraissent sérieux et de nature à justifier l'annulation de la décision juridictionnelle et l'infirmation de la solution retenue par les juges du fond. En l'espèce, l'exécution de l'arrêt n'est pas susceptible d'entraîner des conséquences difficilement réparables pour le requérant, dès lors qu'il était déjà en situation irrégulière à la date de la décision préfectorale.

Faits clés

  • M. A... a demandé l'annulation de l'arrêté du 20 juillet 2023 refusant son admission au séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de 36 mois.
  • Le tribunal administratif a annulé les décisions refusant un délai de départ volontaire et l'interdiction de retour, mais a rejeté le surplus.
  • La cour administrative d'appel de Paris a rejeté l'appel de M. A... contre ce jugement en tant qu'il rejetait le surplus.
  • M. A... a formé un pourvoi en cassation et demandé le sursis à exécution de l'arrêt de la cour.
  • Il invoquait des conséquences difficilement réparables : perte de son emploi d'électricien, séparation de sa famille, risque de détérioration de sa santé.

Articles cités

article R.821-5 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Paris d’annuler l’arrêté du 20 juillet 2023 par lequel le préfet de police a refusé de l’admettre au séjour, l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois. Par un jugement n° 2324673 du 20 décembre 2023, le tribunal administratif a, d’une part, annulé les décisions par lesquelles le préfet de police a refusé d’accorder un délai de départ volontaire à M. A... et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois, et, d’autre part, rejeté le surplus des conclusions de sa demande. Par un arrêt n° 24PA01314 du 12 février 2025, la cour administrative d’appel de Paris a rejeté l’appel formé par M. A... contre ce jugement en tant qu’il a rejeté le surplus des conclusions de la demande de première instance. Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 3 juillet 2025 et le 19 mars 2026 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, M. B... A... demande au Conseil d’Etat d’ordonner qu’il sera sursis à l’exécution de cet arrêt. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ; - le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de Mme Chloé Szafran, maîtresse des requêtes en service extraordinaire, - les conclusions de M. Clément Malverti, rapporteur public, La parole ayant été donnée, après les conclusions, au cabinet Munier-Apaire, avocat de M. A... ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes du premier alinéa de l’article R. 821-5 du code de justice administrative : « La formation de jugement peut, à la demande de l’auteur du pourvoi, ordonner qu’il soit sursis à l’exécution d’une décision juridictionnelle rendue en dernier ressort si cette décision risque d’entraîner des conséquences difficilement réparables et si les moyens invoqués paraissent, en l’état de l’instruction, sérieux et de nature à justifier, outre l’annulation de la décision juridictionnelle, l’infirmation de la solution retenue par les juges du fond. » 2. Pour demander qu’il soit sursis à l’exécution de l’arrêt contre lequel il s’est pourvu en cassation, M. A... fait valoir qu’elle risquerait d’entraîner, pour lui, des conséquences difficilement réparables dans la mesure où elle l’exposerait à perdre l’emploi d’électricien qu’il occupe depuis 2022, à se voir séparé des membres de sa famille résidant en France et à un risque de détérioration de son état de santé. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l’intéressé était déjà en situation irrégulière lorsque le préfet de police a refusé de l’admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, l’exécution de l’arrêt de la cour administrative d’appel de Paris n’est pas susceptible d’entraîner pour lui des conséquences difficilement réparables. Par suite, l’une des conditions prévues par les dispositions rappelées au point 1 n’étant pas remplie, la requête tendant à ce qu’il soit sursis à l’exécution de cet arrêt ne peut qu’être rejetée. D E C I D E : -------------- Article 1er : La requête de M. B... A... est rejetée. Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B... A.... Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.

Questions fréquentes

Quelles sont les conditions pour obtenir un sursis à exécution d'une décision juridictionnelle ?
Il faut que l'exécution risque d'entraîner des conséquences difficilement réparables et que les moyens invoqués paraissent sérieux et de nature à justifier l'annulation de la décision juridictionnelle et l'infirmation de la solution retenue par les juges du fond.
Un étranger en situation irrégulière peut-il obtenir un sursis à exécution d'une OQTF ?
En principe, si l'étranger était déjà en situation irrégulière, l'exécution de la décision n'est pas susceptible d'entraîner des conséquences difficilement réparables, car sa situation n'est pas modifiée par la décision.
La perte d'emploi et la séparation familiale peuvent-elles constituer des conséquences difficilement réparables ?
Dans cette affaire, le Conseil d'État a jugé que non, car l'intéressé était déjà en situation irrégulière, donc ces conséquences ne sont pas imputables à l'exécution de l'arrêt.
Quel est le délai pour demander un sursis à exécution ?
La demande doit être présentée dans le cadre du pourvoi en cassation, avant l'examen au fond. Il n'y a pas de délai spécifique, mais il est recommandé de le faire rapidement.
Quelle est la différence entre sursis à exécution et référé suspension ?
Le sursis à exécution est demandé dans le cadre d'un pourvoi en cassation contre une décision juridictionnelle, tandis que le référé suspension est une procédure d'urgence devant le juge administratif pour suspendre l'exécution d'une décision administrative.

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