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Conseil d'État, 5ème et 6ème chambres réunies, 11 juin 2026, n° 506101

Rejet Publication : B ECLI : ECLI:FR:CECHR:2026:506101.20260611

Synthèse de la décision

Question juridique

La phase d'enquête administrative préalable à une procédure disciplinaire devant les sections des assurances sociales des ordres de pharmaciens impose-t-elle d'informer le professionnel de santé de son droit de se taire, de se faire assister par un avocat et des griefs susceptibles de lui être reprochés ?

Principe retenu

Aucun texte ni principe n'impose à l'organisme de sécurité sociale, pendant la phase d'enquête administrative antérieure à l'engagement d'une procédure disciplinaire, d'informer le professionnel de santé de son droit de se taire ou de se faire assister par un avocat, ni de l'informer préalablement des griefs susceptibles de lui être reprochés. Cette enquête n'est pas une procédure répressive au sens de l'article 6 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Faits clés

  • M. A..., pharmacien, a facturé des tests antigéniques non délivrés, causant un préjudice de 82 096,60 euros à la CPAM.
  • La CPAM a diligenté une enquête administrative, au cours de laquelle M. A... a été auditionné le 21 septembre 2022 sans être informé de son droit de se taire ou de se faire assister par un avocat.
  • La section des assurances sociales du conseil régional de l'ordre des pharmaciens a prononcé une interdiction temporaire de servir des prestations aux assurés sociaux de 18 mois avec sursis partiel.
  • Le Conseil national de l'ordre des pharmaciens a confirmé cette sanction en appel.
  • M. A... a formé un pourvoi en cassation devant le Conseil d'État, contestant notamment la régularité de l'enquête.

Articles cités

article R.145-1 du code de la sécurité sociale article L.761-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : La directrice de la caisse primaire d’assurance maladie de l’Artois a formé une plainte, enregistrée le 9 janvier 2023 à la section des assurances sociales du conseil régional de l’ordre des pharmaciens des Hauts-de-France, dirigée contre M. E... A..., pharmacien à Eleu-dit-Leauwette (Pas-de-Calais), pour des faits de facturation de tests antigéniques non-délivrés aux professionnels de santé libéraux ayant causé un préjudice financier total de 82 096,60 euros à l’organisme de sécurité sociale. Par une décision n° SAS/07294-1/CR du 7 décembre 2023, rectifiée par une ordonnance du 19 janvier 2024, la section des assurances sociales du conseil régional de l’ordre des pharmaciens des Hauts-de-France a prononcé à l’encontre de M. A... la sanction de l’interdiction temporaire de servir des prestations aux assurés sociaux pendant une durée de dix-huit mois, dont six mois avec sursis, et a ordonné la publication de cette sanction. Par une décision n° SAS/07294-3/CN, n° SAS/07294-4/CN du 13 mai 2025, la section des assurances sociales du Conseil national de l’ordre des pharmaciens, saisie par M. A..., a annulé la décision de la section des assurances sociales du conseil régional de l’ordre des pharmaciens des Hauts-de-France mais a prononcé à son encontre la sanction de l’interdiction temporaire de servir des prestations aux assurés sociaux pendant une durée de dix-huit mois, dont six mois avec sursis. Par un pourvoi sommaire, un mémoire complémentaire et un mémoire en réplique, enregistrés les 11 juillet et 22 septembre 2025 et 18 mars 2026 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, M. A... demande au Conseil d’Etat : 1°) d’annuler cette décision de la section des assurances sociales du Conseil national de l’ordre des pharmaciens du 13 mai 2025 ; 2°) réglant l’affaire au fond, de faire droit à ses conclusions d’appel ; 3°) de mettre à la charge de la caisse primaire d’assurance-maladie de l’Artois la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Il soutient que la section des assurances sociales du Conseil national de l’ordre des pharmaciens : - a commis une erreur de droit en admettant la compétence de la section des assurances sociales, alors que les faits qui lui sont reprochés n’ont pas été commis « à l’occasion de prestations servies aux assurés sociaux », au sens de dispositions de l’article R. 145-1 du code de la sécurité sociale ; - a insuffisamment motivé sa décision et a commis une erreur de droit en admettant que l’une des deux agentes ayant procédé au contrôle bénéficiait d’un agrément délivré par une autorité compétente, alors que le signataire de la décision d’agrément ne bénéficiait pas lui-même d’une délégation de signature accordée à cet effet par le directeur de la caisse nationale d’assurance maladie ; - a dénaturé les pièces du dossier en estimant que la caisse primaire d’assurance maladie avait suffisamment justifié l’agrément de la deuxième agente ayant procédé au contrôle ; - a commis une erreur de droit en jugeant, pour écarter le moyen tiré de l’irrégularité de son audition réalisée par la caisse primaire d’assurance maladie, que l’administration n’était pas tenue de l’informer de son droit de se taire ou de se faire assister par un avocat pendant la phase d’enquête administrative antérieure à l’engagement de la procédure disciplinaire, et qu’elle n’était pas tenue de l’informer préalablement des griefs qui lui étaient reprochés. Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2026, la caisse primaire d’assurance-maladie de l’Artois conclut au rejet du pourvoi et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A.... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que les moyens soulevés par le pourvoi ne sont pas fondés. Le Conseil national de l’ordre des pharmaciens a présenté des observations, le 17 février 2026. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - la Constitution ; - le code de la santé publique ; - le code de la sécurité sociale ; - l’arrêté du 10 juillet 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans les territoires sortis de l'état d'urgence sanitaire et dans ceux où il a été prorogé ; - l’arrêté du 1er juin 2021 relatif aux mesures d'organisation et de fonctionnement du système de santé maintenues en matière de lutte contre la covid 19 ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de M. Pascal Trouilly, conseiller d'Etat, - les conclusions de M. Maxime Boutron, rapporteur public ; La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Marlange, de la Burgade, avocat de M. A... et à la SELAS Froger & Zajdela, avocat de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois et à la SCP Celice, Texidor, Périer, avocat du Conseil national de l’ordre des pharmaciens. Considérant ce qui suit : 1. Il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond que la caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) de l’Artois a effectué un contrôle sur les facturations de tests antigéniques transmises à l’assurance-maladie pendant l’année 2021 par l’officine dont M. A... est titulaire à Eleu-dit-Leauwette (Pas-de-Calais). Elle a constaté qu’il avait facturé des tests antigéniques qui n’avaient pas été commandés par des auxiliaires médicaux ni ne leur avaient été délivrés, pour un montant total de 83 435,66 euros. Saisie par la CPAM, la section des assurances sociales du conseil régional de l’ordre des pharmaciens des Hauts-de-France a prononcé, le 7 décembre 2023, à l’encontre de M. A... la sanction de l’interdiction temporaire de servir des prestations aux assurés sociaux pendant une durée de dix-huit mois, dont six mois avec sursis. Par une décision du 13 mai 2025, la section des assurances sociales du Conseil national de l’ordre des pharmaciens, saisie par M. A..., a annulé pour irrégularité cette décision de première instance mais, statuant par voie d’évocation, a ensuite prononcé la même sanction. M. A... se pourvoit en cassation contre cette décision du 13 mai 2025. Sur la compétence de la section des assurances sociales : 2. D’une part, aux termes de l’article R. 145-1 du code de la sécurité sociale : « Les fautes, abus, fraudes et tous faits intéressant l’exercice de la profession, relevés à l’encontre des pharmaciens, à l’occasion des prestations servies à des assurés sociaux, sont soumis en première instance : a) A une section distincte dite section des assurances sociales du conseil régional de l’ordre des pharmaciens pour les pharmaciens titulaires d’une officine…(…) En appel, ces mêmes faits sont soumis à une section distincte du conseil national de l'ordre des pharmaciens dite Section des assurances sociales dudit conseil. » 3. D’autre part, dans le cadre des mesures prises pour faire face à l'épidémie de covid-19, le VII de l’article 18 de l’arrêté du 10 juillet 2020 puis le VII de l’article 14 de l’arrêté du 1er juin 2021 ont prévu que les pharmaciens d’officine délivreraient gratuitement les dispositifs médicaux de diagnostic in vitro de détection antigénique du virus SARS-CoV-2 utilisés par les professionnels de santé pour assurer le dépistage de leurs patients et qu’ils les factureraient directement auprès de l’assurance maladie. 4. La circonstance que les faits reprochés à M. A... tenant à la facturation de tests antigéniques non délivrés à des professionnels de santé n’aient pas été commis à l’occasion de prestations qu’il a directement et personnellement servies à des assurés sociaux n’est pas de nature à priver les juridictions du contrôle technique de leur compétence pour en connaître, dès lors que ces faits portent sur une fraude commise au préjudice de l’assurance maladie et relative à des prestations destinées aux assurés sociaux.

Questions fréquentes

Dois-je être informé de mon droit de me taire lors d'une enquête administrative avant une procédure disciplinaire ?
Non, selon le Conseil d'État, aucune obligation d'information sur le droit de se taire ne pèse sur l'administration pendant la phase d'enquête administrative antérieure à la procédure disciplinaire.
Puis-je être assisté d'un avocat pendant une enquête administrative de la CPAM ?
Non, l'assistance d'un avocat n'est pas obligatoire pendant l'enquête administrative, car cette phase n'est pas considérée comme une procédure répressive au sens de la Convention européenne des droits de l'homme.
La CPAM doit-elle me dire ce qui m'est reproché avant mon audition ?
Non, aucun texte ni principe n'impose à la CPAM de vous informer des griefs avant l'audition dans le cadre de l'enquête administrative.
Quels sont mes droits lors d'une enquête administrative pour fraude à la sécurité sociale ?
Pendant l'enquête administrative, vous n'avez pas droit aux garanties du procès pénal (droit de se taire, avocat, information des griefs). Ces droits ne s'appliquent qu'à partir de l'engagement de la procédure disciplinaire.
Une enquête administrative est-elle une procédure pénale ?
Non, l'enquête administrative est distincte d'une procédure pénale. Elle vise à recueillir des informations pour décider de l'engagement d'une procédure disciplinaire, sans être soumise aux mêmes garanties.
Puis-je contester une sanction disciplinaire si l'enquête était irrégulière ?
Oui, vous pouvez contester la sanction en invoquant l'irrégularité de l'enquête, mais le Conseil d'État a jugé que l'absence d'information sur le droit de se taire ou l'assistance d'un avocat ne rend pas l'enquête irrégulière.

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